11 septembre 2007

Manifeste pour un socialisme nouveau

 

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Qu’est ce que ce texte ?

C’est un document de travail, une base de départ, pour un manifeste du socialisme nouveau que nous, militants de Socialisme et Démocratie, voulons soumettre à nos camarades à l’occasion de notre rassemblement de La Rochelle.

C’est dans notre esprit le début d’un processus ouvert de réflexion militante, qui a commencé depuis plusieurs semaines sur notre site. Beaucoup de nos amis ont déjà apporté leurs suggestions de changements et d’approfondissements.

Nous voulons en faire un outil de dialogue. Nous lisons et nous lirons les réflexions d’autres groupes de camarades et nous en tiendront compte. Vive la confrontation entre militants qui se respectent !
Nous en ferons un texte plus abouti après les rendez vous de travail que nous nous donnons pour les prochaines semaines.

Nous entendons, par ce travail et cette écoute, faire de la « rénovation » en vogue plus qu’un rafraîchissement de façade, la définition d’une identité politique progressiste et solidaire face aux défis de la période qui vient.

Nous entreprenons cette démarche, tout simplement, pour contribuer à préparer, sérieusement et fraternellement, l’avenir du Parti socialiste et de la Gauche.

Le socialisme français est confronté en ce début de siècle au défi majeur de sa rénovation idéologique.

La chute du mur de Berlin, la mondialisation, les nouvelles menaces, les défis écologiques, l’individualisation sociale et culturelle, le vieillissement démographique, l’élévation du niveau d’information et d’éducation, …sont autant de phénomènes majeurs qui renouvellent radicalement la toile de fond dans laquelle la gauche avait bâti ses mots d’ordre et ses réponses.

Pour le socialisme français, le cycle d’Epinay est définitivement épuisé. Il lui faut reformuler entièrement ses orientations fondamentales et son projet historique.

Le printemps 2007 a rappelé l’urgence de la tâche. Malgré la dynamique du vote utile, de l’anti sarkozysme, malgré la mobilisation des jeunes, des cités, des plus modestes, nous n’avons pas donné aux français le sentiment de répondre aux grandes questions de la période : la protection face à la mondialisation, le financement de la sécurité sociale et des retraites, la répartition des revenus et des prélèvements, la place du travail, la promotion individuelle,... Face à un Sarkozy construisant une équation électorale majoritaire sur les divisions internes aux couches populaires et moyennes, nous n’avons pas suffisamment réussi à fédérer les diverses couches de notre base sociale potentielle autour d’un projet économique, social et sociétal mobilisateur.

Miser demain sur l’échec de Sarkozy, l’éclatement de ses contradictions, la dégradation de sa popularité, ou gagner les élections intermédiaires sur la base d’une déception ne peuvent suffire.

Nous ne devons pas réitérer l’expérience des années 2003-2006 qui nous a conduits d’une défaite à une autre. Nous ne pouvons plus différer l’impératif de rénovation.

Cet enjeu concerne évidemment toute la gauche. Mais l’essentiel dépend du Parti socialiste. C’est à nous qu’il appartient d’abord d’être au clair sur ce que nous sommes, ce que nous voulons, ce que nous proposons aux Français.

Sans prétendre résoudre et trancher tous les problèmes, nous essayons d’esquisser ici les contours possibles de ce socialisme nouveau, de ce socialisme du XXI ème siècle.

Notre approche s’inscrit dans la logique d’une sociale – démocratie actualisée. Elle repose sur quelques piliers essentiels : le compromis assumé avec l’économie de marché, la promotion de l’égalité réelle, la nécessité d’une vision mondiale et européenne, une vision renouvelée du développement et du progrès, la reconnaissance des aspirations individuelles, l’exigence d’une démocratie aboutie,… Rompant avec l’idéologie de la « rupture » et les évidences manichéennes d’autrefois – le travail contre le capital, le social contre l’économie, le progrès contre l’obscurantisme, la société contre l’individu, le mouvement contre l’ordre,…-, elle conserve l’horizon d’une transformation radicale de la société et reste articulée par une vision essentielle : l’émancipation individuelle.

C’est cette approche que nous proposons à la réflexion de notre Parti, comme une première contribution à ce travail collectif, un apport au débat ouvert et sans tabou que nous devons mener ensemble.

De nouvelles orientations

La question des orientations fondamentales du socialisme français est aujourd’hui posée.

Nous ne pouvons en effet critiquer le monde tel qu’il est et espérer le transformer qu’à partir d’un idéal, qu’en sachant nous-mêmes ce que nous voudrions qu’il soit.

S’ils attendent des réponses concrètes aux problèmes de la vie quotidienne, les français veulent d’ailleurs comprendre nos visées. Nous ne devons pas accepter de perdre la bataille culturelle des valeurs en laissant la droite imposer ses définitions de la nation, de l’ordre, du travail, du mérite. Nous devons leur dire ce que signifie pour nous être socialiste et pour quoi nous nous battons en ce début de XXI ème siècle.

De ce point de vue, nous ne partons pas de rien. Nous sommes les héritiers d’une longue tradition philosophique et politique, celle de la gauche républicaine et du socialisme démocratique. Nous n’avons pas peur de réaffirmer notre fidélité à des valeurs et à des réformes qui, des grandes lois émancipatrices de la troisième République jusqu’à l’oeuvre législative récente des septennats Mitterrand et du gouvernement Jospin, ont contribué à inscrire celles-ci dans la société française.

Appuyés sur ce socle solide, nous devons néanmoins tirer les leçons de nos propres expériences et tenir compte des réalités nouvelles. Nous ne pouvons plus nous diriger dans le monde et la société d’aujourd’hui avec les mots d’ordre issus du cycle d’Epinay. L’effondrement historique des économies administrées, la mondialisation, la prise de conscience radicale des enjeux écologiques, l’individualisation sociale et culturelle nous imposent une réactualisation profonde des principes mêmes qui guident notre action à long terme.

Le compromis assumé

Depuis la Révolution de 1789, les hommes et les femmes de gauche se définissent par leur volonté de considérer les autres hommes comme « des autres moi-même », dotés des mêmes types de besoins et d’aspirations.

Cet humanisme fondamental implique un combat constant pour l’accès de tous aux ressources essentielles et contre les inégalités indues : inégalités de droit, discriminations, écarts de revenus et de fortune que rien ne peut justifier.

Il implique aussi le refus de toutes les formes d’exploitation et de domination, le refus d’une « société de marché » où tout relèverait de la sphère marchande, où l’homme lui-même deviendrait une marchandise soumise au bon vouloir d’autres hommes.

Il se traduit depuis près de cent cinquante ans par un rapport critique au capitalisme et, depuis plusieurs décennies, par un attachement de principe à « l’Etat social », c’est-à-dire au compromis historique mis en place en France et en Europe au siècle dernier autour de quelques grands instruments: services publics, sécurité sociale, retraites par répartition, fiscalité progressive, aide sociale, droit du travail, salaire minimum,…

Ces préoccupations sociales, cette volonté d’imposer des restrictions indispensables au capitalisme, continuent aujourd’hui de structurer notre identité. Elles sont au coeur du clivage toujours actuel entre
la gauche et la droite. Dans le débat contemporain sur les « réformes » à entreprendre pour ajuster les instruments de régulation du capitalisme aux mutations de l’économie et de la société, elles fondent notre refus d’un « alignement » sur les standards néo-libéraux qui passerait par la déréglementation tous azimuts, la libéralisation de tous les secteurs économiques, la précarisation généralisée du salariat, la montée en puissance des assurances privées, la baisse aveugle des dépenses publiques et sociales ou l’allègement des impôts pour les plus aisés….

Mais ce rapport critique au capitalisme et cette fidélité aux instruments de sa domestication sociale ne suffisent plus à définir le socialisme du XXI ème siècle.

Pour la gauche, une des leçons fondamentales du siècle précédent reste en effet l’échec du « socialisme réel » et des expériences de collectivisation de l’économie. Nous continuons de combattre les désordres économiques et les injustices sociales engendrés par le fonctionnement de l’économie de marché capitaliste. Mais nous reconnaissons aussi désormais l’efficacité indiscutable de ce mode d’organisation et de coordination pour produire les richesses nécessaires au développement des sociétés. Nous ne considérons plus l’Etat social comme une phase transitoire de la lutte des classes mais comme un compromis fondamental et nécessaire entre travail et capital, justice sociale et efficacité économique, intervention politique et loi du marché.

Cette rupture essentielle de sa doctrine, le faisant basculer dans l’ère du réformisme, le parti socialiste l’a actée dans sa pratique depuis le milieu des années quatre vingt.

Nous souhaitons qu’il l’acte désormais clairement dans son discours. Nous souhaitons qu’il abandonne en son sein les faux débats, les faux clivages rhétoriques qui stérilisent la réflexion, entretiennent des complexes infondés vis-à-vis de l’extrême gauche, empêchent d’aborder les vrais enjeux et de donner à cette nouvelle volonté réformiste commune sa plénitude. Soucieux de vérité vis-à-vis des français, nous proposons que notre parti s’assume désormais comme un authentique parti réformiste, dans les discours comme dans les actes, dans l’opposition comme dans l’exercice des responsabilités.

Délaissant un rapport purement critique pour miser désormais aussi sur les apports positifs de l’économie de marché, conscients que l’on ne peut redistribuer que ce qui est produit, nous pensons également que le socialisme doit être attentif aux conditions de la création des richesses. Nous combattons les excès du marché, la recherche effrénée de la rentabilité, les diktats imposés par le capitalisme financier, mais nous ne considérons plus indistinctement les entrepreneurs comme une classe d’exploitants, un adversaire social à étouffer ou contrarier.

Le socialisme contemporain doit être au contraire, pour nous, un socialisme de la production, qui encourage l’investissement utile au détriment de la rente et de la spéculation, favorise la prise de risque industrielle, lutte contre les prédations et les monopoles abusifs qui entravent la dynamique économique.

L’égalité réelle

Ce compromis fondamental impose également, à nos yeux, de réviser notre conception même de l’égalité. La lutte « réparatrice » contre les inégalités de revenus reste un objectif primordial. Mais la dynamique inhérente à l’économie de marché capitaliste, son efficacité même, induisent la reconstitution permanente de ces inégalités. La question de l’égalité des chances dans l’accès aux positions qui régissent, en amont, la distribution sociale des richesses devient donc également cruciale. Il n’est plus possible de la contourner au nom de l’utopie d’une société socialiste où les inégalités de revenus disparaîtraient, où chacun recevrait demain, par le miracle de la collectivisation, « selon ses besoins ».

Sans nullement abandonner les politiques de redistribution, nous devons désormais les relier à une lutte prioritaire et massive contre les mécanismes de « reproduction sociale » qui font perdurer dans notre société les privilèges de naissance. Nous devons faire de l’égalité des chances, « l’égalité réelle », c’est-à-dire de la volonté de donner à chacun les moyens d’accéder au « capital culturel », de déployer ses talents et de trouver sa juste place dans la société, une frontière essentielle et nouvelle du socialisme contemporain.

La vision mondiale

Fidèle à notre tradition humaniste, nous le sommes aussi à notre universalisme : le combat contre les injustices déborde les seules frontières de notre société et se situe au plan de l’humanité tout entière.

Si nous sommes parfois revenus de quelques illusions tiers-mondiste, si nous voulons mettre désormais le respect des droits de l’Homme au coeur de notre politique étrangère, nous restons de ce point de vue des internationalistes, soucieux des périls et des risques engendrés par le maintien des inégalités planétaires à leur niveau actuel, résolument conscients de notre devoir de solidarité vis à vis des régions les plus pauvres de la planète, désireux de les aider à se développer, acceptant leur insertion dans le commerce mondial comme un progrès pour l’humanité. Si nous souscrivons à l’objectif d’une maîtrise des flux migratoires, nous considérons également comme essentiel que les politiques d’immigration soit fondées sur des critères humanistes et fondamentalement liées à ce souci de développement.

Mais cette nécessité de penser le monde, de projeter notre réflexion et notre action hors du seul cadre national est aujourd’hui exacerbée par la mondialisation.

Celle-ci représente un phénomène ambivalent. Elle comporte de nombreux aspects positifs, tant du point de vue du développement économique que des échanges culturels ou des solidarités qu’elle permet. Contrairement à l’idée agitée par des courants politiques qui prospèrent sur la peur, la France n’est pas du reste une « grande perdante » de l’ouverture des échanges. Mais il est indéniable que l’internationalisation de la production et sa segmentation, l’accroissement des échanges planétaires engendrent aussi une rude concurrence entre les vieux pays industriels et les pays à bas salaires. Ces phénomènes font émerger une nouvelle division internationale du travail, avec de nouveaux géants tels que la Chine, l’Inde ou le Brésil. Ils affaiblissent les marges de manoeuvre de la politique macroéconomique nationale et modifient le rapport de force entre le capital et le travail, créant une pression à la baisse sur les régimes sociaux les plus protecteurs.

Cette exacerbation des concurrences, jointes aux mouvements internationaux de capitaux entre les pays, est génératrice de tension et de réflexes protectionnistes. Loin d’être apaisé, le monde de l’après guerre froide voit par ailleurs se renouveler les formes de violence. L’unilatéralisme et l’option guerrière des Etats-Unis comme seule réponse à la barbarie terroriste alimentent une spirale dangereuse. La prolifération nucléaire, les nouvelles pandémies, font rimer la mondialisation avec l’idée d’une aggravation généralisée des menaces.

Ces enjeux planétaires appellent alors des nouvelles politiques de développement et des réformes profondes de la gouvernance mondiale, que les socialistes ont, par nature, vocation à porter. Ils nous conduisent à réaffirmer notre attachement au multilatéralisme. Ils nous conduisent également à réactiver la vielle intuition de l’internationalisme prolétarien : les nations font écran à la résolution de la question sociale et il faut construire des solidarités politiques dans un espace plus large permettant de faire face au déploiement du capital.

Pour nous socialistes français, cette orientation passe surtout par un engagement résolu dans l’unification politique européenne. Seule une Europe unifiée et puissante, capable de peser dans les négociations sur le commerce mondial et d’établir en son sein des formes de gouvernance économique et d’harmonisation sociale, peut à nos yeux offrir un contrepoids sérieux à la globalisation des forces économiques et peser sur l’ordre du monde. Cette conviction nous conduit à militer pour des transferts de compétence, des procédures de décision simplifiées, l’affirmation de principes sociaux, des institutions plus fédérales et parlementarisées.

Naturellement, la construction européenne génère des ambiguïtés, que nous ne voulons pas ignorer. Tributaire d’intérêts nationaux différents, que l’élargissement n’a fait que multiplier, fruit d’un compromis constant entre des forces de gauche et de droite, entre ceux qui veulent l’utiliser pour réguler la mondialisation et ceux qui veulent l’utiliser pour déréguler les compromis sociaux nationaux, elle suscite dans notre pays, comme au sein de la gauche et du parti socialiste, un débat légitime. Nous devons de ce point de vue accepter la discussion sur le bilan critique de l’Europe, sur ses frontières, son mode de fonctionnement. Nous devons nous interroger sans tabous sur les objectifs que nous poursuivons, les compromis que nous acceptons, les lignes que nous ne voulons pas franchir.

Mais nous ne pouvons pas faire payer à l’Europe le désarroi ou la colère que provoque le constat des dérives de la mondialisation libérale. Celle-ci ne remet pas à l’ordre du jour la Révolution socialiste. Elle crée pour les réformistes que nous sommes l’exigence d’une mondialisation politique. En dépit de ses limites et difficultés, nous considérons alors que l’intégration régionale européenne constitue notre principale réponse stratégique à ce défi majeur des temps présents.

Le progrès maîtrisé

Issus de la tradition rationaliste, nous continuons de croire à la croissance économique, gage du développement de notre société et du plein emploi de ses forces productives. Contre toutes les formes d’obscurantismes ou de régressions religieuses qui pourraient la mettre en cause, nous continuons de faire confiance à la science comme source de progrès de notre civilisation.

Mais la prise de conscience de l’épuisement des ressources et de la montée des désordres et des désastres écologiques modifie radicalement notre perspective.

Elle impose d’élargir notre approche des valeurs et de la régulation : la gestion durable des ressources et la préservation de la planète pour les générations futures redéploient dans la durée nos préoccupations d’efficacité et d’égalité. La volonté d’encadrer le capitalisme doit désormais s’étendre à la lutte conte les atteintes qu’il fait subir à l’environnement.

La nouvelle donne écologique renouvelle surtout notre vision du développement et des besoins humains.

Nous ne nous préoccupons plus seulement de la quantité de richesses produites et de leur distribution, mais de la manière même de produire et des contenus de la production. Aux antipodes d’une approche productiviste et purement matérialiste du bien être, nous accordons désormais aux questions de santé, de qualité de vie, de préservation des cadres naturels, une importance décisive. Le socialisme de ce début de siècle doit ainsi réviser sa conception traditionnelle du développement, enrichir la notion et la mesure même de la croissance, pour faire une place aux dimensions qualitatives, aux enjeux sanitaires et éducatifs, au développement des services à la personne, à l’économie sociale et solidaire, et à la sphère non marchande.

Les bouleversements actuels nous amènent également à renoncer aux illusions de la toute puissance humaine, du développement sans fin des forces productives et de l’asservissement sans limite de la nature qui ont longtemps imprégné la gauche. Nous ne voulons pas contribuer à une société anxiogène, qui serait structurée par la peur de l’avenir. Mais nous plaidons pour un progrès socialement maîtrisé. En ce début de XXI ème siècle, nous réaffirmons le primat de l’humain sur la technique, l’importance d’une anticipation collective des évolutions technologiques, la nécessité de placer les expérimentations scientifiques, les manipulations génétiques, les grands choix énergétiques et industriels, sous le contrôle effectif des instances démocratiques et des citoyens.

Le travail rétabli

Maintenant notre approche critique du capitalisme, nous continuons de prêter attention aux contenus du rapport capital / travail et aux conditions de travail.

Nous acceptons l’existence d’un marché du travail mais nous refusons que le travailleur soit traité comme une marchandise. Nous appréhendons l’utilité de l’entreprise comme forme d’organisation, mais nous refusons toujours que la subordination débouche sur l’exploitation.

Dans le débat public, nous assumons par exemple le fait que la priorité légitime à la lutte contre le chômage ne peut justifier, à nos yeux, la baisse des rémunérations, la précarisation des contrats, l’intensification outrancière des rythmes productifs, le déclassement généralisé des individus ou la mobilité imposée. A rebours de l’idéologie de l’emploi à tout prix, nous continuons d’accorder de l’importance à la nature des tâches et des emplois proposés.

L’expérience prolongée du chômage depuis la fin des années 1970 a cependant changé notre perception de la place du travail dans la vie humaine. Nous ne considérons plus seulement la détention d’un emploi comme l’inscription possible dans un rapport d’exploitation capital / travail. Nous la voyons désormais d’abord comme un facteur d’appartenance à la société, une ressource essentielle à la dignité et la construction identitaire des individus et de leurs familles.

Nous affirmons donc aujourd’hui clairement notre rejet d’une société duale dans laquelle des secteurs entiers de la population tireraient structurellement leur existence matérielle des revenus d’assistance pendant que d’autres continueraient de vivre de leur participation au système productif. N’en déplaise à ses détracteurs, la politique de réduction du temps de travail, avec toutes ses limites, s’inscrivait d’ailleurs clairement dans cette logique.

Conscients de l’urgence et des nécessités vitales, nous continuons d’assumer l’extension des filets de protection – revenus minimum, couverture maladie universelle,…- que la crise sociale des dernières décennies a rendu nécessaire. Et nous persistons à penser la lutte contre l’exclusion et la grande pauvreté comme des priorités. Mais nous sommes désormais déterminés à rétablir une société du travail et conscients que la mise en oeuvre de nos politiques sociales doit veiller à ne pas entretenir des formes de dépendance vis-à-vis de l’aide sociale.

L’individu reconnu

Socialistes français, désireux de réguler le capitalisme au nom de nos valeurs humanistes, nous sommes, de façon plus générale, les héritiers du pari fondateur des Lumières : celui d’une maîtrise possible, par le pacte politique, d’un destin commun.

Cet attachement au projet collectif, cette volonté de promouvoir le dépassement individuel pour viser l’intérêt général nous conduit, aujourd’hui comme hier, à récuser un individualisme destructeur qui établirait le règne du chacun pour soi et réduirait la politique à la seule juxtaposition des revendications catégorielles et antagonistes. Loin de valider aveuglément l’image d’une société atomisée qu’on nous propose parfois, nous continuons au contraire de croire à la nécessité de construire et de faire vivre des institutions communes au service d’une société juste.

Cet attachement au projet collectif constitue notre manière de répondre, aujourd’hui encore, aux demandes de sens et aux besoins d’appartenance qui traversent la société contemporaine. Il détermine notre fidélité à la définition républicaine de la nation et de la laïcité. Nous considérons que la question de l’identité nationale n’appartient pas à la droite. Nous continuons d’opposer, de ce point de vue, la conception, ouverte, dynamique, pluriculturelle, contractuelle, d’une « communauté de citoyens » à la vision étriquée, figée, ethniciste, portée par une partie de la droite. Nous continuons d’opposer l’idée d’un espace public composé de citoyens égaux en droit et débattant librement du bien commun à celle d’une démocratie régulée par les rapports entre des « communautés ».

Ce même souci guide encore notre approche des questions de société. Si elle résulte pour une part essentielle des effets déstructurants de la crise économique et sociale, la montée des phénomènes d’insécurité au cours des dernières décennies nous a rappelé que la liberté individuelle n’est pas un absolu, que la liberté des uns n’est pas toujours celle des autres. De façon générale, l’expérience de la société contemporaine montre que les interdépendances ne sont pas seulement économiques mais qu’elles régissent l’ensemble des rapports sociaux et familiaux. Ces prises de conscience nous amènent à agir en faveur d’une liberté ordonnée, à mettre d’avantage l’accent sur la responsabilité individuelle, à promouvoir une nouvelle articulation des droits et des devoirs.

Pour autant, ce souci du collectif, cette volonté de « faire société » ne sont pas dirigés « contre » les individus. L’investissement politique dans un projet collectif a toujours été pour nous le fait d’individus libres et autonomes. Il n’a jamais eu d’autres finalités que d’accroître encore leur autonomie et de résoudre leurs problèmes.

Nous nous inscrivons, de ce point de vue, dans la filiation d’une gauche qui, de l’instauration de la souveraineté populaire et du suffrage universel jusqu’aux années 1980, avec la libération des ondes ou la décentralisation, en passant par l’affaire Dreyfus et les grandes lois républicaines du XIX ème siècle, a toujours combattu l’arbitraire, l’oppression, et promu la liberté individuelle, la liberté de pensée, la liberté d’expression. Nous sommes les héritiers du combat républicain contre le carcan religieux, pour la séparation de l’église et de l’Etat, et de celui des années 1960-70 contre un ordre moral étouffant, pour le droit des femmes et la libéralisation des moeurs.

Cette volonté de permettre à chaque individu, dès lors que ses actes ne nuisent pas à d’autres que lui, de choisir librement sa façon de vivre, ses liens, ses affiliations, ses références, se pratiques culturelles demeure alors un principe directeur du socialisme du XXI ème siècle.

Mais nous devons tenir compte, en outre, du processus d’individualisation sociale et culturelle qui travaille en profondeur notre société. Lié à l’émiettement croissant du marché du travail, à la montée en puissance de nouveaux déterminants sociaux tels que le lieu de résidence, mais aussi à la démocratisation de la vie personnelle engagée depuis plusieurs décennies, celui-ci ne fait pas disparaître les inégalités traditionnelles. Mais il remet en cause les anciennes appartenances de classe. Il conduit chaque individu à se sentir singulier et à souhaiter une attention à ses besoins spécifiques.

Si nous combattons l’égoïsme, le repli sur soi, la déconstruction de tout intérêt commun auxquels peuvent parfois conduire ces sentiments, nous considérons en revanche qu’il est crucial, pour la légitimité même de l’action publique, de prendre mieux en compte aujourd’hui cette aspiration à l’individualisation des politiques. Le socialisme, qui combat déjà pour la liberté et l’émancipation individuelle, ne doit pas craindre à nos yeux de contourner le niveau trop homogénéisant du groupe social ou du territoire pour faire désormais davantage descendre, quand c’est possible, l’action correctrice de la politique au niveau même de l’individu.

La souveraineté effective

Héritiers de Jaurès et de Blum, issus du choix fondamental qui a provoqué la séparation entre socialistes et communistes au Congrès de Tours, nous sommes indéfectiblement attachés à la démocratie.

Elle est, à nos yeux, la seule source de légitimité, le seul levier dont nous disposions pour mettre en oeuvre les instruments de régulation du capitalisme.

Fidèles à la tradition républicaine française, nous continuons également de croire à la vertu des institutions représentatives et au rôle irremplaçable des partis politiques pour élaborer les options en présence, rationaliser, éclairer, incarner les choix possibles et permettre ainsi aux citoyens de choisir l’orientation donnée aux grandes politiques publiques.

Mais nous pensons qu’un système démocratique ne peut plus fonctionner au début du XXI ème siècle sur le seul principe de la délégation. Entre deux consultations électorales, la démocratie représentative tient trop souvent les citoyens à l’écart des choix majeurs. Elle ne garantit pas, de ce point de vue, la réalité de la souveraineté collective dont nous nous réclamons. Malgré l’engagement et le travail des élus, elle ne permet pas toujours d’appréhender, dans une société aussi complexe que la notre, la diversité des situations et des attentes.

Avec l’élévation du niveau d’information, les possibilités de débat offertes par Internet, les citoyens se font de plus en plus leur propre avis sur les sujets qui les préoccupent ou qui touchent leur cadre de vie et veulent, du reste, prendre une part directe dans les décisions.

Sans renier le rôle majeur des formations politiques, ni valider au passage la dictature de l’opinion, nous estimons que le socialisme doit entendre et porter cette aspiration contemporaine à une souveraineté populaire effective. Appuyés sur les expériences engagées depuis longtemps par leurs élus locaux, les socialistes doivent étendre les mécanismes de démocratie participative.

L’heure est venue pour nous d’inventer une nouvelle sociale – démocratie, appuyée sur les syndicats, les ONG, les réseaux, les collectifs, le formidable vivier du monde associatif. L’heure est venue de renouveler les formes de notre démocratie politique, sociale et territoriale.

Un nouveau projet historique

Ces nouvelles orientations fondamentales, fondée sur la réactualisation d’un héritage, fournissent les visées de notre action à long terme.

Mais il nous faut traduire celles-ci dans un projet historique, c’est-à-dire un ensemble d’objectifs de moyen terme, de stratégies, d’instruments, qui tiennent également compte des mutations en cours de l’économie et de la société.

Ce projet historique, que nous n’avons jamais pris le temps d’élaborer sérieusement depuis vingt ans, fournira l’armature du programme de 2012.

Nous pensons aujourd’hui qu’il pourrait s’élaborer autour de deux axes majeurs :

* Restaurer l’efficacité et la légitimité de l’Etat social.

Notre fidélité au « modèle social » mis en place au lendemain de la seconde guerre n’implique pas la cécité sur les difficultés qu’il traverse. La modification de la structure économique et sociale de base sur laquelle cet ensemble d’instruments opère lui a fait perdre, au cours des dernières décennies, une part importante de son efficacité et de sa légitimité.

Un socialisme du réel, désireux d’inscrire effectivement ses valeurs dans la réalité, ne peut alors détourner la tête. Etre fidèle aux finalités fondamentales du compromis mis en place au lendemain de la deuxième guerre mondiale n’implique pas de considérer tous ses dispositifs opératoires comme des « acquis sociaux » intouchables. Pour servir leur idéal, ne pas s’enfermer dans l’immobilisme ou le conservatisme, ne pas laisser la droite libérale imposer sa vision de « la » réforme et du mouvement, les socialistes doivent voir le courage de proposer demain leur propre ajustement du modèle social.

Il nous faudra proposer des solutions qui permettent notamment de satisfaire quatre objectifs :

- Aider les personnes et les territoires fragilisés à affronter les mutations économiques.

Nous devons faire face au triptyque mondialisation / révolution technologique / financiarisation. Nous devons répondre au problème de la compétitivité de l’économie française.

La première réponse à ce nouvel âge du capitalisme demeure, répétons-le, la construction européenne. Il nous faudra expliciter un projet et une stratégie claire. Plutôt que d’encourager un repli national sans perspective, nous pensons que les socialistes doivent faire preuve de pédagogie et convaincre les français que notre avenir passe en partie par l’approfondissement de l’Europe.

De façon plus générale, il est temps de modifier le rapport de notre pays à la mondialisation. Les socialistes ont un rôle à jouer pour contribuer à sortir le pays de la seule déploration protestataire et l’aider à mettre aussi en valeurs les atouts dont il dispose et les opportunités qui s’offrent à lui.

Aux antipodes du désengagement libéral, nous continuons par ailleurs de croire au volontarisme économique. Nous pensons que la puissance publique – Etat, régions, villes,… – doit recouvrer un rôle stratégique pour favoriser la reconversion de notre économie, notamment sur les territoires fragilisés par les mutations en cours. Les socialistes doivent porter une nouvelle politique industrielle, modifiant l’équilibre de la rente et du risque, encourageant le financement de l’investissement productif et de la recherche, l’imbrication de celle-ci avec l’économie, la diffusion des progrès technologiques, la prospection des marchés internationaux, ou encore le développement des nouveaux services et de l’économie sociale et solidaire.

- Garantir la pérennité de notre protection sociale

Notre modèle social subit depuis plusieurs décennies les contrecoups des progrès sociaux qu’il a initié ou dont il est le réceptacle : les progrès de la médicine, le vieillissement démographique qui lui est associé, l’allongement parallèle de la scolarisation ont induit une augmentation structurelle des dépenses sociales de santé et d’éducation, et modifié, à travers le rapport actifs / inactifs, les équilibres des régimes de retraites. Joint aux effets d’une croissance molle, au piège d’une dette publique qui s’auto entretient, ces phénomènes débouchent alors sur la question structurelle et sensible du financement de la protection sociale et des services publics.

Il est évident que la droite s’engouffre depuis plusieurs années dans la brèche pour introduire la logique des assurances privées et « dé-collectiviser » la protection sociale. Pour les socialistes, au contraire, cette socialisation du financement se rattache au refus d’une société de marché : l’accès à des biens tels que la santé ou l’éducation doit être garanti à tous sans dépendre d’un critère de rentabilité et des ressources individuelles.

Il nous appartient alors de proposer un chemin pour rationaliser les systèmes actuels en préservant leurs finalités. Contre l’option libérale des franchises et de la taxation croissante des ménages, nous devrons proposer une maîtrise crédible des dépenses de santé, basée sur une responsabilisation des acteurs, une régulation collective accrue du système, un investissement social dans la prévention.

Dans le domaine des retraites, où l’ajustement ne peut se faire au seul détriment des nouvelles générations, nous devrons proposer des solutions novatrices qui tirent parti de la nouvelle donne : l’accroissement de la longévité, l’amélioration générale de la santé qui l’accompagne offrent des potentialités nouvelles. Elle accroît la « rentabilité » du capital humain et peut justifier d’allonger le nombre d’années d’activité. De façon générale, ce domaine appelle typiquement, contre les approches trop globalisatrices, une meilleure prise en compte de l’individualisation des situations et des aspirations.

La préservation de l’Etat social impose également d’assumer la question de sa « productivité ». On ne peut consacrer, depuis des décennies, des ressources aussi considérables au fonctionnement de certains services publics et vouloir mettre le fonctionnement de l’Etat à l’abri de toute évaluation critique. Qu’il s’agisse de l’éducation, où nous avons initié le mouvement de massification, mais aussi des moyens d’assurer la sécurité réelle des français, à travers la justice et la police, les socialistes doivent assumer la nécessaire réforme de l’Etat et des services publics pour garantir leur efficacité durable.

- Etablir un nouveau compromis social

La différenciation croissante des situations ne libère pas seulement les revendications personnelles. Elle génère aussi aujourd’hui de nouveaux antagonismes sociaux, entre inclus et exclus, « français de souche » et « immigrés », habitants des cités et monde péri urbain, sur lesquels la droite populiste appuie son développement électoral.

Ces clivages latents entretiennent la lancinante question du « qui paie pour qui ? » et sapent la légitimité redistributive de l’Etat social. Nous refusons évidemment de répondre à cette évolution en épousant nous-mêmes ces logiques de division et en abandonnant les plus modestes à leur sort. Mais nous devons proposer un nouveau compromis social à l’ensemble de notre base.

Un vecteur essentiel de la relégitimation des politiques publiques réside, répétons-le, dans leur plus grande individualisation. Cette nouvelle orientation méthodologique n’est pas anecdotique : elle concerne des sujets aussi divers que la lutte contre le chômage et l’exclusion, la réforme des retraites, la réduction du temps de travail, la politique éducative, le logement, la politique de la ville…Elle met en jeu des arbitrages entre aide aux territoires et aide à la personne, et peut nécessiter, chez nos élus, une certaine révision des schémas habituels de pensée.

Dans ce nouveau compromis, la lutte contre le chômage et l’exclusion demeureront des priorités politiques. Outre l’approfondissement de la construction européenne et le renouvellement déjà évoqués de la politique industrielle, nous devons notamment donner corps au concept de « sécurité professionnelle » en concentrant les moyens du service public de l’emploi et de la formation professionnelle sur les personnes qui en ont le plus besoin.

Ce choix est conforme à notre propre volonté de rétablir la société du travail, à la demande des chômeurs eux-mêmes, qui veulent travailler, et des autres salariés, qui ne veulent pas financer l’assistance. Elle doit s’accompagner alors des dispositifs - modes de rémunération, mécanismes d’incitation,…- garantissant un « workfare à la française ».

Un autre enjeu majeur pour la gauche est celui de la ville et des territoires: nous devons, ici aussi, réintroduire de la maîtrise collective, en rénovant les cadres de vie, en combattant les effets de relégations qui affectent aujourd’hui les cités, en restaurant de la mixité sociale.

Mais, dans le cadre de ce compromis, nous voulons également répondre à la demande des couches salariées, qui pour être mieux intégrées au système économique, ou vivre dans des cadres de vie moins dégradés, n’en connaissent pas moins des difficultés. La sauvegarde des retraites, de la sécurité sociale, des composantes universelles de notre système social, vont dans le sens de leurs attentes. Mais il nous faudra aussi impérativement travailler à l’élaboration de nouveaux instruments pour relancer la politique des revenus, qui tiennent mieux compte, là aussi, de la diversité des situations et des aspirations que des outils homogénéisant tels que le SMIC. Il nous faudra mettre enfin à l’ordre du jour le projet d’une remise à plat complète de notre système fiscal, qui lui rende une redistributivité réelle. Et, sauf à ignorer un ressort majeur des dynamiques sociales actuelles, nous devrons par exemple aussi prendre d’avantage en compte le désir d’accès à la propriété de très nombreux Français.

- Relever le défi écologique

Enfin, l’Etat social ne remplira à l’avenir sa fonction protectrice que s’il répond aux enjeux liés à l’épuisement des ressources, à la dégradation de la planète, à la maitrise des nouveaux risques.

Si la protection de l’environnement, la lutte contre le réchauffement climatique renvoient largement à la coopération internationale et à la mise en place de nouveaux instruments mondiaux de régulation, nous pensons que l’Etat et les collectivités locales sont également armées pour agir contre l’urbanisation anarchique, imposer un autre type d’agriculture, protéger la biodiversité et, de façon générale, imposer les règles nécessaires et les solutions techniques adaptées au respect des écosystèmes.

Face à l’urbanisation de notre société, qui a considérablement modifié le rapport à l’espace, nous pensons également que les socialistes devront proposer demain une nouvelle politique des déplacements. Ils devront promouvoir la diversification énergétique, redéfinir la place des énergies renouvelables et clarifier la question du nucléaire, à partir de leur volonté d’un progrès maîtrisé.

Appuyés sur l’expérience des collectivités locales, nous devrons enfin impulser un autre mode de développement, en investissant massivement dans le soutien au secteur non marchand, à l’économie sociale et solidaire.

* Remettre le progrès social en marche

La restauration de l’Etat social est une nécessité vitale. Mais elle ne peut constituer notre horizon historique. Même rétabli dans ses fonctions vitales, d’intégration, de protection, de redistribution, le modèle social dont nous avons hérité n’est qu’une traduction imparfaite de nos valeurs.

Pour être un socialisme du réel, notre socialisme ne saurait pour autant se réduire à un pragmatisme gestionnaire. Nous croyons à la nécessité et à la possibilité de réinvestir dans le projet réformiste l’aspiration à une transformation en profondeur des structures sociales qui était contenue dans le projet révolutionnaire. Nous croyons à la nécessité et à la possibilité d’un réformisme radical, remettant en marche l’idée même du progrès social aujourd’hui éteinte.

Cette perspective peut se dessiner autour de trois chantiers majeurs :

- L’égalité réelle

Malgré l’incorporation de l’enseignement dans le champ des services publics, notre modèle social a été davantage orienté vers la réparation a posteriori des inégalités que vers leur prévention a priori. En dépit de l’instauration des ZEP, la logique « universelle » et indifférenciée qui régit le fonctionnement du système éducatif ne permet pas de faire face au poids colossal des inégalités de naissance dans les
parcours scolaires. Les prestations sociales actuelles constituent davantage des filets de sécurité que des moyens de rattraper les handicaps initiaux.

Une politique de gauche réellement progressiste doit se fixer aujourd’hui comme horizon l’égalisation du « capital culturel ». Nous devons faire de la précocité de la scolarisation et de l’investissement social dans la petite enfance des points centraux de nos programmes. Mais nous devons également remiser l’égalitarisme formel et amplifier au contraire la logique de rattrapage. Basées sur des critères sociaux et non ethnico-culturels, les ZEP peuvent instrumenter ce traitement inégalitaire des inégalités mais il faut, là aussi, accentuer l’individualisation de l’aide apportée par la société. Pour combattre sérieusement la reproduction sociale, nous devrons, enfin, accepter de reconsidérer un jour la stratification actuelle de notre système d’enseignement supérieur, régi par des logiques excessivement malthusienne, qui exacerbent le capital relationnel et le niveau d’information des familles, et qui figent prématurément le parcours social des individus.

Enfin, nous n’oublions pas que l’égalité réelle est aussi l’égalité des droits : à compétence égale, salaire égal, perspective égale. Il n’y aura pas de progrès social sans la mise en oeuvre de ce principe essentiel, à travers des politiques rigoureuses de lutte contre toutes les formes de discrimination.

- L’émancipation individuelle

La volonté émancipatrice de la gauche peut, de même trouver, dans la France de 2007, de nouveaux terrains d’application.

Dans la foulée du Pacs, la reconnaissance par la loi de la diversité des choix de vie peut être étendue. Quarante ans après mai 68, et même si nous reconnaissons désormais l’importance des règles collectives, le combat pour la libéralisation des moeurs n’a pas non plus perdu sa raison d’être. Qu’il s’agisse par exemple du port du voile ou de la liberté sexuelle de jeunes filles nées ou vivant sur le sol français, une gauche fidèle à son héritage et cohérente avec elle-même se doit d’aider davantage ces dernières à s’arracher à la pesanteur des liens familiaux pour devenir des personnes véritablement libres de leurs choix, libres de « s’affilier » ou de se « désaffilier.

Sur un autre plan, le socialisme de ce début de XXI ème siècle peut aussi renouer avec son ambition d’élargir l’accès du plus grand nombre à la culture.

- L’approfondissement démocratique

Le perfectionnement de notre modèle social suppose, enfin, par celui de notre démocratie.

La représentativité du système représentatif doit, en premier lieu, être améliorée : tous les pouvoirs doivent procéder du suffrage universel et du principe égalitaire « un homme, une voix ». Les modes de scrutin doivent permettre l’efficacité, donc les majorités, mais sans écraser la représentation du pluralisme d’opinion. La diversité des profils, donc des expériences et des perceptions de la réalité sociale, doit trouver sa place dans le régime représentatif. Si la généralisation des quotas nous paraît contraire à la conception républicaine de la représentation politique, la limitation drastique du cumul des mandats offre un levier pour aller dans ce sens.

L’exigence contemporaine d’une souveraineté effective doit également être mise en oeuvre. Dans le sillage de ce que beaucoup d’élus socialistes pratiquent déjà, la démocratie participative doit être étendue. Nous devons veiller à ce que les citoyens, les regroupements et les associations qui les représentent, soient mieux associés, de la conception à la mise en oeuvre et à l’évaluation, aux étapes de. Sans remettre en cause le monopole normatif de l’Etat, garant de l’égalité des droits sur le territoire national, nous plaidons également pour une République moins centralisée, articulée autour de collectivités locales aux financements garantis et aux compétences établies. Fort de l’expérience du socialisme local, qui est une des formes françaises de la sociale démocratie, nous plaidons pour une nouvelle étape de la décentralisation qui fasse passer celle-ci à l’ère d’une démocratie citoyenne véritable.

En sociaux – démocrates aboutis, nous plaidons également pour une prise en compte plus institutionnalisée des acteurs sociaux dans le processus de décision politique. Nous pensons que les résultats de la négociation sociale doivent être pris en compte dans la loi. Il nous semble que la gauche doit également apporter aujourd’hui au monde associatif et à l’économie sociale et solidaire une reconnaissance et un soutien stratégique plus important. Elle doit s’appuyer sur leur expérience et leur connaissance des réalités sociales pour bâtir ses politiques.

La Rochelle, août - septembre 2007

02 juillet 2007

Ecologie et sociale-démocratie

Bonjour à toutes et à tous,

Vous trouverez en cliquant sur le lien ci-dessous une contribution sur la place de l'écologie au sein de la sensibilité sociale-démocrate.

Téléchargement SD-ContributionEcologie.doc

Bonne lecture,

Equipe DSK

21 juin 2007

Le O.U.I de la Social-Démocratie française : Outils - Utopies - Idéologie

I. La social-démocratie : idéologie, outils et utopie

Le PS s’est enrichi de nombreux nouveaux adhérents, mais certains semblent plus attirés par telle personnalité que par le contenu idéologique de ses propositions.

Beaucoup sont favorables à la rénovation du PS et ne semblent pas s’opposer fondamentalement à la social-démocratie dans ses objectifs. Cependant, nous constatons tous qu'un grand nombre d'entre eux sont prêts à suivre des « icônes » populaires, même dans leurs errements d’image, d’affect, d’effet de groupe …, ce qui est loin d’un engagement citoyen réfléchi et constructif.

C'est pourtant un point essentiel qui caractérise le militant socdem. Pour être entendus, pour ne pas laisser le PS dériver dans la démocratie d'opinion et le culte de la personnalité, il nous faut faire preuve d’une pédagogie qui fasse bien faire comprendre notre idéologie, et si nous devons faire un effort de diffusion, il doit porter sur la doctrine. La majorité des électeurs, qu'ils soient socialistes ou non, semble avoir une perception erronée de la social-démocratie. Pour beaucoup, il suffit d'être réaliste dans la gestion de la société capitaliste, d'avoir des valeurs plus humanistes que cyniques pour se voir classé ipso facto parmi les socdems. Donc Borloo et Bayrou seraient des socdems, ce qui est loin de la réalité.

Si nous ne communiquons pas sur l'idéologie et la doctrine de la social-démocratie, la confusion perdurera. La social-démocratie se distingue par un bagage idéologique complexe et profond qui est sur la voie d’une rénovation importante (ce qui est un des buts du Manifeste). Peut-être la dissipation de cette confusion nous fera-t-elle perdre en popularité dans l’électorat de droite, mais elle nous fera gagner en visibilité et en force de conviction partout. Elle nous réconciliera avec un électorat qui, de la gauche au centre, est orphelin d’avenir. Enfin, cela nous permettra d'être perçus autrement que comme de vagues centristes, voire des droitiers, et cela permettra à ceux qui, hier, ont été trompés par les sirènes d’une communication trompeuse, de mieux structurer leur pensée politique.

Si   une idéologie renouvelée est à l’évidence très attendue dans une époque où la   politique se nourrit essentiellement de rapports de force basiques sans   envergure historique ou sociétale (le but est de gagner l’élection et c’est   tout), il n’en demeure pas moins qu’il manque au moins deux choses   supplémentaires pour entraîner une meilleure adhésion et une identification à   ce projet :

1) une batterie renouvelée d’outils   (quels sont les moyens de la mise en œuvre ?).

2) une utopie (vers quel idéal nous   dirigeons-nous ?)

En l’absence d’outils, tout élu se retrouve dans la position du « gestionnaire de l’existant », avec peu d’espoir d’en sortir. Dans un raccourci rhétorique symbolique, on retrouve ce cheminement dans deux déclarations de L. Jospin qui, parti d’un « il s'agit d'un choix de civilisation » arrive après quelques mois d’exercice du pouvoir à « nous sommes les gestionnaires du quotidien ». Il ne faut pas s’y résigner !

En l’absence d’utopie, même lointaine et improbable, les citoyens se retrouvent dans la situation de la gestion du quotidien, dans le matérialisme de l’immédiat, avec peu d’espoir d’un monde meilleur autre que le progrès technologique ou l’accumulation stérile de richesses. Le discours économique que le personnel politique est amené à leur tenir n’a que peu de chances d'entraîner une acceptation enthousiaste.

Cette contribution traitera essentiellement des outils et de l’utopie puisque ce sont les points où nous manquons peut-être actuellement le plus de matière.

Ceci ne remet évidement pas en cause l’importance de la rénovation de l’idéologie social-démocrate à la française et du besoin de contributions sur ce sujet ; on se reportera à la rédaction finale du manifeste sur ce point.

II. Les outils classiques

Actuellement, les moyens de transformer la société se   réduisent à un seul outil, issu de cet objectif qui voulait rendre la société   plus égalitaire : l’impôt comme source de redistribution.

Le   mécanisme de cet outil est simple (effectuer un transfert de richesses des   plus riches vers les plus nécessiteux) de façon à corriger les inégalités de   départ.

Hélas, l’impôt redistributeur, s’il réussit effectivement à éviter la catastrophe, ne parvient pas à corriger les déséquilibres structurels de la société. C’est un des constats importants des trois socialismes proposés par Dominique Strauss-Kahn. Par ailleurs, les plus riches ou supposés tels ont de multiples moyens d’échapper à l’impôt, ce qui le rend largement inefficace (Cf. la « Note Pour l’Egalité Réelle » de DSK).

Élément aggravant, l’impôt redistributeur a perdu sa finalité utopique (une société égalitaire) pour devenir un simple instrument de gestion : trouver un financement à tout nouveau problème. Perdant cette finalité « utopique », l’impôt est de plus en plus mal accepté, arrivant même pour certains à un niveau si caricatural qu’ils le qualifient de « racket d’état volant le fruit du travail pour le donner à ceux qui ne veulent rien faire ».

Ce contresens de l’impôt , d’ailleurs, n’est pas une particularité issue de la gauche. En effet, la droite arrivant au pouvoir ne supprime que très rarement un impôt, elle introduit des exceptions permettant d’y échapper (les lois fiscales de N. Sarkozy en sont un exemple flagrant : bouclier fiscal, défiscalisation des prêts… Qui peut en bénéficier si ce n’est ceux qui ont les moyens d’accéder à la propriété et des revenus suffisants ? Ici on ne corrige rien, on aggrave les écarts), ce qui constitue une acceptation assez cynique de l’outil : l’impôt réussit à la fois à arriver à un niveau trop haut de pression (pour ceux qui le paient effectivement) tout en permettant à ceux qui ont accès à la compréhension des mécanismes fiscaux d’y échapper pour tout ou partie.

Le haut niveau de pression fiscale justifie et entretient cyniquement l’existence de la défiscalisation ce qui au final aboutit à trois classes de citoyens : ceux qui ne paient pas l’impôt direct car trop pauvres, ceux qui paient l’impôt car pas assez riches, ceux qui défiscalisent car assez riches ou assez bien informés.

On voit ici que l’utopie égalitaire est complètement détruite par la perversion de l’outil.

En dehors de l’impôt, il est difficile de trouver d’autres outils largement mis en œuvre en dehors des intentions de la Constitution, la loi, l’enseignement, le rôle économique de l’Etat….

A. La Constitution

La Constitution introduit des objectifs utopiques dans son préambule de 1946 (égalité des sexes, droit du travail, conditions nécessaires au développement des familles, …) mais au final, elle n’introduit pas d’outils « impératifs », pas d’obligation formelle de rééquilibrage, et au final, l’impôt est utilisé pour ce qui finit par être un vague objectif.

Il nous paraît important de transformer la nature même de la Constitution qui doit passer du « simple » texte organique de fonctionnement de la République, vers un texte qui définisse la mise en œuvre de la citoyenneté : répondre aux besoins fondamentaux du citoyen (ce dont un citoyen a besoin pour être un citoyen) et exercer la citoyenneté (la République et son fonctionnement, les pouvoirs, les droits et devoirs de la citoyenneté).

B. La loi

La loi et en particulier   le droit opposable qui était à la mode lors de l’élection présidentielle, va   dans le sens d’une utopie (un monde sans SDF, le droit à la meilleure   éducation, …), mais si on perçoit la finalité (logement pour tous par   exemple), on ne définit justement pas l’outil pour y arriver (la   plainte…devant les tribunaux administratifs…ne construit pas les logements   manquants et elle est de plus hypothétique car difficile à mettre en œuvre   pour un exclu du système).

Dans ce cadre, la loi devrait définir les liens qu’il y a entre tous les droits opposables et la réponse aux besoins fondamentaux du citoyen, tels qu’ils sont définis par la Constitution.

C. L’éducation

L’éducation de la République est également un outil puissant. Mais cet outil dysfonctionne clairement (en crise permanente, inefficacité récurrente pour la formation professionnelle, efficacité trop limitée pour former à la citoyenneté, ascension sociale en panne, inclusion trop faible des minorités de toutes sortes, …).

Ce sujet mérite une contribution à lui seul et nous ne le traiterons que de façon hélas superficielle ici :

Il semble que le problème de fond soit double :

- un problème de direction du corps enseignant (les grèves quasi-cycliques, le ressenti d’absence de soutien hiérarchique, le stress voire les dépressions ressemblent à des symptômes de lacunes de management et/ou d’encadrement)

- un problème de déphasage avec le monde moderne (quel est la place de l'enseignement lorsque wikipédia répond à vos questions d'un seul coup de clic, quelle est la place de celui qui diffuse le savoir dans une société qui « désespère » de l’utilité du savoir, quelle est la place de l’école dans une société qui se méfie de ses administrations, quel est le service public rendu par l’éducation ?).

Ceci n’est qu’une analyse imparfaite parmi beaucoup d’autres. Il semble important que la social-démocratie se rapproprie cet outil fondamental et indispensable à la formation du citoyen, mais le sujet semble « douloureux ». Le courage est indispensable.

Il existe un autre aspect d’éducation, plus restreint et qui nous concerne au premier chef en tant que parti, il s’agit de la "formation spécifique des militants". Il semble se dégager deux approches opposées sur ce sujet :

- la première approche est de dire que puisque les médias nous abreuvent d’une soupe peu rigoureuse ou orientée, il faut reprendre et enseigner le fil historique de ce que nous sommes : travail collectif, soutien à la laïcité (qu’est-ce que c’est), à l'école, etc. Il faut par ailleurs expliquer la profondeur et la complexité de l’idéologie. Aujourd’hui, la formation politique est « sous-traitée » à Sciences-Po, ce qui est insuffisant en termes de massification des enjeux.

- L’autre approche est de constater que ce qui nous manque, ce ne sont pas des érudits incollables sur l'histoire du socialisme, mais au contraire des béotiens qui arrivent avec leur idée naïve du socialisme (issue du réel) et qui n'hésitent pas à questionner l'évidence, qui n'hésitent pas à remettre en cause l'acquis centenaire (en partie parce qu'on ne sait pas que c'en est un). Autrement dit, ne pas savoir est un moyen de casser le moule qui conduit tout le monde à penser de la même façon.

La première approche a le mérite de l’efficacité, la seconde peut briser le formatage (au risque cependant de sombrer dans l’absurdité), et donc la pensée unique qui nous englue finalement dans une bureaucratie gestionnaire.

Donc, un outil de formation du militant, oui, mais ramené à ce qui ne contraint pas la pensée. L'espoir est qu'au fil de temps, les anciens transféreront aux jeunes ce qui est nécessaire pour être efficace, et inversement.

D. l'Etat comme acteur économique

C’est évidemment un des puissants outils historiques de la gauche et un des clivages actuels. La social-démocratie abandonne l’idée d’un État qui s’approprie l’action économique de façon musclée et non négociée, pour concevoir un État qui reconnaisse le marché. Bref, un État qui n’intervient que de façon ponctuelle et raisonnée, si cela est nécessaire, là où cela est nécessaire, pour ce qui est nécessaire.

On passe par exemple de l’état « nationalisateur » à un outil plus pointu comme celui des nationalisations / dénationalisations temporaires proposé par DSK.

Cependant, si cet outil est à l’évidence efficace dans bien des situations, il est d’une faible efficacité face à la sphère financière, puissante et très rapide, capable de menacer le tissu économique aussi bien en jouant à la hausse qu’à la baisse, aussi bien par la rentabilité que la faillite. Il faut doter la République d’un outil financier ayant une surface financière capable de contrecarrer rapidement ou préventivement les actions potentiellement néfastes de la sphère financière. Il apparaît nécessaire de discuter de l’opportunité de la création de fonds éthiques, gérés par des professionnels de la finance mais selon des critères HQS (Haute Qualité Sociale – à définir sur le contenu) contrôlés par les partenaires sociaux.

L’utopie est ici que la sphère financière soit gouvernée par des objectifs sociaux tout en respectant les impératifs de survie industrielle et économique. Les acteurs sociaux doivent orienter les actions de la sphère financière plutôt que d’en subir les contrecoups.

III. Les outils novateurs actuels

Nos élus sociaux-démocrates ont introduit des pistes pour de nouveaux outils, sans peut-être assez « théoriser », sans expliquer ou sans aller au bout de la réflexion.

A. La Couverture Maladie Universelle

Les mécanismes de type CMU   sont un premier exemple d’outil novateur. Au départ, on constate qu’il existe   un déséquilibre sociologique ou démographique structurel vis-à-vis des soins.   Avant la CMU, telle catégorie de citoyens ne pouvait pas se soigner parce   qu’ils appartenaient aux classes défavorisées de la société, ou à une tranche   d’âge disposant d’un accès difficile aux soins.

 

En introduisant des mécanismes permettant de fournir les soins (et pas de redistribuer de l’argent pour se soigner), on a pour objectif de supprimer en grande partie l’inégalité en face d’un besoin fondamental.

Dans cet exemple, l’impôt est toujours nécessaire pour financer la mesure, mais il entraîne moins de rejet dans le sens où on ne redistribue pas de l’argent mais où il finance un soin, donc un besoin vital.

B. La gratuité des transports

Ce deuxième élément utilisé en particulier par la région Île-de-France est dans la même veine, mais avec un mécanisme encore plus intéressant.

Là aussi, il s’agit de réparer un problème de déséquilibre structurel. De part sa densité et son étendue, la région Île de France impose des besoins très importants de transport, aussi bien par la fréquence que par la distance. Toute personne ayant de faibles revenus rencontre d’énormes problèmes pour trouver du travail (entre autres). Ne pas pouvoir se déplacer constitue une trappe à misère insurmontable, à moins de frauder. La région a introduit la gratuité des transports pour ces citoyens, ce qui règle le problème. Mais ce qui est encore plus intéressant que pour la CMU, le financement de cette disposition est invisible au contribuable ou aux autres voyageurs : le service public est le même avec ou sans cette disposition spécifiquement dédiée à une catégorie défavorisée de citoyen, et l’acte d’achat du titre de transport n’est pas visiblement impacté par cette mesure. On évite le rejet épidermique de l’impôt, donc de la mesure qu’il finance.

C. Le service public de la petite enfance

C’est une proposition introduite par la social-démocratie lors de la dernière présidentielle. Nous constatons là encore un déséquilibre structurel qui aboutit à constituer une « trappe à misère ». Le simple fait de naître dans un milieu défavorisé induit un déficit de « stimulation de l’éveil » des jeunes enfants, ce qui se traduira plus tard par des problèmes d’éducation, de (dis)qualifications professionnelles voire de délinquance.

La redistribution par l’impôt (allocations familiales ou autres) s’avère n’être que des perfusions qui maintiennent en vie les familles mais qui ne permettent pas de sortir de la trappe.

La distribution de prestations financières à l’âge adulte n’est qu’un palliatif beaucoup trop tardif.

En créant un service public de la petite enfance, on a l’ambition de fournir, non pas une prestation financière, mais ce qui manque effectivement à l’éveil de l’enfant (une sorte de CMU de l’éveil et de l’éducation). Là aussi, il s’agit d’un besoin fondamental qui n’est pas satisfait à cause des déséquilibres de la société et de la situation spécifique des parents.

On notera toutefois que le cas de ce service public est complexe à mettre en œuvre : comment détecter, comment fournir le bon niveau d’éveil, comment pallier les déficits familiaux issus du stress, de la dépression ou d’autres problèmes rencontrés par les parents ?

D. Synthèse

On voit que ces exemples ont des points communs :

- un déficit initial sur un besoin fondamental,

- un déficit qui découle d’un déséquilibre structurel de la société

- un déficit qui constitue une trappe à misère

- un déficit qui n’est pas corrigé par la redistribution issue de l’impôt

- un déficit qui est corrigé par l’apport direct de ce qui manque

IV. Théorisation d’un nouvel outillage pour la socdem

L’allocation financière redistribuée via l’impôt n’est qu’un outil de sauvetage, un palliatif utilisé faute d’un outil curatif. C’est une mesure sociétale, mais pas sociale.

Nous devons nous attacher à fournir ce qui manque, pas à fournir l’argent qui pourrait pallier à ce qui manque.

Même s’il est clair que cette approche doit également être financée, elle a l’avantage de moins être perçue comme un « détournement » de l’argent gagné par certains vers une perfusion au final inutile pour d’autres.

Elle oblige à se pencher sur la résolution des causes au lieu de se contenter de gérer.

La solution est parfois simple (cas des transports), parfois complexe (service public de la petite enfance).

A minima, nous devons envisager de créer de tels outils pour tous les besoins fondamentaux qui représentent des « trappes à misère » :

1) alimentation (aujourd’hui assurée par des associations caritatives)

2) soin (amélioration de la CMU)

3) logement (le non-traitement récurrent du problème des SDF est un scandale absolument immoral)

4) énergie (la brique de base de la richesse)

5) transport (généralisation de la solution francilienne)

6) société réalisant l’inclusion des individus (au sens de non-citoyens) et des citoyens (la brique de base de la construction de la société)

La République doit garantir la mise en place d’outils permettant de libérer les individus et les citoyens de leurs besoins fondamentaux (alimentation, soin, logement, énergie, transport), de les éduquer pour les amener à un niveau de citoyenneté active et responsable n’excluant personne.

V. Outils possibles

A. La faim et les soins

Pour ce qui concerne l’alimentation et les soins, l’outil est simple, évident , il existe déjà : on pourrait institutionnaliser (inscrire dans les moyens constitutionnels) des outils du type « restaurants du cœur », médecin du monde, … et les associations de ce type.

L’utopie associée à ces outils est simple : nous voulons une République dans laquelle on ne peut plus mourir de faim, de froid ou par manque de soins.

B. Le logement

Il faut garantir à tous les foyers un niveau minimal d’hébergement. La loi SRU devrait avoir un tel rôle, elle est cependant en situation d’échec : certaines communes et leurs habitants ne veulent pas héberger des populations auxquelles elles ne s’identifient pas, le niveau de construction de logements sociaux est très en-dessous des besoins et enfin la loi ne règle pas le cas des personnes durablement non solvables. Cette situation dramatique induit des situations de travailleurs et de familles SDF, de renaissance des bidonvilles, de morts statistiquement prévisibles. Ne rien faire est une lâcheté et une infamie. A minima, chaque commune doit mettre à disposition un certain nombre d’asiles (X pour mille de la population) disposant de l’eau courante et d’un minimum d’électricité, fournissant le niveau minimal de dignité à tous citoyens, sans contrepartie.

Ne pas le faire revient à entretenir volontairement l’élimination des SDF les plus faibles par la mort, à faire perdurer le commerce des marchands de sommeil, à garder une redoutable trappe à misère, à entretenir une part de la violence, à faire perdurer des situations sanitaires indignes de notre société.

Les locaux permettant de créer de tels asiles existent probablement déjà dans une très grande majorité de communes : est-il plus difficile de trouver 9m2 habitables que de construire une salle des fêtes ou un gymnase ? Le poids porté par une commune paraît dérisoire en regard de l’enjeu si l’on prend par exemple l’hypothèse d’un asile pour 5000 habitants.

L’utopie associée à cet outil est la disparition de la forme la plus visible et la plus scandaleuse de la misère de notre société.

C. L’énergie

Il faut garantir à tous les foyers un niveau minimal d’énergie gratuite permettant de   couvrir la réfrigération des aliments, un certain niveau de lumière, un   niveau minimal de climatisation. Pour ce qui est de la réfrigération et de la   lumière, l’engagement peut se faire à travers le service public fournit par   EDF, ce qui redonnerait un nouveau souffle citoyen à cette entreprise quitte   à induire sa redéfinition en termes de service public.

Le niveau minimal de chauffage peut être atteint par le même moyen tout en faisant attention à ne pas induire de biais anti-écologiques ou énergivores (l’électricité n’est pas le meilleur moyen de se chauffer). Le financement de cette mesure peut être à la fois obtenu sur la part des bénéfices de la société nationale et sur un gain dans ses dépenses de fonctionnement ou statutaires. Le financement des avantages particuliers de la société est typiquement un point qui doit être discuté dans l’optique d’une solution qui ne lèse pas les salariés tout en renforçant le service public fourni.

L’utopie associée à cet outil est tout simplement de créer un bond de civilisation : disposer d’un niveau minimal d’énergie gratuite est la base de la vraie richesse d’une société. Cela rejoint d’une certaine façon la gratuité partielle des transports (point suivant).

D. Les transports

Il faut travailler sur un outil qui garantisse un quota minimal de transport à tous les citoyens (l’égalité est une condition nécessaire d’acceptation). Cela ne changerait rien aux transports déjà mis en place si ce n’est leur mode de financement. Là, il est clair que l’impôt interviendrait en partie : le service public des transports serait financé par l’impôt pour la part des besoins fondamentaux de transport, par l’achat d’un titre pour le reste.

L’utopie associée à cet outil est double : plus de trappe à misère issue de l’impossibilité de se déplacer (un point qui deviendra rapidement sensible avec la fin de l’ère du pétrole) avec une conséquence intéressante qui est la maîtrise de la pression écologique liée aux transports puisque nous serons incités à utiliser les services publics.

E. L’inclusion citoyenne : les villages du XXIème siècle

Les outils précédents peuvent être mis en place séparément, mais il est également envisageable d’utiliser un outil structurel global et plus radical encore, presque utopique. Les défauts de nos sociétés sont issus d’une longue histoire et l’accumulation de bons choix et d’erreurs. Il est possible d’agir sur des cibles spécifiques, ou de décider de reconstruire notre société (au sens littéral du terme).

L’utopie est ici de lancer un urbanisme totalement nouveau et innovant par le biais de la construction de villages « pionniers » (l’outil). Ces villages devront avoir les caractéristiques suivantes :

- ils seront créés ex nihilo et conçus dès le départ en concertation avec leurs futurs habitants pionniers (l’esprit pionnier est naturellement inclusif ce qui est important pour augmenter le niveau de solidarité de la société)

- ils seront construits de façon à favoriser le rapprochement (pas de banlieues de clones) tout en préservant l’identité des foyers (on respecte l’identité des familles, on ne construit pas des phalanstères)

- ils seront construits de façon à trouver un équilibre démographique et sociologique

- ils seront construits dans l’optique de diminuer au maximum la pression sur l’écosystème (constructions HQE, …)

- ils seront construits de façon à tirer avantage d’une écologie industrielle (les déchets de l’un devenant la matière première des autres)

- ils seront construits dès le départ pour traiter d’éventuels problèmes d’alimentation, de soin, d’asile.

- ils seront construits de façon à être énergétiquement autonomes voire excédentaires (faible consommation, production électrique par chaque foyer ou entreprise)

- ils seront construits de façon à diminuer et optimiser les besoins de transport

- ils seront construits dans la perspective de résister aux ruptures climatiques et énergétiques.

Une solution intermédiaire est de reconstruire des villages au sein même des villes, soit sur des friches, soit sur des quartiers à réhabiliter.

 
 

VI. Conclusion

   

Le   travail sur l’idéologie est fondamental mais pas suffisant, le socialisme est   impuissant s’il n’est pas outillé pour une mise en œuvre et éclairé par une   cible utopique.

   

En fait, au-delà de la nécessaire réflexion sur les idées,   la rénovation politique passe aussi par le renouvellement des outils et des   utopies : il faut abandonner l’outillage de type comptable et la prétention   de réduire le monde à la seule économie, mais retrouver le sens d'une action   structurelle (outils) sur la société) guidée par des principes et une   philosophie (l’utopie).

 

 

 

 

05 juin 2007

Devoir de clarté

 Les questions économiques et sociales ont occupé une place centrale dans la campagne présidentielle 2007. Les débats sur le pouvoir d’achat, l’emploi, les retraites, la dette, la fiscalité, la politique monétaire et le travail ont été les plus vifs et les plus nombreux. Face à une droite décomplexée, la gauche en général, et le Parti Socialiste en particulier, s’est trouvée en difficulté : le flou de nos propositions et les ambiguïtés de notre candidate n’ont pas rassuré des électeurs en perte de repères ; et, de fait, nous avons perdu les élections. Il semble pourtant que les questions économiques méritent des réponses claires, une analyse renouvelée, moderne, plus en phase avec le monde actuel. Sans renoncer à nos valeurs – pour mieux les servir même – nous devons clarifier certains points, trancher certaines questions, lever certains tabous et affirmer nos convictions profondes. Ce devoir de clarté est une question de courage et d’honnêteté ; c’est aussi une question d’identité et d’efficacité politiques.

 

 

Sur les retraites. Les évolutions démographiques actuelles - allongement de la durée de la vie et départ à la retraite des baby-boomers - mettent en péril l’équilibre de notre système de retraite. Le constat ne date pas d’aujourd’hui. Déjà en 1999, le rapport Charpin[1] indiquait la nécessité de trouver un « nouvel équilibre » afin de garantir la pérennité du système. Aujourd’hui nous savons qu’en dépit d’une forte natalité, d’une augmentation de la productivité et d’une baisse du chômage, cet équilibre ne serait toujours pas garanti. La solution passe donc également par l’allongement de la durée de cotisation pour obtenir une retraite à taux plein. D’après le rapport Charpin, cette mesure est justifiée « à la fois par l’allongement de la vie, le recul de l’âge d’entrée dans la vie active, et l’amélioration de l’état de santé des plus de 60 ans »[2]. Cette mesure suppose par ailleurs que l’on encourage l’emploi des actifs de plus de 55 ans dont le taux d’emploi en France est seulement de 38%, contre 72% en Suède[3]. Cette nécessité ne dispense nullement d’une réforme globale du système permettant notamment la prise en compte de l’espérance de vie au moment du départ à la retraite. Elle ne nous dispense pas davantage d’une réforme des régimes spéciaux - que rien ne saurait véritablement justifier.

 

Sur la dette. La situation des finances publiques est préoccupante. La dette publique dépasse 1 100 milliards d’euros et représente les deux tiers de notre production nationale annuelle. Les paiements d’intérêts de la dette s’élèvent à 45 milliards d’euros par an. Chaque année depuis 25 ans, les administrations publiques sont en déficit[4]. Comme le souligne le rapport Pébereau, « la diminution de la dette n’a d’ailleurs pratiquement jamais été un objectif prioritaire ». Mais comme le rappelle en termes simples Jean-Paul Fitoussi, président de l’OFCE : « En vérité, la réduction de la dette publique ne peut être un objectif prioritaire d’une bonne politique économique. Pourquoi ? Car le moyen le plus sûr de réduire la dette publique, c’est la croissance. Donc si l’on veut à terme réduire la dette publique, il faut aujourd’hui conduire des politiques de croissance qui peuvent impliquer une augmentation transitoire de la dette publique. Par contre, si l’on se donne comme objectif prioritaire la réduction de la dette publique, on risque aujourd’hui de casser la croissance et donc de perdre l’opportunité d’une réduction soutenable de la dette publique à long terme »[5]. Pourtant, la dette française ne doit pas seulement se voir comme un instrument maitrisé de la politique économique nationale. En effet, « une large partie de l’augmentation de la dette a été utilisée pour financer les dépenses courantes de l’Etat et pour reporter sur les générations futures une part croissante de nos propres dépenses de santé et d’indemnisation du chômage (…) »[6]. C’est pourquoi la mauvaise dette - celle qui n’a pas vocation à servir une politique économique contra-cyclique ou financer des investissements publics - doit être combattue par la gauche.

 

Sur la politique monétaire de la BCE. La politique monétaire de la BCE n’est pas seule responsable du déficit extérieur et de la faible croissance économique de la France. L’exemple de l’Allemagne prouve qu’il est possible d’être compétitif grâce une spécialisation sectorielle favorable, un effort de rationalisation de l’appareil productif et malgré un euro fort par rapport au dollar. Si l’on juge sur des faits, le bilan de la BCE n’est pas si mauvais. Jean Pisani-Ferry souligne qu’en « baissant les taux quand la conjoncture s’est affaiblie (en 2001-2002) et en les remontant quand elle s’est affermie (en 1999-2000 puis en 2005-2006), la banque centrale a joué un rôle stabilisateur »[7]. Même si certaines réformes semblent nécessaires – comme l’inscription dans les statuts de l’institution d’un double objectif de stabilité monétaire et de croissance – certaines critiques fondées et un changement d’orientation souhaitable, la BCE ne peut être tenue pour seule responsable des mauvais résultats économiques de la France. La gauche devrait davantage se concentrer sur la relance indispensable de l’Eurogroupe (gouvernement économique de la zone euro) plutôt que de focaliser ses critiques sur une institution qui, dans l’ensemble, fonctionne plutôt bien.

 

Sur la flexibilité de l’emploi. Dans les pays scandinaves cités en exemple lors de la campagne présidentielle 2007 (Suède, Danemark, Finlande), les pouvoirs publics sont passés d’une logique de protection de l’emploi à une logique de protection de l’individu. La mise en place d’un système de protection social généreux, efficace et personnalisé s’est accompagnée d’une plus grande flexibilité de l’emploi. Celle-ci permet en effet un meilleur ajustement de la production aux cycles économiques et une fluidification du marché du travail. Cette flexibilité de l’emploi – qui peut être numérique, salariale ou fonctionnelle[8] - se traduit notamment par une plus grande adaptabilité du travail et des « coûts de licenciement plus prévisibles », voire plus faible. Pour autant, le sentiment de sécurité de l’emploi est plus fort dans les pays scandinaves que dans les pays où la législation du travail est plus protectrice[9]. Ce paradoxe apparent s’explique notamment par la générosité des allocations de chômage. La réussite – bien que contrastée – des modèles scandinaves nous autorise donc à regarder la flexibilité de l’emploi comme un élément possible de la réponse au problème du chômage. Il convient par ailleurs de ne pas oublier que celle-ci s’accompagne d’une vraie politique de l’emploi et de la formation[10].

 

Sur la fiscalité. La gauche doit encourager le patrimoine acquis par le travail au détriment de celui acquis par la rente. Cela peut se traduire par un allégement des impôts sur les revenus du travail et un renforcement des impôts portant sur les droits de succession. En effet, rien ne saurait justifier que d’un côté certains individus héritent d’un capital qu’ils n’ont pas contribué à constituer alors que de l’autre certains n’héritent que de leur force de travail. C’est à la fois une question de justice sociale (véritable redistribution capital/travail) et d’efficacité économique (combattre les effets négatifs de l’imperfection du marché du capital)[11]. L’application d’un système fiscal à la fois plus progressif et moins favorable au capital pourrait notamment conduire à la suppression de l’ISF, impôt largement symbolique qui ne représente que 1% des recettes fiscales. Comme le souligne Jacques Attali, celui-ci deviendrait en effet « inutile » puisque les fortunes seraient « taxées au moment de leur transmission »[12]. Une telle fiscalité serait favorable aux salariés, aux entrepreneurs et pénaliserait les rentiers.

 

Sur les effets de seuil. La gauche a longtemps ignoré – ou feint d’ignorer- les effets de seuils induits par les revenus de transfert. Ces derniers sont pourtant bien réels. « La prise en compte des différents coûts montre ainsi qu’un allocataire du RMI perd souvent de l’argent quand il reprend un emploi, y compris à mi-temps. Le gain se transforme en perte si l’on prend en compte les aides facultatives et les frais engendrés par la reprise d’un travail »[13]. Ces effets de seuil conduisent à la constitution de trappe à inactivité. Il n’est pas question ici de dénoncer un chômage volontaire mais plutôt d’admettre que dans certains cas l’activité n’est pas assez rémunératrice. Afin de limiter cet effet pervers, le rapport Hirsch propose que « le produit de chaque heure travaillée puisse améliorer le revenu final de la famille en supprimant les effets de seuil »[14]. Le Parti Socialiste, à travers le pacte présidentiel de Ségolène Royal, s’est déjà engagé dans cette voie en proposant un revenu de solidarité active garantissant une amélioration d’un tiers de ces ressources à tout bénéficiaire de minima sociaux retrouvant un travail. Sur ce thème, Jacques Attali va plus loin encore et propose un Revenu d’Utilité Sociale (RUS) qui offrirait un revenu de substitution aux personnes privées de travail en échange d’une activité socialement utile. L’auteur précise : « Le droit au RUS incitera chacun à rechercher une utilité plutôt qu’à se résigner à une dépendance, et poussera à préférer une activité utile à un revenu minimal d’oisiveté. On fera ainsi disparaître la catégorie même du chômage en transformant les chômeurs en actifs accomplissant des tâches utiles méritant rémunération »[15].

 

Sur la valeur travail. Trop longtemps, le Parti Socialiste s’est enfermé dans une conception marxiste du travail mettant en avant le processus d’aliénation du prolétaire dans le travail salarié. La définition même du travail tend à conforter cette conception : « C’est une activité fatigante ou ennuyeuse, qu’on fait en vue d’autre chose. Qu’on puisse l’aimer ou y trouver du plaisir, c’est entendu. Mais ce n’est un travail, non un jeu, que parce qu’il ne vaut pas par lui-même, ni pour le seul plaisir qu’on y trouve, mais en fonction d’un résultat qu’on en attend (un salaire, une œuvre, un progrès…) et qui justifie les efforts qu’on lui consacre »[16]. Cette conception du travail demeure juste. Le travail n’est pas une valeur en soi : c’est un moyen en vue d’autres fins ; mais c’est pourquoi il est si important. Cette définition permet en effet d’envisager le travail comme un facteur d’émancipation. C’est ce que rappelle Laurent Baumel lorsqu’il fait référence à « l’irremplaçabilité du travail comme vecteur d’intégration sociale et pourvoyeur d’identité »[17]. Dans sa dimension sociologique, le travail joue en effet un rôle central : il est un lieu de socialisation, un moyen pour l’individu de se sentir socialement utile et de renforcer le sentiment d’appartenance à la communauté à laquelle il appartient. Il est donc le moyen - si nécessaire - de poursuivre des fins - si légitimes. Cela ne suffit pas à le hisser au rang de valeur, mais ne permet pas d’en conclure qu’il est sans valeur.

 

Sur l’économie de marché capitaliste. L’échec historique des économies administrées a consacré - par l’absurde - l’efficacité de l’économie de marché capitaliste comme « forme d’organisation de la production et des échanges »[18]. Dans la pratique, les socialistes français ont accepté de se convertir à l’économie de marché capitaliste dès 1982. La conclusion logique de cette conversion de fait - qui s’impose et découle de la définition même du capitalisme - est la suivante : de manière générale, le marché constitue la façon la plus efficace d’organiser l’activité économique[19]. Cela suppose donc de réhabiliter l’initiative individuelle, la concurrence et les profits. Mais le marché n’est pas sans défaillances. Les économistes et les politiques reconnaissent en effet que l’intervention des pouvoirs publics permet parfois d’en améliorer l’efficacité et de promouvoir la justice sociale[20]. C’est pourquoi les socialistes ont vocation à réguler les différents marchés et « veiller à ce que les acteurs économiques prennent en compte les objectifs que souhaite se fixer la collectivité nationale »[21]. C’est ce qu’exprime Laurent Baumel à travers la formule : « (…) transformer le capitalisme, au nom de la justice sociale, mais sans l’abolir au nom de l’efficacité »[22]. En outre, il convient de rappeler que la sphère marchande n’est pas sans limite. Certains biens essentiels ont vocation à rester non marchands (l’éducation, la santé, l’environnement par exemple). C’est la fameuse distinction introduite par Lionel Jospin : Oui à l’économie de marché ; non à la société de marché.

 

 

Ces quelques considérations visent à rappeler ou préciser certains points sur lesquels nous n’avons pas été assez clairs ou audibles au cours de la campagne présidentielle 2007. Les éléments de réponses apportées ici ne reflètent que le point de vue de leur auteur et n’ont pas la prétention d’épuiser tous les sujets économiques sur lesquels la gauche devra se positionner. Au-delà, un débat de fond est nécessaire pour sortir de l’impasse idéologique et politique dans laquelle se trouve le Parti Socialiste. Le moment est venu de s’interroger, débattre, échanger, imaginer, proposer ; et redéfinir ensemble une idéologie socialiste pour le 21ème siècle.

 

 

Philippe Sabuco - Responsable de la Commission Economie Energie & Environnement (C3E) de la Section Léon Blum

 



[1] L’Avenir de nos retraites : rapport au premier ministre, Jean-Michel Charpin, Catherine Zaidman, Jean-Marc Aubert, Commissariat Général du Plan, éd. La Documentation Française, Paris, 1999.

[2] Idem

[3] Retraites : l'allongement de la durée de cotisation suffira-t-il ? Henri Sterdyniak, économiste à l’OFCE, La Tribune, le 15 janvier 2007

[4] Rompre avec la facilité de la dette publique, Pour des finances publiques au service de notre croissance économique et de notre cohésion sociale, Michel Pébereau, Ministère de l’économie, des finances et de l’industrie, éd. La Documentation Française, Paris, 2005.

[5] « Il existe des marges de manœuvre à l’échelle nationale » pour stimuler l’emploi et la croissance, Jean-Paul Fitoussi, président de l’OFCE, Le Monde, le 09 mai 2007.

[6] Rompre avec la facilité de la dette publique, Pour des finances publiques au service de notre croissance économique et de notre cohésion sociale, Michel Pébereau, Ministère de l’économie, des finances et de l’industrie, éd. La Documentation Française, Paris, 2005.

[7] Soumettre la BCE : une proposition sans avenir, mais pas sans conséquences, Jean Pisani-Ferry, Telos-eu Online, le 12 décembre 2006.

[8] La flexicurité danoise, Quels enseignements pour la France ?, Robert Boyer, éd. Rue d’Ulm, coll. du CEPREMAP, Paris, 2006.

[9] Idem

[10] Idem

[11] Sur cette question, L’économie des inégalités, Thomas Piketty, éd. La Découverte, coll. Repères, Paris, 2004.

[12] La Voie humaine, Pour une nouvelle social-démocratie, Jacques Attali, éd. Fayard, Paris, 2004.

[13] Au possible nous sommes tenus, La Nouvelle Equation Sociale, 15 résolutions pour combattre la pauvreté des enfants, Commission Famille Vulnérabilité Pauvreté présidée par Martin Hirsch, avril 2005.

[14] Idem

[15] La Voie humaine, Pour une nouvelle social-démocratie, Jacques Attali, éd. Fayard, Paris, 2004.

[16] Dictionnaire philosophique, André Comte-Sponville, éd. PUF, coll. Perspectives critiques, Paris, 2001.

[17] Fragments d’un discours réformiste, Contribution au renouveau doctrinal de la gauche française, Laurent Baumel, éd. L’aube, coll. Essai, Paris, 2006.

[18] Idem

[19] Principes de l’économie, N. Gregory Mankiw, éd. Economica, Paris, 1998.

[20] Idem

[21] Le monde comme je le vois, Lionel Jospin, éd. Gallimard, coll. Le débat, Paris, 2005.

[22] Fragments d’un discours réformiste, Contribution au renouveau doctrinal de la gauche française, Laurent Baumel, éd. L’aube, coll. Essai, 2006.

22 mai 2007

Situation du PS aujourd'hui - SD Corse

Vous trouverez, en cliquant sur le lien ci-dessous, le texte proposé à la réflexion par le groupe Social Démocrate de Corse, qui fait le point sur la situation au PS aujourd'hui.

Bonne lecture!

Téléchargement situation_du_ps_aujourdhui_10.05.07.doc

Equipe DSK

14 mai 2007

Réformer l'image et la communication de la sociale-démocratie

Vous trouverez ci-dessous le texte proposé par Ph. Ris et Philippe Cuyaubère sur la réforme de l'image et de la communication de la sociale démocratie. Cliquez sur le lien pour télécharger leur texte.

Téléchargement SD-ContributionRIS-CUYAUBERE.doc 

Bonne lecture,

Equipe DSK

24 avril 2007

La social-démocratie et les nouvelles formes de régulation des marchés

La sociale démocratie européenne a été fondée sur l’acceptation de l’économie de marché et sa régulation par l’Etat et par la loi. Elle a apporté dans de nombreux pays du continent une convergence forte entre développement économique et progrès social. La perspective de l’organisation du marché au service du progrès partagé reposait sur un certain nombre de préalables qui ne semblent plus réunis aujourd’hui. Nous nous devons de les revisiter pour donner à la sociale démocratie le nouveau souffle que nous appelons de nos voeux.

Le premier est celui de la cohérence entre l’espace politique de l’action et la réalité du marché sur lequel nous souhaitons agir. L’intervention de l’Etat s’inscrit dans la dimension nationale. En 30 ans, la mondialisation et, de manière encore plus significative, la construction européenne ont fait tomber les frontières des marchés nationaux. Aujourd’hui, pour l’essentiel des produits et des services, un marché s’est organisé dans l’espace européen. A titre d’exemple, la France réalise 80% de ses exportations à l’intérieur des Communautés européennes. C’est donc dans ce nouvel espace que les régulations doivent s’organiser. Qui d’autre que les sociaux démocrates européens pourraient s’entendre pour réfléchir et mettre en œuvre les convergences souhaitées afin de retrouver la cohérence nécessaire entre l’espace politique de l’action et la réalité géographique du marché ?

Au-delà, ce sont les modes de régulation qui se trouvent remis en cause par les évolutions en cours. La taxation du travail a été le principal levier de la régulation et le vecteur de la redistribution. Pourtant, la forme du capital change pour donner plus de place à l’investissement financier et aux actionnaires alors même que de nouveaux risques se font jour (environnement, santé, paupérisation, déséquilibre de développement dans le monde …). La taxation du travail apparaît de plus en plus comme un archaïsme à dépasser pour répondre à ces nouveaux enjeux. Les leviers traditionnels de la régulation n’agissent plus comme par le passé et conduisent certains vers des stratégies de « dumping » particulièrement néfastes au progrès social. Aux deux extrêmités de la chaîne économique, les comportements individuels de l’actionnaire et du consommateur deviennent de plus en plus déterminants sur la nature de développement économique, sur son caractère durable et solidaire. A partir d’une somme de comportements individuels, ceux des actionnaires soucieux de leur patrimoine, ceux des consommateurs, soucieux de leur porte-monnaie, le marché se régule en dehors des formes d’actions collectives élaborées jusqu’alors. L’investissement et la consommation, en fonction de leur niveau éthique, influencent la réalité du marché et par-là le niveau solidaire de nos sociétés.

L’individualisation des comportements ne doit plus être méprisée, dénoncée comme l’élément significatif de la désintégration du tissu social mais revendiquée, assumée comme l’héritage naturel du libéralisme politique, le vecteur de l’autonomisation souhaitée des individus et pensée comme le terreau des nouvelles solidarités que l’action politique doit encourager et soutenir. A ce titre l’observation des évolutions induites par les nouvelles technologies devraient inspirer notre réflexion politique. En effet, l’interprétation archaïque qui voudrait qu’Internet ne conduise qu’au repli des personnes sur elles-mêmes, à la disparition des sociétés vivantes au profit d’un monde virtuel, dématérialisé, achèvement de la culture des égoïsmes triomphants ne résiste pas à l’observation objective de la toile. Aucun lieu, aucun média n’aura permis un tel développement de communautés nouvelles, des communautés d’intérêts déterritorialisées[1] particulièrement solidaires et inventives. Ici, l’identification des individus à une communauté n’est presque jamais univoque. Celle-ci ne s’impose pas, il la choisie, la quitte, la retrouve et module son niveau d’engagement en fonction de ses propres contraintes, de l’évolution de ces centres d’intérêt et de son niveau de satisfaction. Plus aucune ambition politique ne pourra se construire en ignorant cette réalité nouvelle. L’engagement individuel dans le projet collectif, dans le projet politique sera de cette nature ou ne sera pas ! Les nouvelles formes de régulations sont à imaginer à partir des comportements individuels, sur la base d’engagements volontaires, librement consentis, en permanence révocables, dans un espace de plus en plus déterritorialisé [2].

La révolution est profonde. Il ne s’agit plus d’imaginer des mécanismes de régulation et de redistribution qui agissent a posteriori quels ques soient les comportements individuels mais de favoriser des choix individuels au service d’une réalité collective intéressante. Si la loi, notamment fiscale, peut-être mise au service de cet objectif, elle ne peut plus suffire. L’ensemble des politiques publiques, nationales et européennes, doit être repensé de manière à transformer les déterminants de ces choix. L’investissement public : il doit devenir éthique ; l’information : elle doit permettre la plus grande transparence possible ;  l’éducation : les plus jeunes doivent connaître les conséquences de leurs comportements futurs ; la recherche : elle doit servir le développement des technologies les plus adaptées…

Qui d’autres que les sociaux démocrates européens pourraient s’entendre pour construire un environnement social et politique qui permette, aux individus, sans contrainte, de faire les choix éclairés favorables à la société que nous voulons construire ?

Investissement public

Dans la société d’après guerre et le contexte de libération progressive des marchés, la motivation de l’investissement public s’est progressivement refermée sur le besoin de contrôle lié à la nature stratégique des activités. Parce qu’une activité est jugée stratégique, avec des acceptions plus ou moins larges du concept, elle doit être sous contrôle de l’Etat. Cette évolution combinée à une succession de nationalisations/privatisations a conduit à une participation hétéroclite de l’Etat dans un certain nombre de sociétés à la cohérence incertaine. Quel est le sens de la participation de l’Etat au capital de Renault aujourd’hui ? L’industrie automobile est-elle toujours aussi stratégique ? L’Etat dispose-t-il d’une réelle capacité de contrôle du développement et de la gestion de l’entreprise ?

Les débats qui animent la gauche française sur ce sujet restent irrémédiablement figés dans ce modèle qui n’a pas intégré les évolutions du capitalisme. Les marchés d’aujourd’hui vivent sous la pression d’investisseurs privés lourds (fonds de pension, groupes financiers…) davantage motivés par les plus values rapides que par l’avenir des sociétés, l’emploi ou le progrès social. Leur action est un facteur de régulation négatif ou de dérégulation de plus en plus prégnant qui désactive les efforts de régulation classiques (aides versus redistribution) et impose une course à la rentabilité immédiate peu conforme avec les objectifs de la sociale démocratie et du développement durable. Notre acceptation raisonnée du marché est conditionnée à notre capacité à le réguler de manière à conserver la maîtrise du progrès qu’il engendre. Ce qui semble de moins en moins le cas et interroge fortement notre modèle politique : la sociale démocratie. Devons-nous réinventer l’investissement public ? Non plus comme outil de contrôle, mais comme levier de régulation. Alors que l’efficacité des aides accordées aux entreprises est de plus en plus contestée, n’est-il pas temps de réfléchir comment retrouver une véritable capacité à agir. Quel serait le poids d’un fond d’investissement européen qui agirait sur les marchés en faveur des entreprises les plus en phase avec notre projet de société dans des stratégies de moyen et long terme ? Les outils d’évaluation existent déjà (cotation sociale, cotation éthique…). Ils pourraient être renégociés régulièrement avec les partenaires sociaux.

En mobilisant les capitaux déjà investis par l’Etat, la part des aides aux entreprises à l’efficacité douteuse, et, pourquoi pas, en faisant appel aux investisseurs privés, en France et dans les pays partenaires européens qui le souhaiteraient, les ressources existent. Il s’agirait également d’offrir une alternative aux petits actionnaires, de les mettre en situation de faire un choix constructif pour leur patrimoine et pour la société dans son ensemble en investissant sur des termes cohérents avec les logiques industrielles et dans des entreprises réellement porteuses de progrès social, respectueuses de leurs salariés et de l’environnement.

Cette dynamique se trouverait encore renforcée en intégrant des critères du même ordre dans les procédures publiques d’appel d’offre.

Information/consommation

A l’autre bout de la chaîne du capital se trouve le consommateur. Le marketing moderne, les efforts colossaux déployés par la publicité favorisent les actes de consommation pulsionnels. Dans le même temps, les individus/consommateurs répondent très massivement aux différents appels à de nouveaux modes de consommation. L’engouement pour le pacte écologique, le développement rapide des associations proposant un nouveau rapport producteurs/consommateurs démontrent l’émergence de nouvelles attentes de consommation. Les pouvoirs publics ne doivent pas rester les observateurs de cette évolution. Ils peuvent l’encourager, la soutenir en développant les systèmes d’information, la transparence des informations. La consommation citoyenne doit être portée par des politiques publiques qui la valorisent et qui développent les systèmes d’information qui permettent les bons choix.


[1] Au sens où les territoires ne s’organisent plus dans un espace géographique continu aux frontières connues mais autour de pôles d’accessibilité encore très injustement répartis dans le Monde.

[2] La notion même de proximité doit être repensée à mesure qu’elle se libère de ses contraintes géographiques.

Salvatore Pappalardo

06 avril 2007

La social-démocratie et les classes populaires

Le devoir de vérité

Le refus de la démagogie et du populisme

L’exigence de répondre au mal de vivre des citoyens de milieu populaire



L’art du compromis, de la réforme , le courage de gouverner et d’affronter le patronat dans l’intérêt des citoyens défavorisés

Défendre la devise de la République mais aussi les valeurs de solidarité, dignité, tolérance, d’égalité des chances et de laïcité



Quelques chiffres sur les classes populaires :

7 millions d’ouvriers et 8 millions d’employés = 15 millions de salariés , soit 60% des salariés en France

1 100 000 « érémistes »



3 millions de mal logés



150 000 jeunes sortant du système scolaire sans diplôme et qualification

100 000 SDF



80% des ouvriers et des employés n’ont pas le bac



7 millions de travailleurs pauvres



2 millions d’enfants pauvres



30% des enfants d'ouvriers parviennent à l’université

La social-démocratie

Le nouvel espoir des classes populaires



    
Avoir le courage politique, avoir la volonté politique de changer la vie de ces citoyens qui ne disposent pour vivre que leur force de travail.

Une grande partie des classes populaires, au 20ème siècle, avait mis de grands espoirs dans l’idéal communiste. Cet idéal, dont on connaît les raisons de l’échec, a échoué et a malheureusement conduit un certain nombre de ces citoyens vers l’abstention ou le vote vers les extrêmes surtout l’extrême droite. Les classes populaires ne sont plus écoutées .

Avant la seconde guerre mondiale, l’Eglise encadrait cette population. Après cette guerre, ce rôle a été dévolu au Parti Communiste, rappelons-nous les banlieues rouges. Présentement, l’église est en perte de vitesse et le Parti Communiste se réduit pour diverses raisons dans les quartiers. Les classes populaires sont abandonnées, sont éjectées de la société et grossissent de jour en jour le bataillon des exclus et de la pauvreté.

Un sondage en 1956 montrait que 50 à 60% des ouvriers suivaient le Parti Communiste, 15% les socialistes. Cela durera jusqu’aux années 1970-1980. Ensuite les ouvriers et employés plus instruits, mieux informés feront confiance au Parti Socialiste. Mais malheureusement surviendra la crise économique (la mine, la sidérurgie, le textile, la pêche, l’automobile, la métallurgie,…) qui générera une autre crise, celle-ci  sociale, elles deux toucheront fortement les classes populaires. On pourra constater l’augmentation de la pauvreté, de l’exclusion dans notre pays.

Aujourd’hui, les catégories populaires existent toujours et représentent 60% de la population active comme dans les années 1950.

Les citoyens des classes populaires ont le droit de vivre dans la dignité et le respect.

Depuis des années, les dirigeants de notre pays gèrent les classes populaires par la charité, l’assistanat en offrant le minimum vital pour vivre : un logement en cité HLM, un emploi souvent précaire à ce jour, un droit à la santé qui se réduit, une scolarité au rabais pour les enfants.

     La Social Démocratie doit reprendre à son compte ce rôle social en renforçant, en développant les structures associatives de quartiers (caritatives, culturelles, d’insertion, de formation, de soutien scolaire, d’intégration, ….) et avoir des réponses concrètes et réalistes face à cette terrible crise économique qui touche les plus faibles, les moins diplômés, les non qualifiés.


Ces citoyens ne sont pas condamnés à être chômeurs ou de simples exécutants pendant l’ensemble de leur vie professionnelle. Toutes les portes doivent être ouvertes à ceux qui veulent s’élever. Les entreprises auront obligation de consacrer dans leur plan de formation un pourcentage du budget prévu à la formation à l’attention des salariés de faible niveau afin qu’ils obtiennent un diplôme par la VAE et soient promus ensuite. Les postes à responsabilités ne peuvent être réservés systématiquement aux citoyens, chanceux de la vie, qui ont suivi des études grâce aux impôts directs et indirects des classes populaires.


Pour l’INSEE, les enfants d’ouvriers risquent fort aussi d’être des ouvriers et de surcroît précaires. Peut-on encore accepter qu’il n’y ait plus d’avenir pour ces jeunes ? Cette autre jeunesse qu’on a tendance à oublier : celle des missions locales, celle de l'apprentissage, celle des foyers des jeunes travailleurs, de celle des petits « boulots » (livreurs de pizzas, caissières, agents de sécurité, ….), de celle des lycées professionnels, celle des jeunes chômeurs, celle des jeunes SDF, celle qui galère et souffre dans les cités ou dans les villages. Toutes les chances de réussir leur vie doivent être données à ces jeunes qui n’ont pas eu l’aubaine de naître dans un environnement familial propice à l’épanouissement familial, scolaire et culturel.

     La social démocratie a le devoir de répondre aux problèmes, aux objectifs, aux attentes de cette population qui ne sont pas identiques à ceux des classes moyennes. Ceux pour qui les fins de mois sont difficiles et n’ont pas et n’auront pas un patrimoine financier, un patrimoine immobilier, un patrimoine foncier en héritage.

Les garanties sociales, la sécurité de l’emploi, un avenir pour les enfants s’effritent de jour en jour surtout pour les plus fragiles : les hommes , les femmes de toutes origines non qualifiés, de faible niveau d’études ou handicapés.

En effet, dès les premiers pas à l’école que l’enfant de milieu populaire doit avoir toutes les chances de réussir sa vie. La Social Démocratie a le devoir d’y répondre. Il y va de notre crédibilité en tant que socialistes.

L’échec scolaire ne pardonne pas dans une société où le niveau moyen s’est largement élevé, tout comme les exigences du marché du travail. Aujourd’hui ne pas savoir maîtriser les savoirs de base est devenu un terrible handicap dans notre société, où l’écrit joue un rôle croissant. C’est encore plus vrai en France, vu l’importance excessive accordée aux titres scolaires par rapport à l’expérience pratique ou à l’engagement personnel.

   

     La Social Démocratie doit s’attaquer aux causes et donc intervenir simultanément et globalement sur les raisons du mal de mal de vivre des citoyens de milieu populaire.

Les citoyens, les acteurs de terrain, les diverses institutions, les élus travailleront ensemble pour être les acteurs du changement. On ne peut pas accepter de constater que la spirale infernale de l’échec se transmette de génération en génération pour un certain nombre d’entre eux sur les sujets suivants :

- le chômage et le manque de qualification

- l’ennui , la solitude des jeunes

- l’échec scolaire

- le problème du logement et de la promiscuité des appartements

- les problèmes d’environnement (le bruit, la saleté, les immeubles mal entretenus,…)

- la délinquance, l’alcoolisme, la drogue, la violence

- la pauvreté

- les problèmes de santé

- les parents en difficulté avec leurs enfants ou les enfants avec leurs parents



Nous socialistes, nous ne pouvons pas accepter, tolérer des cités ghettos et de voir des jeunes ayant comme avenir cité béton - prison ou de galérer toute leur vie .

     La Social Démocratie doit prôner l’égalité politique en permettant aux citoyens de classes populaires d’accéder à un poste à responsabilités au sein du parti Socialiste ou un mandat électoral par la création dans chaque département d’un institut de formation.

Cet institut dispenserait des formations sur l’histoire politique et sociale, le droit constitutionnel, l’expression orale, l’expression écrite , l’économie, les finances, ….

Si on prône l’égalité des chances, on doit permettre à cette population le partage du savoir, le partage des richesses et des bénéfices des entreprises, le partage du pouvoir, le droit d’exister tout simplement en tant qu’humain dans un pays démocrate.

     La Social Démocratie doit faire rêver l’Europe aux classes populaires en leur permettant de s’approprier les raisons d’aimer l’Europe par la création de maisons d’Europe dans chaque quartier, de cours spécifiques « Europe » dès l’école primaire, la fête de la journée de l’Europe dans chaque quartier, favoriser les jumelages entre les quartiers de différents pays de l’Union Européenne subventionnés en partie par l’Union….

La Social Démocratie française doit être le leader en Europe du combat pour l’égalité des chances, l’emploi et la formation pour tous, de réponses concrètes aux délocalisations, le SMIC européen, la création de richesses avec la justice sociale, le respect des salariés , la promotion sociale, des services publics adaptés aux besoins des habitants, la lutte contre la pauvreté, le droit à la santé - au logement - à la protection sociale - le sport - les transports et la culture pour tous, la lutte contre toutes les pollutions. …. ; Ce sont ces thèmes qui donneront confiance et espoir aux citoyens de milieu populaire en l’Europe.

10 suggestions

pour répondre au mal de vivre des citoyens de milieu populaire



1 – Un ministère de la jeunesse

Ce ministère se consacrerait spécifiquement à la jeunesse et donc de répondre aux problèmes, aux attentes des jeunes avec une priorité à ceux des quartiers défavorisés.

2 – Recréer ou créer dans chaque quartier un dispensaire

Celui-ci en plus de soigner les citoyens aurait comme mission de développer une véritable politique de prévention (obésité, alcoolisme, tabagisme drogue, contraception, ….).

3 – Une université populaire dans chaque quartier

Une Université du savoir permettant aux citoyens de suivre des formations de remise à niveau, apprentissage du français, lutte contre l’illettrisme, cours d’anglais, expression orale, culture générale, conférences sur le droit du travail ou la défense des consommateurs, expression orale, …. Ces lieux pourraient être utilisés aussi pour permettre aux jeunes d’étudier dans un endroit calme soutenu par un personnel enseignant. Voir leurs parents vouloir étudier, se cultiver pourraient motiver les jeunes à en faire autant.

4 – La lutte contre la pauvreté

Généraliser les foyers d’accueil d’insertion et de réinsertion à l’attention des SDF jeunes ou adultes ou toutes les personnes se trouvant dans l’ennui ou dans l’embarras.

Ces foyers avec des moyens permettront à ces citoyens d’avoir une nouvelle chance dans leur vie.

On ne peut pas accepter comme réponse les restaurants du cœur, la CMU, le travail certes extraordinaire des associations caritatives, les hébergements en foyer avec des horaires d’ouverture particuliers. Nous devons avoir de l’ambition sur ce thème qui n’est certes pas valorisant comme les institutions, l’économie, les affaires étrangères ou les problèmes de société.

Cette situation vécue par ces citoyens est une atteinte à la dignité humaine, à leur dignité mais aussi à nos valeurs de socialistes.

5 - La Social Démocratie et le sport

La Social Démocratie se doit de prôner une autre idée du sport et promouvoir une ambitieuse politique sportive vis-à-vis des classes populaires, jeunes – adultes et seniors qui se contentent trop souvent d’être passifs ou spectateurs.

Le sport est un véritable vecteur d’éducation citoyenne (respect des règles et respect des autres), d’outil d’intégration et d’égalité, de promotion et de défense de valeurs éthiques, de solidarité, de tolérance, de fraternité, de volonté, de courage.

C’est aussi le moyen de lutter contre l’obésité, la drogue, l’alcoolisme, le tabagisme ..

La Social Démocratie se doit de refuser et de lutter contre la violence, la triche , le racisme et l’antisémitisme dans le sport.

Rappel des chiffres : 15 millions de licenciés sans compter les citoyens qui pratiquent le sport comme un loisir et 2 millions dirigeants bénévoles.

- Construire plus d’équipements sportifs dans les quartiers populaires

- Favoriser la création d’associations sportives dans tous les établissements scolaires et quartiers populaires avec la participation des différentes fédérations sportives.

- Recréer le brevet sportif populaire afin de donner goût et envie de pratiquer le sport aux jeunes

- Ouvrir les terrains de sport toute l’année avec des activités encadrées

- Obligation aux bailleurs sociaux de prévoir des équipements sportifs lors de la construction d’immeubles

- Moraliser le sport professionnel

- Formation des dirigeants bénévoles (secourisme, droit, gestion) par l’utilisation du DIF selon des conditions à définir.

- Soutenir fortement les Fédérations (FSGT, UFOLEP, Léo Lagrange, UST, ..) qui prônent  "une autre idée du sport" et ayant pour vocation de faire du sport un outil d'éducation pour tous.

- Permettre à tous les jeunes de pratiquer le ski et le tennis.

- Augmenter le nombre de professeurs d’éducation physique et sportive, d’animateurs et d’éducateurs sportifs.

6 – Accompagnement social de toutes les familles en difficulté et fragiles .

Faire qu’aucune famille de milieu populaire en difficultés soit abandonné. Un tuteur serait nommé pour les suivre et les aider dans leurs diverses démarches et les aider à retrouver une vie stable, équilibrée (trouver un emploi, suivi et orientation scolaire des enfants, problèmes financiers – santé – logement, .. ).

7 – La laïcité

Défendre la laïcité dans les quartiers populaires face aux divers groupes religieux intégristes qui profitent du mal-être d’hommes, femmes, jeunes pour les recruter .

Rappel des principes de la laïcité dans les établissements scolaires, les administrations, les quartiers, les entreprises et sanctionner ceux qui ne respectent pas.

8 – Un audit de chaque quartier populaire ou cité HLM

Réalisation d’un audit dans chaque quartier ou cité HLM afin d’analyser les réussites et les causes des échecs avec la participation des acteurs de terrain (travailleurs sociaux, dirigeants et employés des bailleurs sociaux, …), des institutions (police, justice, Education nationale, secteur santé, …), le secteur associatif (associations de commerçants, sportives, culturelles, amicales de locataires, …), les élus, les habitants et les chefs d’entreprises présents dans le quartier sous l’autorité du sous préfet à la politique de la ville.

A partir de ce bilan, des moyens adaptés humains, financiers et matériels avec évaluation des actions seront déployés pour répondre efficacement aux besoins et aux problèmes détectés ou mal réglés.

9 – Le logement

Face au manque ou au coût important des terrains dans les grandes villes, la création de nouvelles villes humaines est la réponse adaptée aux divers problèmes de logements rencontrés dans les villes importantes.

Une obligation doit être ordonnée aux organismes d’HLM de prévoir lors de la construction de groupes d’immeubles des équipements sportifs et culturels afin que les habitants aient une vie culturelle et sociale.

Les bailleurs sociaux auront l’obligation de maîtriser le peuplement des quartiers pour ne pas créer des cités ethniques ou des ghettos composés de citoyens défavorisés.

10 - L’emploi

Diverses pistes souvent évoquées mais qu’il faut continuer à creuser :

- Une mission locale dans chaque quartier, avec      des moyens financiers, humains et      des possibilités de répondre aux besoins de ces jeunes en difficultés.

- Reprise des entreprises par les employés,      ouvriers et l’encadrement par la création de SCOP

- Relance du bâtiment et des travaux publics avec la mise en place d’un plan de      formation adapté aux demandeurs d’emploi et du respect du code du travail.

- Développer l’agriculture biologique

- Ne pas remplacer systématiquement les employés      par la robotique et l’informatique ; Un choix de société

- Revaloriser le travail manuel dès le collège par      le retour dans l’emploi du temps la matière intitulée du travail manuel

- Développer les écoles de la 2ème      chance afin de redonner une chance aux jeunes qui ont quitté le système      scolaire pour diverses raisons

- Développer durablement les emplois d’animateurs      sportifs et culturels, d’éducateurs, d’accompagnateurs de personnes âgées,      de médiateurs et autres travailleurs sociaux

- Favoriser le commerce équitable

Deux questions à laquelle la Social Démocratie doit répondre sur l’emploi :

1 - Quel avenir professionnel durable pour ces citoyens de toutes origines jeunes ou adultes, femmes ou hommes, de faible niveau scolaire avec sans ou peu de qualification suite aux fermetures d’entreprises, aux délocalisations, à l’informatisation/robotisation/automatisation des emplois qu’ils auraient pu occuper ?

Sont-ils condamnés à être toute leur vie érémistes, employés précaires, chômeurs ou finir leur vie comme SDF ?

2 – Comment résoudre l’inadéquation entre les consommateurs qui veulent toujours acheter moins cher leurs achats et les salariés qui veulent, et cela est normal, gagner plus ? Pour répondre à la demande des consommateurs, les entreprises devront réduire sans cesse leurs coûts pour se concurrencer d’où la robotisation, le travail au noir, les délocalisations, le travail temporaire pour certains employés, le SMIC à vie pour les salariés exécutants. Dans ce système, les perdants sont toujours les citoyens de milieu populaire qui sont les moins qualifiés, les moins diplômés et qui ont des difficultés financières ne leur permettant pas de profiter eux aussi de divers produits surtout de qualité. On constate là une réelle injustice.

La mixité sociale réussira si la Social Démocratie répond aux points suivants : la promotion sociale, la formation tout au long de la vie, l’égalité des chances, la réussite scolaire assurée à tous les enfants, un emploi durable, un salaire décent, un logement, une véritable politique de la jeunesse à l’image de celle réalisée par le secrétaire d’état du front populaire Léo Lagrange, l’élévation intellectuelle et culturelle pour tous, la lutte contre la fracture numérique, le droit à la santé en privilégiant une politique de prévention face à la toxicomanie, au stress et aux accidents du travail, la connaissance du droit du travail et droit du consommateur, la sécurité assurée dans les quartiers populaires. Ce sont ces conditions aussi qui feront réussir le socialisme d’émancipation vis-à-vis des classes populaires.

    L’avenir de la Social Démocratie dépend aussi de sa capacité d’analyse de l’histoire du monde ouvrier au 19ème et 20ème siècle (le combat des mineurs, les canuts, le Font Populaire, le travail des enfants, l’exploitation des salarié(e)s, la Commune, le 1er mai 1891 à Fourmies,….). Préparer l’avenir en n’ignorant pas le passé.

Aucune naissance ne doit débuter par cette phrase de Jean de LA FONTAINE :

« Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir »


5 citations

qui reflètent la philosophie de la Social- Démocratie :



·
« Aux jeunes, il ne faut pas tracer un seul chemin, mais ouvrir toutes les routes »

Léo LAGRANGE

· « Quand vous semez dans le vaste champ de la République, vous ne devez pas compter le prix de la semence ; après le pain, l’éducation est le premier besoin du peuple »

DANTON

· CONDORCET affirmait « que l’instruction ne devait pas abandonner les individus au moment où ils sortent des écoles : qu’elle devait embrasser tous les âges, qu’il n’y en avait aucun où il ne fut utile d’apprendre , car l’instruction doit assurer aux hommes, dans tout les âges de la vie, la facilité de conserver les connaissances ou en acquérir des nouvelles »

· « Le courage c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel »

Jean JAURES

· « Le socialisme est une morale, presque une religion »

Léon BLUM

Contribution de Claude BOUCHAFA

Militant section François Mitterand à Paris 15ème

03 avril 2007

Jeune et social-démocrate ?

 

    « Celui qui n’a pas été anarchiste à 20 ans est un imbécile… ». Social-démocrate à 25 ans ? Clemenceau nous trouverait bien sérieux pour notre âge… Pourtant, nous sommes jeunes et sociaux-démocrates, socialistes et sociaux-démocrates et si nous avons décidé d’expliquer ici pourquoi, c’est précisément parce que nous avons le sentiment de n’être pas seuls à vouloir emprunter la voie de la réforme plutôt qu’attendre le grand soir.

Nous avons la conviction que la social-démocratie est une réponse moderne à la question qui fonde l’idéal socialiste : la lutte contre les inégalités. C’est une voie efficace et réaliste pour la France dans la mondialisation, justement parce que nous n’envisageons pas le socialisme comme une doctrine figée mais au contraire comme une recherche permanente de nouveaux leviers pour se rapprocher de son idéal de justice sociale.

C’est une voie efficace parce qu’elle est cohérente. Elle rend compte sans détours de la complexité de la réalité. C’est une pensée de l’action dont l’exigence de vérité interdit les trop grandes simplifications. Cela est aussi sa faiblesse : portant sa complexité comme un trop lourd fardeau, cette doctrine de l’action ne deviendrait jamais doctrine d’élection.
    Mais c’est également sa force. Parce qu’elle est seule capable de montrer à quel point les sujets qui préoccupent les Français sont unis les uns aux autres : l’économique et le social ne sont plus séparés mais indissolublement liés ; la réduction de la dette suppose la réforme de l’Etat et celle de la fiscalité ; la protection de l’environnement est à relier à la naissance d’une croissance durable nourrie notamment par la montée en puissance des industries de la santé ; la question de l’insécurité appelle une réponse urgente aux problèmes de services publics, etc.
    Cela fait de la social-démocratie la seule doctrine à pouvoir être opposée à la pensée libérale qui, si nous contestons fortement sa finalité, constitue néanmoins un ensemble cohérent. Mais l’acceptation de l’économie de marché, de l’idée qu’il n’y a pas de redistribution sans création préalable de richesses, ne doit pas conduire à la sacralisation d’un marché devenu une fin en soi. Mettre ainsi implicitement entre parenthèses le facteur humain, porte en soi un condensé de tensions sociales telles qu’elles mettent en péril l’existence même de ce marché. C’est pourquoi nous pensons que la social-démocratie doit affirmer toute son ambition face au marché en ne se contentant pas, pour reprendre une pensée de Daniel Cohen, d’équiper les personnes pour leur permettre d’affronter le marché mais de doter en amont le marché du moyen d’intégrer les personnes.

Ce chemin est possible car il est réaliste. La social-démocratie telle que nous la concevons n’est ni une incantation, ni un modèle prêt-à-importer des pays scandinaves. Elle est, depuis longtemps, une réalité. Ici, en France. Lorsque le député-maire UDF Jean-Christophe Lagarde met en place la gratuité de la cantine scolaire pour les enfants de sa commune, il fait acte de social-démocratie. En effet, inventivité dans la méthode de financement – mise en commun des moyens de deux communes – et investissement dans des dépenses d’avenir – on ne reviendra pas ici sur le lien entre l’éducation sanitaire et la santé publique – sont deux composantes essentielles de notre courant de pensée. A une autre échelle et pour les mêmes raisons, lorsque Dominique Strauss-Kahn invente les emplois-jeunes, voilà une autre manifestation de la social-démocratie ! Malheureusement, notre pays est encore à nos yeux une social-démocratie qui s’ignore et dans laquelle les sociaux-démocrates ne semblent parfois parler qu’aux sociaux-démocrates. Notre courant de pensée fait face à un impérieux devoir de pédagogie. A nous d’inventer les nouvelles « conversations au coin du feu », ce rendez-vous que Pierre Mendès-France avait instauré avec les Français ! 

Jeunes, sociaux-démocrates, nous sommes fiers d’appartenir au Parti Socialiste. Nous partageons ses valeurs et ses idéaux. Mais nous rêvons mieux pour notre Parti. Nous le voulons plus ouvert, moins concentré sur les batailles d’appareils et davantage tourné vers l’action et la production d’idées. Faire du PS le parti de la social-démocratie en France : voilà le sens de notre engagement. Car rien n’est pire qu’un réformisme vide de réformes. Bien évidemment, cet engagement ne trouve pleinement son sens que si l’on s’appuie sur l’Union européenne. A l’heure de son cinquantième anniversaire, nous sommes à la fois optimistes et exigeants pour l’avenir. L’Europe nous a apporté la paix, elle doit devenir un instrument politique de développement et de progrès social. 

    Cohérence, exigence de vérité, réalisme, ces notions apparaissent bien loin de l’idéal révolutionnaire que l’on colle parfois à la jeunesse. Mais la vraie révolution, à notre age, n’est-ce pas d’avoir foi en l’action politique ?


 

Stanislas GUERINI
Cedric O
Ismaël EMELIEN

 

 

02 avril 2007

Le renouveau de l'Etat-providence comme outil de transformation sociale

La social-démocratie que nous appelons de nos vœux doit répondre à deux impératifs pour dénouer la crise sociale, voire démocratique qui mine notre pays.

La crise sociale à pour cause essentiellement les nouveaux déséquilibres induits par le rapport capital / travail et  la nouvelle division internationale du travail.

Ces deux phénomènes entremêlés ont entraînés la fin du compromis social de l’Etat-providence qui impliquait des inégalités sociales réduites via un haut niveau de redistribution et le plein emploi.

Les détracteurs libéraux du modèle du « welfare state » ont cru voir dans son démantèlement la réponse maximaliste aux besoins des agents économiques qui façonnent la mondialisation financière. Pourtant, à plus d’un égard, le modèle social-démocrate d’Etat-providence renouvelé est le plus à même de répondre aux défis soulevés par l’évolution du capitalisme.

Mais pour faire valoir cette orientation, il ne faut pas penser ce modèle comme un remède ponctuel destiné à amenuiser la misère sociale, mais bien comme un outil puissant de transformation sociale.

Si l’on prend l’exemple de la Suède (modèle écorné, mais modèle tout de même !), on voit aujourd’hui une société qui a pu maintenir un haut niveau de redistribution tout en renforçant l’autonomie individuelle et tout en façonnant le monde du travail d’une manière qui facilité l’adaptation à la mondialisation.

Cependant, pour que ce modèle apparaisse comme la solution aux maux dont souffre notre pays, plusieurs conditions doivent être remplies :

-          les impôts doivent pouvoir être augmentés de manière ciblés pour suivre l’évolution des salaires et la demande de services

-          les différences salariales entre les classes populaires et les classes moyennes doivent rester limitées

-          la politique sociale doit continuer à être financée et gérée collectivement

-          le cercle vicieux de la perte de confiance et de la faible croissance doit être rompu

Ces exigences simples peuvent paraître élevées, mais elles constituent les fondations mêmes d’un Etat-providence de type social-démocrate. Il faut, certes, se donner les moyens de renouveler notre corpus et nos méthodes à l’heure de la financiarisation du monde, mais il nécessaire de ne jamais se départir des objectifs que notre engagement nous assigne car, en dernière instance, il s’agit pour le mouvement ouvrier et l’ensemble du salariat de notre pays de s’approprier à nouveau cette vision de la politique sociale, et de constituer une force non seulement gestionnaire, mais aussi transformatrice de la société.

Rodolphe KAUFFMANN

26 mars 2007

Pour un nouvel internationalisme

Indéniablement, la France a perdu et perd chaque jour davantage des parts de son influence dans le monde, principalement dans ses zones géopolitiques prioritaires que sont l’Afrique francophone et l’Europe. L’effarante inconsistance de notre diplomatie actuelle, le peu d’intérêt de l’opinion publique pour la politique étrangère, le décalage entre nos discours (sur le tiers monde, sur l’environnement) et nos engagements (réduction de nos budgets), des propos irresponsables à l’égard des peuples de l’Est, qui tenaient du racisme (le plombier polonais) ou d’un sentiment de supériorité détestable (« ils ont raté une bonne occasion de se taire »), rien de tout cela n’est fait pour redorer le blason de notre pays, ni donner l’envie de lui manifester autre chose qu’un intérêt poli.

Malgré une coopération importante, la France a perdu de son influence sur le continent africain où elle doit faire face à de nouveaux concurrents (Chine principalement) dont les méthodes et les orientations sont à l’opposé des nôtres.

Notre difficulté à établir des rapports nouveaux avec nos anciennes colonies et à tourner la page de l’Histoire (en Algérie notamment) perpétue des doutes et une méfiance récurrente qui empêche de construire de véritables partenariats, dégagés d’arrière-pensées, auxquels nous invitent pourtant le partage de valeurs complémentaires, le renouvellement des générations, la nécessité de faire de la Méditerranée un lac de paix.

L’Afrique, qui est notre tiers monde, n’est plus une chasse gardée française (ce qui constitue un progrès), mais ce changement relève moins d’une démarche volontariste (affichée pour la première fois par François Mitterrand au Sommet de La Baule) que de notre incapacité à faire sortir ces pays du sous-développement et à les accompagner vers des transitions démocratiques.

Au demeurant, il faut souligner le fait que nous n’avons jamais été en mesure de respecter l’engagement (maintes fois réaffirmé depuis 1981, y compris dans nos propres déclarations) de porter notre APD à 0,7% du PIB. Il faudra trancher cette question : ou bien cet objectif n’est pas accessible et il faudra le reconnaître et dire ce que nous nous proposons de faire, ou il est accessible et il faudra se donner les moyens de le tenir. Peut-être aussi faudrait-il au préalable s’interroger sur la pertinence de cet objectif : la meilleure façon d’aider les pays du Sud n’est pas forcément d’y déverser le maximum d’argent, surtout quand on peut redouter qu’il ne serve à renforcer les oligarchies en place, peu soucieuses de démocratie…

Du côté de la nouvelle Europe, si l’on regarde l’histoire des relations que la France a entretenues avec ces pays, on relève de très grandes différences : anciennes et denses (Pologne, Roumanie), distantes (Hongrie), faibles (pays baltes, Malte, Chypre). La langue française bénéficie d’une image positive historiquement associée à une présence culturelle importante assurée jusqu’à la deuxième guerre mondiale par les Alliances et les Instituts culturels, qui sont devenus à l’époque communiste des espaces de liberté qui attiraient naturellement l'intelligentsia locale. De l’entre-deux guerres à l’après-guerre, on ne cesse d’évoquer les grands artistes et écrivains qui ont pu faire croire que la France conservait en Europe la place prestigieuse qui fut la sienne aux XVIIIème et XIXème siècles.

La chute du mur de Berlin a posé de nouvelles exigences :

- accompagner ces nouveaux partenaires européens dans leur progression vers la démocratie, l’État de droit et l’économie de marché,

- engager le combat pour la diversité culturelle (le français apparaît comme un contre-poids utile à d’autres hégémonies culturelles et politiques).

Notre soutien constant au double élargissement de l'OTAN et de l'Union européenne a été bien apprécié par ces pays qui ont vu dans la France un partenaire de choix et de poids pour promouvoir leurs candidatures et diversifier leurs relations politiques, surtout ceux qui en Europe centrale redoutent toujours un face-à-face déséquilibré avec l'Allemagne, beaucoup plus présente sur ce marché que la France. Mais, ce serait une erreur de considérer que ce capital de sympathie est inépuisable : la cote d'amour de la France s'est effritée, même dans un îlot de latinité comme la Roumanie. Les candidats à l'émigration se sentent mal aimés et préfèrent désormais l'Espagne et l'Italie. Une fois encore, notre politique étrangère interpelle notre politique intérieure, tant pour l’accueil des travailleurs que pour l’attractivité de nos universités.

La rupture avec le modèle soviétique a entraîné un développement considérable de la langue anglaise et du modèle économique et culturel américain — l’adhésion d’une dizaine de PECO à la Francophonie traduisant tout au plus une volonté de maintenir un certain équilibre et, pour certains, de renouer avec une tradition. Il ne faudrait cependant pas trop attendre de dividendes de cette situation : l’Allemagne, qui a pourtant plaidé sans relâche pour l’adhésion des PECO à l’UE, a enregistré de vives tensions avec la Pologne et les pays baltes sur la question de l’énergie. De même, le Royaume-Uni n’a pas été davantage en mesure de fidéliser des pays réputés atlantistes et néo-libéraux. Les conflits d’intérêts nationaux et le difficile apprentissage du système communautaire par les nouveaux membres ne prédisposent pas à des alliances privilégiées avec les grands pays fondateurs. Ajoutons enfin que le non français au Traité constitutionnel européen a souvent dérouté nos interlocuteurs…

Aux difficultés objectives pour trouver un repositionnement équilibré dans un continent en pleine évolution, aux contours incertains et aux objectifs inégalement partagés, s’ajoute en France une névrose d’angoisse quant à la façon dont elle envisage l’avenir et les grands défis qui lui sont posés. Le nationalisme, qu’il s’exprime par la voix d’un de Villiers ou d’un Chevènement, voudrait nous faire croire que tous nos maux viennent des autres (l’euro, la mondialisation, etc.) et qu’il nous suffirait de camper sur notre puissance pour nous imposer au reste du monde.

Cette vision simpliste des choisies n’est évidemment pas la nôtre : la France a des acquis historiques, économiques, culturels à faire valoir non en continuant à essayer de briller seule, petite lueur insignifiante, mais en partageant ses atouts avec le reste de l’Europe... Le retour de la France sur la scène internationale passe par une plus grande implication dans la construction de l’Europe politique et la définition d’une politique étrangère, ouverte sur le monde, garante de paix, instrument de régulation, et facteur de solidarité avec les peuples en développement. Cette politique signifie aussi l’amorce franche d’une coopération euro-méditerranéenne. C’est un impératif pour la paix, une exigence sociale et morale.

Les nouvelles formes du capitalisme financier, la mondialisation des échanges, les inégalités criantes de développement entre pays du Nord et pays du Sud rendent nécessaire un ancrage international plus fort. Nous avons donc le devoir de rappeler que l’internationalisme est un fondement de notre éthique socialiste et de montrer qu’il correspond à une vision juste et équitable d’un monde solidaire, loin de l’idéologie libérale du « chacun pour soi et le marché pour tous » !

L’Europe, telle qu’elle se construit, en dépit de toutes les critiques qu’on peut formuler, apporte des exemples de compromis social-démocrate dont nous pouvons nous inspirer pour rénover notre modèle national. Le Parlement européen en fournit également des exemples intéressants en dépassant les clivages nationaux ou partisans. Il nous faudra aussi investir davantage le PSE pour participer pleinement à l’aventure social-démocrate européenne, au lieu de nous accrocher à notre prétendue pureté idéologique et d’en être les spectateurs sceptiques et condescendants.


En résumé, une politique extérieure sociale-démocrate devrait prendre en compte les objectifs suivants :


- Faire comprendre à nos concitoyens les enjeux internationaux et les doter plus particulièrement d’une identité culturelle européenne. Cela passe par des efforts importants de formation par l’école, par les élus, par le monde associatif et syndical, etc. Des jumelages entre sections, et fédérations de différents partis sociaux-démocrates pourraient utilement combler ces lacunes au niveau des militants et favoriser le développement d’un militantisme européen au niveau du PSE.

- Développer des partenariats avec les pays du Sud dans une optique de co-développement englobant les problèmes communs : maintien de la paix, droits de l’homme, constitution d’une société civile, échanges commerciaux plus équilibrés…

- Réévaluer nos politiques de coopération avec les différents pays et les diversifier selon des objectifs géostratégiques partagés, en s’appuyant plus nettement sur les coopérations multilatérales de manière à avoir une meilleure concentration des moyens sur les projets et un plus grand impact.

- Jouer un rôle moteur dans la relance de la construction européenne et impulser une politique de coopération euroméditerranéenne.

- Refuser la frilosité des replis identitaires. Etre internationaliste, c’est porter une vision généreuse, ouverte, humaniste de la France ; c’est assumer notre responsabilité vis-à-vis de femmes et d’hommes qui n’habitent pas sur notre sol. Cela suppose qu’on donne l’image de la tolérance, du progrès, de l’inventivité et qu’on ait une politique de l’accueil et de l’échange conformes à nos valeurs fondamentales.

Contribution de Claude Olivieri - Fédération du Var.

Les enjeux d'une politique culturelle socialiste

     La culture se présente comme une voie essentielle vers la construction d’un idéal commun et vers l’émancipation individuelle. Héritage des Lumières et de la Révolution Française, cette conception place notre sujet au service de valeurs humanistes, et de fait au cœur de la pensée socialiste.

Cette tradition explique que la culture fait partie en France de la liste restreinte des missions pour lesquelles on reconnaît à l’Etat une véritable légitimité. C’est le sens donné à la Charte des missions de service public de la culture voulue par Catherine Trautmann qui visait alors la définition de ce que doivent comprendre les missions artistiques, culturelles, territoriales, sociales, professionnelles des équipements publics. Cet acte est un premier pas vers la nécessaire reconnaissance d’un véritable service public culturel dont la République a besoin pour réaliser son objectif d’égalité et de justice sociale.

Dans le cadre de l’élaboration du manifeste de Socialisme et Démocratie, nous devons entamer la réflexion sur la culture et les arts en posant, dans un premier temps, les enjeux.

Concevoir une politique de la demande pour éliminer les racines des inégalités

La crise des banlieues, la désertification rurale, la fracture sociale non résolue, l’accroissement de la pauvreté, sont autant de témoignages de l’accentuation des inégalités territoriales et sociales dans notre pays. Afin que ces symptômes ne se transforment pas en facteurs du déterminisme des catégories sociales en difficulté, la culture doit être réaffirmée d’intérêt général au même titre que l’éducation. En s’appuyant sur le développement de l’offre, notamment en matière d’aménagement culturel du territoire, l’intervention publique n’a réalisé qu’une partie du parcours menant à la démocratisation culturelle. On constate que l’offre est aujourd’hui réservée à un public restreint d’initiés. Il s’agit désormais de développer une action visant à amener tous les publics vers les espaces de rencontre avec l’œuvre. Cela suppose une politique globale tournée en direction de la demande.

Rapprocher les citoyens des œuvres passe en premier lieu par l’éducation. Sensibiliser aux arts est un aspect de la transmission de la connaissance. Il convient donc de placer au cœur de cet enjeux l’école dont la mission républicaine consiste à combattre les racines des inégalités. Mais d’autres formes complémentaires doivent s’adjoindre telles que la médiation assurée par la sphère socioculturelle ou encore l’éducation populaire. Il s’agit de savoir comment aujourd’hui créer les meilleures conditions pour permettre une rencontre féconde entre le public et l’œuvre. Il s’agit également d’imaginer les synergies avec notre système éducatif.

L’économie culturelle comme levier des politiques publiques ?

Pour toutes les raisons évoquées plus haut, la filière culturelle -production, création, formation, diffusion – demeure une exception face aux logiques marchandes. La culture n’est pas un service comme les autres et doit bénéficier d’un traitement spécifique : subventions, lois… Face à la concentration des industries culturelles, comment garantir la diversité de la création, la neutralité de la diffusion et l’égalité d’accès de la production ?


Le développement des pratiques de loisirs a entraîné l'organisation d'une économie culturelle duale où cohabite un secteur marchand fortement concentré et rentable d'une part et un secteur reposant sur l'exigence artistique et pâtissant d'une forte précarité d'autre part. Comment étendre la solidarité - aujourd'hui insuffisante - de l'insdustrie culturelle en direction de cet humus dont elle se nourrit ? Cet enjeu ne concerne pas seulement la question de la vitalité du cycle de l'offre culturelle. Il interroge avant tout sur la manière de financer la création et rappelle que celle-ci est affranchie de tout critère de rentabilité. L'Etat et les collectivités doivent-ils être seuls à porter cette mission ?

Quel accompagnement face aux évolutions de la sphère culturelle ?

La production contemporaine se joue des cloisonnements en traversant les disciplines artistiques telles qu’elles sont définies traditionnellement. Ce que l’on nomme les « nouveaux territoires de l’art » a transformé les relations avec le public. Les nouveaux lieux de diffusion échappent également à la grille de traitement public. La création pose le problème de son soutien public dont les formes actuelles inadaptées conduisent involontairement à l’émergence de formes artistiques non reconnues.

La technologie numérique bouleverse les pratiques de consommation et la diffusion. Nous aurons à faciliter l’accès à Internet au plus grand nombre. Sans quoi, nous faillirons dans notre devoir de démocratisation culturelle. L’émergence de cette même technologie appelle, par ailleurs à reconsidérer les modes de rémunération des artistes qui soit respectueux à la fois de la liberté individuelle et des droits patrimoniaux des créateurs. Mais de quelle manière ?

Encourager la diversité culturelle


La mondialisation et l’intégration européenne ont paradoxalement pour effet l’expression du besoin d’affirmation des identités territoriales. Une réponse a été apportée par l’adoption le 20 octobre 2005 par l’UNESCO de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles. Il s’agit de reconnaître sur le territoire national la diversité culturelle et de respecter les identités sans pour autant céder à la tentation communautariste. Quels moyens mettre en œuvre pour que cet accord ne reste pas sans effet ? La lutte contre la concentration de l’édition et de la diffusion, l’ encouragement à la prise de risque artistique en particulier de la part de la puissance publique, le renforcement de la solidarité des industries culturelles en faveur de la création sont autant de pistes à explorer...

Refonder l'action culturelle pour plus de proximité


L’intervention de l’Etat est remise en cause en raison de son inefficacité. Cela tient à la convergence de différents facteurs parmi lesquels : l’inadaptation des outils publics aux nouvelles formes artistiques, une décentralisation ne permettant pas de rétablir un lien de proximité et qui ajoute un peu plus à la confusion dans les compétences territoriales, une baisse significative des financements en volume et en nombre. Ce constat invite à réinventer des modalités de dialogue entre l’Etat et les autres partenaires publics. Devons-nous substituer à la politique de labellisation qui a permis de fixer des exigences artistiques et sociales une logique de cogestion intégrant mieux les spécificités du terrain ?

Un statut d'intermittent pour mieux servir l'intérêt général


Le caractère hybride de la sphère culturelle où se côtoient un secteur public chargé d’une mission d’intérêt général et un secteur privé fortement financiarisé explique en partie les difficultés de l’intermittence. Comment, en effet concilier dans un même statut des conditions d’exercice professionnel opposées ?

Nous devons réaffirmer le principe de solidarité interprofessionnelle dans un secteur dont nous aurons préalablement redessiné les contours. Le champ d’application de l’intermittence doit-il écarter les branches économiquement rentables telles que les productions à stricte vocation d’animation ou de divertissement issu du spectacle vivant et de l’audiovisuel ?

Dans cette perspective, pourrions-nous imaginer de réserver le statut aux seuls techniciens et artistes en émergence ou dont l’intérêt artistique est reconnu par les pairs ou par le public ?

De même, ce régime spécifique serait-il indiqué pour les projets démontrant un réel apport en terme de création, de diffusion ou d’éducation ?

L’utilisation du statut doit-elle être recentrée autour des missions essentielles et élémentaires de la culture dans la collectivité (diffusion, création mais aussi éducation) ?

Toutes ces questions ne doivent pas occulter la nécessité de préserver le droit à la pratique d’une activité artistique ou technique qu’elle soit amateur ou non. Ainsi, il conviendrait de créer un cadre adapté permettant à chacun d’expérimenter et de « s’essayer » aux métiers artistiques sans mettre en péril l’équilibre des comptes du régime mais offrant la possibilité d’une évolution vers la professionnalisation.





     La présentation de ces différents enjeux intérieurs – il faudrait les mettre en perspective avec la question du rayonnement international de la France - rappelle les multiples dimensions de la culture.



La République doit mettre l’art à la portée de tous tant au plan matériel que sur le plan intellectuel. Dans cet objectif, la sociale démocratie aura à réformer les outils existant et à en inventer de nouveaux. Et parce que la communauté ne peut plus assumer seule cette compétence, il nous revient également le soin de poser l’esquisse de nouveaux rapports avec le marché générateur de richesses mais aussi premier bénéficiaire des effets des politiques publiques.

Contribution de Michel Ray - Loire Atlantique

Première synthèse sur le thème "Europe"

Les premiers commentaires concernant cette thématique ont abordé les points essentiels suivants :

Le traitement du fait européen : pour plus de pédagogie

Des commentaires insistent sur la nécessité pour la classe politique française d’arrêter de faire de Bruxelles un bouc émissaire, la cause de tous les maux. Cette attitude autant partagée à droite qu’à gauche est en partie une explication du refus du traité constitutionnel de 2005. Il s’agit de faire de la pédagogie, pour montrer désormais les points positifs de la construction communautaire.

Propositions de poursuite du débat - les questions à soulever :

- L'Europe comme laboratoire d'expériences à partager ?

- Quels exemples intéressants à retenir dans les autres pays européens et dont une politique sociale-démocrate pourrait s’inspirer ?

- Quelles innovations possibles pour une politique sociale-démocrate à la française ?

La question de l’élargissement : vers une pause ?

Temps social souligne que le nouvel élargissement à 27 membres n’est pas bien compris par les Français, car il n’a pas été expliqué. De plus il existe des conceptions différentes entre Est et Ouest sur ce qu’est l’Europe. Il y a un véritable désenchantement européen de l’opinion française, accentué par la dilution de la place du couple franco allemand dans la nouvelle Europe. La France ne se reconnaît plus dans l’Europe nouvelle libérale et atlantiste. Pour les pays de l’Est qui viennent de nous rejoindre, c’est la dimension de liberté et de marché qui revêt une forte adhésion, du fait d’une volonté irréductible d’ancrage à l’ouest à la suite des années de joug soviétique. D’où les liens qu’ils entretiennent avec les USA et le libéralisme. Temps social précise que la dimension de réconciliation politique et de pacification de l’Europe – Europe = paix - a été trop vite effacée, mise au second plan par le développement de la dimension économique avec l’Euro.

Proposition de poursuite du débat - les questions à soulever :

- Quel projet de développement pour l’Europe à long terme ?

- Quel projet politique ?

- Quelles frontières ?

La relance de l’Europe suite au référendum : pas de traité au rabais mais un nouveau traité pour une Europe plus sociale, démocratique et coopérative

Le commentateur Salut dit que les Français ont dit non au traité en 2005 parce qu’ils ont eu enfin leur mot à dire sur l’orientation de l’Europe, dans une volonté de remise en cause d’une Europe jugée trop orientée vers le seul monde des affaires libéral. Il faut un traité équilibré, pas un mini traité, mais un traité qui prenne en compte véritablement la dimension sociale.

L’Europe a été sanctionnée du fait de sa dérive technocratique dit Electeur. En n’ayant pas soutenu avec force une plus grande intégration européenne, avec notamment l’évolution vers un système plus parlementaire, une commission issue de la majorité politique du parlement européen, issu lui même d’un vote de liste européenne, le PS a sa part de responsabilité. Il faut instituer plus de démocratie en Europe et favoriser la coopération (effacer les nationalismes encore présents). L’Europe est utile, car sans elle la concurrence serait encore plus rude dit Fizzy. C’est pour cela qu’il faut plus de coopération. Il y a nécessité d’une harmonisation fiscale pour éviter le dumping interne et pour pouvoir se concentrer ensuite sur les risques naissants du développement effréné de la Chine, de l’Inde… et des USA.

Karine Daniel et Cyril Hunault de Loire-Atlantique réclament une Europe forte, ayant la capacité de promouvoir un modèle social européen et ses valeurs. Celle actuelle étant en panne. Il faut une Europe politique, sociale et économique, sinon rien.

Europe politique :

Le choix du Président de la Commission doit être l’enjeu principal des élections européennes. Les commissaires pourraient être choisis parmi les députés européens. Il faut renforcer le rôle du parlement, étendre au maximum le vote à la majorité et aller vers l’élection d’un Président de l’Europe, présidant le conseil européen.

Europe sociale :

Il y a nécessité d’un traité social européen, pour lequel il nous faut convaincre nos partenaires. Traité qui sera la base pour la création d’une sécurité sociale professionnelle au niveau européen, pour un RMI européen. Faire une directive cadre pour les services publics en Europe, dont il faut reconnaître l’importance.

Europe économique :

Un gouvernement économique de l’Union est indispensable, de même que la révision des statuts de la BCE et l’assouplissement des règles du pacte de stabilité. Il faut également augmenter le budget européen et créer un impôt européen.

Proposition de poursuite du débat - les questions à soulever :

- Quelle place pour les socialistes européens en Europe – comment bâtir un véritable Parti Socialiste Européen, avec une vision et un modèle communs- ?

- Quelle relance pour l'Europe ? par la preuve, les projets et les petits pas ? par le grand soir institutionnel ? par une conciliation des deux approches - contenu (projets concrets) / contenant (institutions et politiques) ?

Synthétisé par Julien Bargeton et Anthony Normand

Première synthèse "Laïcité et modèle républicain"

La question du modèle républicain : laïc, égalitaire, fraternel, et garantissant la liberté


Les premiers commentaires concernant cette thématique ont abordé les points essentiels suivants :

-Egalité et vivre ensemble

Le débat a abordé le sujet du service civil obligatoire (comprenant éventuellement un hébergement collectif) qui apparaît comme un moyen possible de concrétiser une égalité républicaine entre tous les individus. Il serait l’occasion de la restauration d’un vivre ensemble et d’une mixité sociale. Yann propose que ce service ne soit pas destiné qu’aux jeunes mais à tous, chacun ayant des devoirs envers la collectivité, suggestion difficile à mettre en œuvre.

-Laïcité

Les commentateurs soulignent dans leur majorité que la laïcité doit être une priorité du XXIe siècle, alors que les fondamentalismes religieux gagnent en audience. Il s’agit à travers elle de favoriser la liberté - droit de chacun de croire en ce qu’il veut - et le traitement égalitaire de chacun, en réaffirmant que la religion appartient à la sphère privée. Emmanuel dit ainsi qu’il ne doit y avoir de reconnaissance de droits pour les individus qu’en tant qu’individu et non en tant que membre d’un groupe ou d’une communauté.

La laïcité va de pair avec la tolérance et le refus des préjugés, il est d'ailleurs précisé qu’il faut sur ce dossier prendre garde aux risques d’amalgames et respecter les religions et croyances.

Une discussion de la loi de 2004 sur la laïcité a pris place, posant la question de la difficile articulation entre législation restrictive préservant le collectif (interdiction du port de signes religieux ostensibles) et liberté de croyance de l’individu.

Synthétisé par Caroline Tahar et Anthony Normand.

Première synthèse "Fiscalité et redistribution"

Repenser la redistribution des richesses pour une société juste, durablement, respectueuse de l'environnement.

1. Le constat : les inégalités s’aggravent

La société est confrontée à un chômage massif (sous-évalué), à la précarité et à la baisse du pouvoir d’achat. Les travailleurs pauvres sont de plus en plus nombreux. Pour les bloggeurs, il y a une véritable « urgence sociale », ils parlent également du « descenseur social ».

2. La fiscalité : un des principaux outils de la redistribution

La fiscalité des entreprises est fréquemment abordée par les bloggeurs. Leurs principales propositions sont les suivantes : conditionner les subventions à la création d’emplois ou au réinvestissement des bénéfices dans l’entreprise ; moduler le taux d’impôt sur les sociétés en fonction de la participation au « bien-être collectif » (égalité des salaires hommes-femmes, emploi des seniors, des handicapés …), même si pour certains cette proposition est une « pure utopie » ; mettre en place la progressivité pour ce même impôt (à partir d’un « quotient entrepreneurial » calculé en rapportant le résultat net à la masse salariale, mais peut-être faut-il entendre résultat fiscal sur effectif).

Au niveau de la fiscalité des ménages, il est question de « l’impôt citoyen », bonne idée pour certains, difficile à mettre en œuvre pour d’autres, et de l’ISF qu’il faudrait aménager pour inciter les propriétaires à louer leurs bien immobiliers « au dessous des prix du marché ».

3. Un aspect peu traité de la redistribution : les dépenses publiques

Peu traité dans cette partie du blog, il est pourtant indispensable de s’y pencher quand on cherche à rendre la société plus juste. Gage de justice et de dynamisme, les dépenses publiques constituent pourtant un outil majeur de la redistribution des richesses.

Synthétisé par Caroline Tahar et Julien Bargeton

22 mars 2007

Pour une action politique à l'échelle européenne

Si nous nous tournons vers l'avenir que voyons-nous ? Une Europe 
" en panne " car sans dessein.

Faut-il rappeler, ici, que le " détricotage " de l'Europe qui est
à l'œuvre depuis le non français et néerlandais au TCE renvoie à
des stigmates oubliés, mais qui répondent comme en échos aux propos
crépusculaires de François MITTERRAND quand il rappelait que " le
nationalisme, c'est la guerre " ?

Or, cette situation mortifère n'interroge pas les défenseurs de
l'ordre libéral parce que cette concurrence politique des Etats
assortie d'une dérégulation fiscale et sociale de la sphère
économique à l'échelle de l'Europe correspond à l'Union telle
qu'ils la rêvent.Et ce rêve libéral est en passe de devenir
réalité.

Cette pente glissante nous oblige, nous socialistes européens.
Elle nous oblige à apporter des réponses concrètes, mais avant,
elle nous oblige à clarifier nos positions sur l'Europe que nous
voulons.

Prenons un exemple concret : aujourd'hui, le budget européen
représente toujours à peine plus 1% des PIB nationaux. A quel
étiage pourrions-nous considérer que l'Europe réserve et même
étende ses fonds structurels, expression de la solidarité entre
les régions riches et les régions pauvres au sein de l'Union, et
ce, indépendamment de leur localisation ?

A quel niveau de ce budget européen augmenté, pourrions-nous
développer de grandes politiques d'avenir (infrastructures de
transports, investissements massifs dans la recherche et
l'innovation) pour répondre aux problèmes liés à la globalisation
financière?

A quel point souhaitons-nous réorienter les politiques de
croissances et d'emploi en Europe en tenant compte de notre
volonté de solidarité avec les pays du " Sud " et donc, sous
quelle forme devrons-nous réformer notre politique agricole
commune ?

Nous considérons que l'Europe doit doubler son budget pour le
prochain exercice budgétaire. Cela nécessite une remise à plat
des quotients par pays, cela nécessite également de penser à
une fiscalité commune (un impôt sur les sociétés européen, par
exemple) servant au financement de ces politiques publiques
européennes.

Cette prise de position concrète aurait le mérite par un effet
domino évident de replacer la question de l'Europe politique
comme un corollaire indispensable à ce nouveau volontarisme
budgétaire.

Nous savons que les idéaux ne s'ébrouent que dans la détermination
du militantisme politique. C'est pour cela que nous appelons de
nos vœux une réforme profonde du PSE pour qu'il puisse devenir
à la fois un parti délibératif qui impose des orientations sur
les compétences européennes, mais également un parti de militants
pouvant mener des campagnes communes à l'échelle de notre continent.

Le PSE au service d'une militance européenne

La construction européenne est une aventure collective qui doit
aujourd'hui être réappropriée par la Politique. Jürgen HABERMAS a
dit qu'il existait " un espace public européen ". Il est indéniable
que ce cercle des valeurs existe (il n'est qu'à évoquer la
mobilisation unanime des Européens contre la guerre néo-impérialiste
de l'Administration BUSH en Irak), mais il doit être étayé par
l'Histoire, par les luttes syndicales et par le militantisme
politique.

Se connaître comme membres du Parti Socialiste Européen, est-ce
suffisant ? Chacun d'entre nous a l'occasion de citer dans ses
arguments l'exemple ou le contre-exemple de camarades européens.
Pourtant qui connaît les débats qui ont traversé leur société et
les réalités auxquelles ils ont été confrontés ?

Aujourd'hui nous partageons la majorité de ces débats puisqu'ils
sont communs à l'ensemble de l'Europe. Nous appelons donc de nos vœux
le renforcement du PSE en tant que véritable parti européen capable
de  mener des campagnes unitaires dans tous les pays.

Pour ce faire, nous posons comme préalable l'évolution des statuts
du PSE. P.N RASMUSSEN a été élu sur ce programme d'action.
Il nous semble, en effet, indispensable de pouvoir modeler
l'organisation interne du PSE dans la perspective des défis que nous
voulons relever en matière d'Europe politique et d'Europe sociale.

Il est ainsi indispensable que le PSE constitue des majorités autour
de motions d'orientations sur les compétences relevant des prérogatives
de l'Union Européenne.

Pour une Université d'été du PSE ouverte aux militants

Chaque année, la tenue d'une université d'été du PSE, ouverte à
toutes celles et ceux qui voudraient y participer, permettrait
aux militants de se retrouver dans un lieu commun, d'échanger
leurs opinions et donc de se sentir réellement membre d'un même
parti.

Il serait aussi nécessaire de pouvoir ouvrir aux militants des
partis socialistes européens des conventions annuelles ou biannuelles
sur des thèmes structurants concernant les politiques de l'Union
et qui devront faire l'objet, à la suite de ces débats, de campagnes
concrètes sur le terrain.

Cela créerait un vivier d'idées propre au PSE et donnerait
l'opportunité aux militants désireux de continuer leur réflexion
commune de la poursuivre par le biais du jumelage.

Pour un jumelage de sections obligatoire

Des règles simples doivent permettre de faire évoluer les statuts
de l'ensemble des partis socialistes européens. En France, le
prochain Congrès de PS permettra peut-être, nous l'espérons,
d'inscrire des jumelages obligatoires entre sections
des partis frères.

De même, nous souhaitons que les fédérations frontalières soient
automatiquement jumelées entre elles pour mener des campagnes
communes de part et d'autre de ces espaces mutuels.

A l'échelon des directions nationales, nous devrons nous départir
de l'idée qu'une campagne aux élections européennes se mène sous
les auspices de tel ou tel agenda de politique nationale. Nous
souhaitons enfin que les orientations générales et la désignation
des candidats de la prochaine campagne européenne de 2009  soient
établies par les instances du PSE dans le but de fédérer tous les
militants socialistes européens sur un programme : commun, concret
et dont les représentants socialistes seraient comptables devant
les citoyens européens qui les auront élus.

Enfin, le candidat socialiste à la présidence de la Commission
européenne (quand il sera issu du Parlement grâce à un traité
constitutionnel réformée) doit pouvoir être désigné directement
par un vote militant à l'issue d'une campagne interne. Connu de
tous, parce que chacun aura contribué à sa désignation, le
président de la Commission gagnera simultanément en légitimité
et en notoriété.

Pour des campagnes à l'échelle de l'Union

L'émergence d'une " communauté socialiste européenne " ne peut
avoir lieu sans combats communs fédérateurs. Ce que BERLUSCONI hier,
VILLEPIN-SARKOZY aujourd’hui, détruisent dans les pays qu'ils
gouvernent, c'est à l'ensemble des citoyens européens progressistes
de le reconstruire. Ce que LE PEN, HAIDER, BLOCHER, BOSSI et
l’extrême-droite des anciens pays de l’Est veulent promouvoir, c'est
à nous tous de le combattre.

Sur beaucoup de batailles politiques, nous savons que nous pouvons
avancer ensemble, au niveau européen. Mais encore faut-il lancer une
dynamique de rassemblement, des mots d'ordre et des matériels de
campagne communs pour donner à nos convergences idéologiques un
prolongement militant.

Que ce soit sur la question des rapports Nord/Sud, de la réforme
des institutions internationales, d'un traité social européen ou de
la conquête de nouveaux droits politiques en Europe, nous ne serons
jamais trop nombreux pour nous faire entendre…

Demain, ces campagnes initiées par le Parti Socialiste Européen et
relayées par ses partis membres offriraient un double avantage. Elles
nous permettraient de peser plus encore face aux forces néo libérales
et conservatrices. Elles offriraient aux adhérents de nos mouvements
la possibilité de militer ensemble, à l'échelle de l'Union.

Conclusion

Il nous apparaît impératif de constituer une organisation politique
au service des citoyens européens. Une organisation qui ne soit pas
un cénacle de dirigeants, mais qui soit, au contraire, irriguée par
l'apport de l'ensemble des militants de tous les partis socialistes
européens.

Car, pour lutter efficacement contre la prédation libérale et édifier
un autre modèle de mondialisation, nous devrons convaincre nos
concitoyens européens que le socialisme est l'alternative. Cela
nécessitera à la fois un aggiornamento sur nos orientations mais
aussi sur nos méthodes d'actions et sur le périmètre pertinent de
notre engagement militant.

Maxime des GAYETS

Rodolphe KAUFFMANN

Julien METIFEUX

Sibeth N’DIAYE

Sarah PROUST

Patrice ROQUE

Julie SOMMARUGA

21 mars 2007

2ème synthèse partielle et nouvelles pistes de discussion "Education et Formation"

     Le plaidoyer de C. Hirtz, traduit le profond malaise du monde enseignant. Alors qu’ils sont souvent stigmatisés comme privilégiés par une partie de l’opinion, la réalité perçue, par les enseignants, de l’évolution de leurs conditions de vie est très différente. Sommés publiquement, par leur autorité ministérielle de rendre des heures « injustement payées », ils se sentent montrés du doigt comme gaspilleurs de fonds publics, alors qu’ils se vivent comme les derniers remparts de la République, dans des missions parfois inconfortables au quotidien.


Sentiment paradoxal si on le croise avec des études d’opinion qui montrent pourtant des a priori très positifs à l’égard de la fonction enseignante. La solution du problème est peut-être ailleurs : la recherche d’un nouveau consensus social et donc politique autour des missions à attribuer à l’Ecole dans le monde contemporain.


     La question de l’égalité des chances en matière de destinées sociales a logiquement inspiré d’autres réactions. Celle de Gonzalo, par exemple, pour qui « c’est dans les ZEP que se joue la réussite et la crédibilité de l’Education Nationale » défendant l’idée que « l’éducation prioritaire se réfère au principe d’égalité, mis en œuvre selon un objectif d’équité ». La proposition d’une scolarisation obligatoire à 3 ans fut quant à elle moins consensuelle. Précisons qu’il ne s’agit pas de renier le rôle éducateur des parents mais au contraire, précisément à cause du caractère déterminant de l’environnement social, culturel et affectif du jeune enfant de garantir, via l’Ecole, un droit universel à un « environnement éducatif riche », collectivement partagé. Ajoutons que cette nécessité ne surgit pas brutalement à 3 ans. Une prise en charge progressive devrait être permise dans le cadre d’un véritable service public de la petite enfance.


     Plus globalement, d’autres contributions (Anne en particulier) nous invitent à repartir de l’individu et non de l’institution scolaire. Elle indique, à juste titre que ce qui se passe en dehors du « temps contraint » à l’Ecole est tout aussi déterminant pour la formation des individus. L’enjeu est lourd si l’on veut rétablir une égalité de destins. L’action éducative doit passer les portes de l’institution scolaire. L’Education populaire doit, de ce fait, retrouver toute sa place dans notre projet de société.


     Autre thème associé à l’individu, celui des compétences. Compétences transversales que les pratiques trop cloisonnées ne permettent peut-être pas assez de valoriser. Mais, et ce fut l’objet d’un échange plus vif sur le blog, il est tentant d’affirmer que finalement au total pour l’individu salarié comme pour l’entreprise seules importent les compétences d’où l’inutilité des formations qualifiantes et des modalités de  financement collectif. On est au cœur d’un débat que je suggère que nous approfondissions collectivement. Quelques suggestions :

- Le système actuel de formation continue est aujourd’hui loin d’être satisfaisant.

- Il a tout de même, pour une partie de ses dispositifs, l’intérêt de mobiliser les acteurs du paritarisme, pratiques à encourager compte tenu de notre approche sociale démocrate qui pense nécessaire la mobilisation des acteurs et la contractualisation pour changer la société.

- Il est légitime que le souci des entreprises soit la valorisation des compétences.

- Mais il serait réducteur d’opposer compétence (approche « patronale ») à qualification (approche « syndicale ouvrière »).

- Les entreprises ont, elles aussi, intérêt à des démarches de qualification qui enrichissent les capacités adaptatives de leurs salariés.

- La reconnaissance des compétences est également utile aux salariés qui ne peuvent dépendre exclusivement de leurs diplômes initiaux (intérêt de la démarche VAE).

- La sécurisation des parcours professionnelle implique bien la nécessité de valider collectivement (qualification) des compétences (individuelles) à enrichir sans cesse par un processus de formation en continue.

- Au total, il s’agit bien de reconstruire un appareil de formation centré sur les individus, au service des entreprises (multiples potentiellement dans le temps) qui les emploient et de la société dans laquelle ils vivent. En cela les mécanismes de financement doivent être revus.


     Anthony Normand, enfin, nous invite à ne pas réduire l’Ecole à sa fonction utilitariste étroite en rappelant qu’elle doit jouer un rôle essentiel dans la formation citoyenne par une promotion de l’Education civique. Il défend également tout l’intérêt des conseils municipaux jeunes. Sur ce point, il faudrait poursuivre le débat, tant les réalités et les intentions ne me semblent pas toujours converger, mais nous sortirions du champ de la thématique.


Synthétisé par Alain Bussière

05 mars 2007

Un enjeu clé pour aujourd'hui et demain : redistribuer les richesses


"Le fruit est aveugle. C'est l'arbre qui voit", écrivait René Char. Ces quelques mots du grand poète de la Résistance éclairent justement le coeur du débat sur la révolution technique avec l'informatisation généralisée et accélérée que vit la planète.

Depuis 35 ans et la crise du pétrole, l’analyse implicite développée notamment par l’idéologie néolibérale veut que le monde soit en crise et que les sociétés, notamment occidentales, s’installent également dans la crise voire promises à l’inéluctable déclin. La réponse est claire, très claire et infiniment troublante à la fois.


Les richesses s’accroissent à un niveau impressionnant et jamais atteint dans l’histoire. Les chiffres publiés par « l’Etat du Monde » sont édifiants et incontestables. Le Produit Intérieur Brut par habitant (PIB/h) a évolué ainsi depuis 25 ans en France :

1980........... 9 853 $

1990........ . 17 356 $

2003....... .. 26 678 $

2004........ . 27 913 $


Il en est de même pour tous les pays occidentaux comparables : Royaume-Uni, Italie, Espagne …


En 25 ans, la richesse produite a été multipliée par trois.

Certes le PIB est une notion relative et contestable par certains de ses éléments … Cependant, il demeure et de loin, le meilleur indicateur pour mesurer la richesse produite.


Sur la même période depuis 30 ans, la répartition capital/travail a été modifiée en profondeur. Elle était de 79 % en 1982 en faveur du travail. Elle ne l’est plus aujourd’hui que de 67 %. En 2007, 190 milliards d’euros vont aller au capital alors qu’ils iraient aux salaires si on retrouvait l’équilibre de 1982.


Voilà pourquoi, une crise politique et morale de longue durée ronge en profondeur les démocraties occidentales.

Les richesses augmentent dans le cadre de la révolution technique et de la mondialisation ; cependant, parallèlement, les inégalités ne cessent de se développer et de s’accroître.

Les « Restaurants du Cœur », symbole d’un système déficient et malade se sont installés dans la durée. Même les élans merveilleux du bénévolat et de la générosité humaine n’empêchent pas le tragique de s’installer au centre de notre pays. Une logique d’exclusion et d’assistanat achève de donner à notre hexagone, les contours malades d’une géographie sociale décadente. Les travailleurs pauvres sont une nouvelle « espèce d’humains » décrite par les sociologues comme en plein développement. La lecture à ce sujet de « La France invisible » sous la direction de Stéphane Beaud aux éditions La Découverte, est un voyage effrayant dans notre réalité contemporaine. La caissière d’hypermarché est devenue la figure emblématique d’un nouveau prolétariat féminisé, précarisé, harcelé et sous payé.

La population est confrontée à un triptyque angoissant : chômage, précarité, baisse du pouvoir d’achat face à de nouveaux besoins. Le développement du travail à temps partiel et la hausse vertigineuse des coûts de l’accès au logement submergent une population qui se révolte lors des échéances électorales, notamment.

Même les classes moyennes sont confrontées à une baisse de leur niveau de vie. Ainsi, le journal « Le Monde » a-t-il récemment publié à la une, une étude universitaire démontrant que le pouvoir d’achat des enseignants avait chuté de 20% en 25 ans. C’est en fait la même situation pour les infirmières, les assistantes sociales.

Tout cela explique qu’une crise sociale d’une immense ampleur se soit installée sur le long terme.

Face à cette réalité, - et la télévision en est le miroir saisissant -, des salaires et des revenus augmentent de façon vertigineuse ! Ils s’envolent et des privilèges scandaleux se développent ! Certains personnes – dont la nouvelle aristocratie – des sociétés, des banques, sous les yeux effarés d’une population hypnotisée par la crainte du « descendeur social », ne savent plus que faire de leur argent. Ils n’arrivent ni à tout dépenser, ni a tout investir. Certaines couches sociales privilégiées en ont aussi largement profité.

« Il nous reste toujours des terres arbitraires » écrivait le poète Aimé Césaire.

La population sent et comprend que le système « tourne à vide » et qu’il est devenu fou. Les règles traditionnelles de redistribution ne fonctionnent plus. C’est pour cela que les thèses alter-mondialistes de « redistribution des richesses » qui furent longtemps marginales sont aujourd’hui majoritaires dans les esprits. Les citoyens pensent leur vie, la vie et le monde autour d’eux. Ils interrogent et interpellent les politiques sans toujours arriver à nommer ce qui ne va pas. N’empêche, individuellement et collectivement, ils sont en avance sur les partis politiques. Leur conscience a anticipé une formidable et nécessaire mutation.

Parfois le pouvoir politique s’attaque avec succès à des problèmes-clés, comme le chômage ou la parité dans la vie politique. Ce fut le cas du gouvernement Jospin entre 1997 et 2002. Ces gouvernement sont cependant balayés lors des échéances électorales car ces questions ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Ils se heurtent alors à la révolte du corps social qui sent que le problème essentiel n’est pas vu, n’est pas lu et encore moins réglé.

Une « nouvelle lutte des classes » masquée par les médias et la publicité et l’absence d’un Karl Marx contemporain, est à l’œuvre de manière souterraine. Elle est d’autant plus impitoyable qu’elle n’est guère analysée ou tempérée par la religion comme au XIXème siècle, ou encore par la peur du communisme comme au XXème siècle.

Le pouvoir politique de droite a accentué et accéléré le processus de création des inégalités depuis 2002. la révolution technique exigeait audace, imagination et invention de nouvelles régulations. Sous l’impulsion de Chirac, de Sarkozy et de Raffarin, ces gouvernements par leurs politiques ont contribué à enrichir les riches, à déclasser les couches moyennes et à appauvrir les milieux populaires. Leur action a entraîné des baisses d’impôts pour les classes aisées, des régressions salariales et des chutes du pouvoir d’achat pour les autres. L’apparition de nouveaux besoins liés à l’émergence de biens numériques, le coût d’accès au logement ont encore accentué l’inégalité. Le CNE et le CPE venaient de la boite à outils libéral de Sarkozy. Ces dispositifs réactionnaires ont accentué le chômage et entraîné une insurrection sociale. Il ne faut surtout pas oublier que Nicolas Sarkozy est l’apprenti sorcier du néo-libéralisme. Les hommes politiques de droite ont aussi appauvri l’Etat et l’ont empêché de jouer son rôle capital de solidarité nationale. La droite et Sarkozy ont appauvri les salariés français en pénalisant la croissance et les systèmes de protection sociale. Le bilan est catastrophique et accablant.

La tragédie française, c’est le produit d’une révolution technique non régulée, c’est le produit d’une idéologie cynique sur le plan social, c’est le produit d’une incompétence stupéfiante, c’est le produit du mensonge comme forme de gouvernement masqué par des médias aveugles voire complices.

La population se dit, comme Jean de la Fontaine, au siècle de Louis XIV ; « Hélas, on voit que de tout temps, les petits ont pâti des sottises des grands ».

Car l’enjeu est évident désormais. Il faut redistribuer de façon plus juste les richesses produites.

Certes relancer la croissance économique et en redistribuer les fruits est important.

Certes comme le propose le penseur attitré de Bill Clinton, Larry Summers, il faut investir massivement dans la recherche et l’éducation et instaurer les taxations progressives des revenus. Il explique « Avant la plupart des bateaux, même petits, montaient avec la même marée. Aujourd’hui, il n’y a plus que les yachts. On s’est longtemps trompé ».

Même les néo-libéraux semblent s’être rendu compte que le système est bloqué. C’est pour cette raison qu’en l’absence d’analyse théorique, ils pratiquent une fuite en avant basée sur la baisse des charges pour les entreprises, les réductions massives d’impôts et la carotte des heures supplémentaires pour les salariés. Leur analyse est aveugle, fondée totalement sur l’individualisme et sape les fondements nécessaires de solidarité qui permet à une société d’exister, de respirer et d’espérer.

Nous sommes entrés dans une période inédite d’accroissement inédit de richesses. Il faut donc inventer de nouveaux outils. Ce pourrait être cela qui donne un contenu au socialisme de production, le nouveau concept concocté par Dominique Strauss-Kahn. Ce pourrait être une foisonnante et riche « nouvelle frontière ». Nos économistes trop souvent critiqués pourraient en définir les mécanismes. Il s’agit d’en inventer, comme ce fut le cas à une autre époque avec l’impôt sur le revenu ou encore la sécurité sociale. Le compromis actuel sur les revenus et les salaires est obsolète : il appartient à l’ancien monde ; il faut en trouver un nouveau. Des avancées salariales à planifier, une profonde transformation de la fiscalité, voilà des pistes judicieuses pour rééquilibrer le rapport capital/travail. Il s’agit de les penser à court, moyen et long terme.

Le système fiscal qui pénalise le travail, le salarié, la PME pourvoyeuse d’emplois et privilégie le capital, la finance, est archaïque. Il faut, là aussi, en inventer un nouveau, adapté aux enjeux de notre temps.

Difficile de ne pas songer à Claude Levi-Strauss quand il écrivait : « Chaque progrès donne naissance à un nouvel espoir suspendu à la solution d’une nouvelle difficulté ».

Informatisation accélérée et mondialisation seront enfin accueillies comme de bonnes nouvelles porteuses d’avenir pour les peuples, si nous sommes capables d’inventer les outils qui permettront de redistribuer de façon plus juste, les formidables richesses permises par ces révolutions techniques et économiques.

Telle est la tâche urgente et exaltante à laquelle doit s’attacher en priorité le réformisme radical, le nouveau corpus théorique de la gauche, qui doit donner corps, cœur, âme et esprit à un nouveau socialisme, à un nouvel humanisme européen et universel.

Quand la question-souffance du pouvoir d’achat sera résolue, les esprits seront prêts pour aborder avec disponibilité l’urgence des questions comme le développement durable, la bio-éthique, ou encore le stress et la solitude dans l’univers contemporain. On arrêtera de tout demander à l’Ecole et à ses enseignants. On arrêtera de demander aux infirmières notamment, de gérer un système ingérable par manque de moyens humains. La question importante des prisons pourra être réglée dans la sérénité. Et le problème majeur des banlieues sur notre territoire pourra faire l’objet d’un véritable plan Marshall et être solutionné par une action à court, moyen et long terme pour une véritable République sociale.

La redistribution des richesses est une question majeure dans le débat politique, social et éthique. Il faut s’attaquer résolument à un système aveugle qui privilégie une nouvelle aristocratie et l’enfermement de la société de ses peurs.

Il faudra une nouvelle « Nuit du 4 août », c’est-à-dire une nouvelle abolition des privilèges : c’est cela la véritable modernité.

Régler cette question, c'est bâtir un fait de civilisation, c'est poser les jalons, après le XVème siècle, d'une seconde RENAISSANCE. Il faut bien sûr analyser et prévoir ce qu'il convient de réaliser et d'articuler aux différentes échelles : national, européenne et mondiale.

Le chemin sera alors tracé pour les « Cent Lumineuses », fastes années qui pourraient faire oublier les « Trente Glorieuses ».

Telle peut être la tâche du socialisme, « pour lui, la lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d’homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux ». Ces mots d’Albert Camus tracent le chemin. A nous, ensemble de l’accomplir.


« Une fenêtre ouverte

Des yeux s’éveillent

Des cris résonnent.

Peuple debout

Le jour se lève

Et le soleil nous attend »


Contribution de G. Gramoullé

Un parti social-démocrate... (R. Kauffmann)

Dans la contribution introductive d'Alain Bergounioux et Laurent Baumel, il est question, entre autre, des raisons structurelles qui expliquent que notre parti ne peut s'apparenter un parti de masse, et ce même au plus belles heures du Front populaire ou de l'immédiat après-guerre.

Je crois qu'il est de notre ressort de penser aux moyens de construire un parti structurellement social-démocrate.

Il y a d'abord les travers évidents de notre parti tel qu'il est aujourd'hui. Le constat est connu, il fut longuement développé par Laurent lors de ces contributions générales aux deux derniers Congrès de Dijon et du Mans : parti d'élus et professionnalisation galopante, place éminente pour les catégories incluses ou protégées, (même au sein des cadres intermédiaires du parti), personnes âgées surreprésentées.

Certain pourront dire que l'arrivée des nouveaux militants a pu changer la donne, mais ces adhérents ont renforcé l'aspect élitaire du parti tout en incorporant des catégories socio professionnelles sous représentées jusqu'à présent (cadres supérieurs issus du privé par exemple).

Il ne s'agit pas pour moi de dénigrer cet état de fait. Notre parti doit avoir la politique de sa sociologie et c'est pour cela...que nous écrivons collectivement un manifeste social-démocrate, mais nous ne pourrons faire fructifier notre méthode que si nous construisons un parti socialiste qui n'a jamais encore existé...

Or un constat s’impose : notre parti n'arrive jamais à apparaître comme une structure vertébrée.

Que ce soit dans ces heures les plus racornies, là où pour sauver les meubles après des défaites électorales, nous nous recentrons sur nos élus (en gros le parti du Guy Mollet et celui du crépuscule mitterrandien), mais que ce soit aussi dans ses heures les plus fastes, là où nous faisons montre d'un dynamisme militant et intellectuel plus important (Front populaire, parti d'Epinay), qui ne suffit pas à refonder durablement les structures du parti.

Le paradoxe est ici évident. Nous parti socialiste français, le plus gauche de tous les partis socialistes et socio-démocrates européens, nous avons une organisation politique beaucoup moins structurée que nos voisins.

Un parti où de grosses fédérations s'autonomisent au dépend du national, un parti où des consignes de Congrès ne sont jamais appliquées (l'obligation syndicale n'est, d'après une enquête de Frédéric Sawicki, respectée que par à peine 40% des camarades), un parti qui ne produit pas (plus ?) d'idées en adéquation avec nos réseaux habituels qu'ils soient associatifs, intellectuels ou syndicaux.

Pour changer la donne, il me semble, qu'il faut assumer un renforcement de notre structuration partisane. Il ne s'agit pas d'embrigader les fédérations et les sections, mais de créer les conditions permettant de nouer des liens pérennes avec une société en mouvement.

Notre vocation est d'abord de "gouverner le mouvement social" au sens où, sans se substituer aux organisations syndicales, nous devons proposer un débouché aux luttes, mais aussi aux réflexions issues du monde syndical (cf. la sécurité sociale professionnelle par exemple). Pour ce faire, nous devons créer les conditions pour que nos fédérations organisent régulièrement des débats, des forums thématiques avec les organisations syndicales (une obligation formelle est nécessaire). Il faudra également faire respecter l'obligation de syndicalisation.

Notre parti doit devenir un parti qui renoue avec un intellect collectif permettant un brassage interclassiste. Je pense qu'il serait bon de créer une université populaire dans le parti avec une obligation de cycles de formations pour tous les militants des fédérations (donc, un renforcement très important des structures actuelles au sein du secrétariat la formation).

Les nouveaux liens avec la sphère syndicale et l'importance des cycles de formations en une véritable université populaire permanente mettront, à nouveau, en lien notre parti et l'ensemble de nos réseaux, fondations et cercles intellectuels.

Je crois également que nous devons proposer une régénération démocratique pour les cadres du parti permettant de disjoindre au maximum les logiques électives internes et externes.

Donc, en dehors du mandat unique (qui est d'une importance capitale pour une régénération des élus et pour éviter d’avoir un enkystement des fonctions électives), il faut porter l'idée d'une séparation entre mandats internes et externes. Il me paraît, par exemple, nécessaire d'imposer, dans nos statuts nationaux, qu'un premier fédéral ne puisse être dans le même temps à la tête ou membre d'un exécutif local, ou être parlementaire.

Dernière remarque sur l'évolution de la structure du Parti et qui est liée à mes premières réflexions sur la nécessaire intrication entre syndicalisme et vocation réformiste de notre organisation politique.

Il me semble utile de repenser le rôle et la place dévolues aux sections d'entreprises dans chaque fédération. Il me paraît utile de revivifier ces structures qui firent la qualité de notre implantation sociale dans le cadre du parti d'Epinay. Pour ce faire, on pourrait inscrire dans nos statuts, l'obligation de constituer un nombre de sections d’entreprise déterminé par la présence de grands bassins d'emploi dans chaque fédération. L'objectif n'étant pas de recycler le clientélisme de certain élus dans des sections prétextes, il faudrait proposer un pourcentage pré déterminé de salariés d'un secteur ou d'une branche d'activité pour justifier d'une section d'entreprise.

L'essentiel est de faire vivre plus qu'aujourd'hui cette frange du militantisme de terrain pour renouer avec un vrai brassage social et être plus en prise avec les évolutions du monde salarié et ses relais de revendication.

Ce ne sont ici que quelques pistes, mais je crois sincèrement que nous ne pourrons asseoir notre méthode et nos objectifs politiques que si nous sommes capables de créer un parti, non pas simplement avec de nombreux adhérents, mais un parti qui produit des idées, qui est en lien avec la société et qui peut, par là même, créer les condition de la transformation de celle-ci.

Rodolphe KAUFFMANN

01 mars 2007

"Développement durable et Ecologie" : Contribution de A. Normand

La situation écologique actuelle de la planète n’est pas loin d’approcher un seuil critique au-delà duquel il deviendrait quasi impossible, malgré toute bonne volonté même conjuguée à l’échelle de la planète, d’inverser la donne. Partout, les bouleversements écologiques mondiaux en cours approchent du seuil de l’irréversibilité (1). Plusieurs rapports abondent en ce sens. Que ce soit le rapport Stern remis au Premier Ministre britannique fin 2006, ou la campagne menée par Nicolas Hulot pour sensibiliser la population, ou qu’il s’agisse des conclusions du dernier rapport du GIEC (2), publié à l’occasion de la conférence pour une gouvernance écologique mondiale organisée à Paris par le Président de la République. Tous tendent à démontrer le coût du réchauffement climatique pour les économies (3) et surtout pour les Hommes, si rien n’est engagé rapidement pour en contrer les effets.


Dans ce contexte, toute réflexion qui se veut politique et crédible dans son aspiration au changement doit prendre en compte la dimension écologique, ainsi que la dimension économique de l’écologie. Dans le cadre de l’élaboration de ce manifeste, explicitant le projet social-démocrate, nous devons identifier les éléments de ce qui peut être une politique efficace et humaine de réduction de la pollution et de sauvegarde de la diversité environnementale. D’autant que, en tant que hommes et femmes de gauche, nous savons que les premiers à pâtir des problèmes environnementaux sont les plus démunis, dans notre pays, et dans les pays en développement. La dimension écologique doit donc être la colonne vertébrale des politiques de co-développement à mener nationalement et surtout à l’échelle européenne.


Si la France apparaît pour le moment préservée des catastrophes écologiques rencontrées tout autour de la planète (inondations, glissement de terrains, intensification des cyclones…), elle n’est pas sans renfermer de sérieux problèmes écologiques pouvant hypothéquer son avenir, comme l’ont montré la canicule et la sécheresse qui en a résulté en 2003. En ce qui concerne la gestion de l’eau par exemple, il faut savoir que les pesticides liés à l’agriculture intensive sont présents dans 96% des points de mesure en eaux superficielles et dans 61% des eaux souterraines. Le problème du traitement de l’eau et de sa gestion par des opérateurs privés créatrice d’inégalités territoriales et sociales, appelle des réponses spécifiques que nous, sociaux-démocrates défenseurs des services publics, pouvons apporter.


Ainsi, la lutte contre la pollution devient la condition sine qua non à notre survie. Certes, dans un autre domaine que celui de l’eau, celui de la limitation des rejets de carbone dans l’atmosphère la France s’affiche en assez bonne place au niveau mondial, notamment du fait de son parc nucléaire, cependant tout n’est pas rose, ou vert si l’on préfère. La quantité d’énergie produite à partir de sources propres, et renouvelables, reste encore très faible. Le coût croissant de la facture énergétique aidant, la diversification des sources d’énergie devient une question cruciale. Quid de l’après-pétrole ? Comment favoriser l’investissement dans les énergies vertes ? Comment inciter la population à opérer mentalement la révolution écologique et à inclure le souci de la sauvegarde de l’environnement dans chacun de ses gestes (fiscalité écologique – taxe carbone ?-) ? Comment faire en sorte que l’action ministérielle dans le domaine environnemental ne reste pas circonscrite et marginale (aller vers un regroupement du ministère de l’environnement et du ministère de l’économie ?) ? Telles sont les questions qui demandent réponses concrètes.


Au-delà, bien d’autres se posent, en lien étroit avec d’autres domaines. Parce que la notion de développement durable n’est pas seulement une question environnementale, parce qu’elle ne se réduit pas au souci de préservation de notre environnement, mais parce qu’elle emporte aussi les questions relatives au modèle économique et sa compétitivité, à la qualité de vie, à l’efficacité de l’action publique et institutionnelle, c’est à un véritable changement radical de modèle de production et de société que la France doit procéder. A nous d’en dessiner les contours.

Contribution de Anthony NORMAND

(1) En ce qui concerne la biodiversité par exemple, 30 000 espèces vivantes, terrestres ou marines, disparaissent chaque année.

(2) Selon le dernier rapport du GIEC de 2007, la température moyenne sur Terre s’est élevée de 0,6°C au XXe siècle et les prévisions, pour la fin du XXIe siècle, font état d’une hausse probable contenue entre 1,4 et 5,8°C.

(3) Le rapport Stern évalue à plus de 5 500 milliards d’euros le coût à venir résultant de l’inaction, soit 20% du PIB mondial, alors qu’un effort immédiat ne s’élèverait qu’à 1% du PIB mondial.

23 février 2007

Laïcité et modèle républicain

Alors que la France a fêté dernièrement le centenaire de la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat, qui inscrivit les croyances et les appartenances personnelles dans la stricte sphère privée et libéra l’Etat de toute prise de partie spirituelle, des revendications communautaristes parviennent aujourd’hui à trouver écho auprès de formations politiques, mettant ainsi à mal le consensus établi depuis 1905 autour de l’idée d’une société française laïcisée.


Entre une droite qui institutionnalise les communautés religieuses et une extrême-gauche qui voit dans l’émergence de certaines d’entre elles un moyen de résister à l’ultralibéralisme, nous devons, en tant que sociaux démocrates, nous interroger sur ce que doivent être la laïcité et le modèle républicain français en ce début de vingt et unième siècle.


Quelle est, selon nous, l’origine de la tentation communautariste et comment devons-nous y répondre ? Attachés aux libertés individuelles et donc à la liberté religieuse, que devons-nous accepter ?


Depuis l’instauration de la démocratie en France, le modèle français de société s’est forgé autour de l’idéal républicain, celui de la constitution d’une unique communauté de citoyens, arrachés à leurs appartenances, détachés des particularismes, en cela libres, égaux et parlant à l’universel.


Ce modèle laïque et républicain peut-il encore fonctionner aujourd’hui ? Comment lui réaffirmer notre attachement? Faut-il le repenser ? Ces interrogations amènent débat. A nous de l’animer. Il en va de la cohésion de la société française.


Caroline Tahar

Anthony Normand

Introduction au débat "Fiscalité et Redistribution"


Comme le souligne le rapport sur la fiscalité remis à Ségolène Royal par François Marc, Didier Migaud et Dominique Strauss-Kahn, la situation économique et sociale française est mouvante. Nous devons tenir compte des enjeux actuels que sont l'affaiblissement de l'appareil productif français, le poids de la dette, l'urgence écologique et la panne de la redistribution.


Confrontés à cette situation, nous devons réfléchir ensemble à ce que devrait être une politique fiscale et une politique de redistribution de gauche dans la France d’aujourd’hui.



Il est urgent de repenser la fiscalité et la redistribution des richesses en fonction de l’objectif que nous leur fixons : parvenir à une société juste, durablement, respectueuse de l’environnement.



Cet objectif, nous ne pourrons l’atteindre qu’avec un appareil productif plus efficace et des finances publiques assainies.


Mais quels choix sommes-nous prêts à faire pour cela ? Vers quel système fiscal et social idéal devrions-nous aller pour traduire cette vision de la justice ?




Caroline Tahar


Julien Bargeton

Première synthèse partielle et introduction au débat "Education et Formation"

     Nous avons coutume de dire que l’éducation est au cœur du projet socialiste. Elle est le moteur de l’émancipation collective en créant les outils de la connaissance et en en facilitant la diffusion. Elle permet l’émancipation individuelle en donnant à chacun la possibilité d’échapper aux déterminismes sociaux liés à son origine. Au total, elle interroge les notions de progrès, de liberté et d’égalité.


Les réponses traditionnelles de la gauche sont connues. Depuis les philosophes des Lumières, le progrès des sciences et l'accès aux connaissances sont associés au progrès de l'humanité. Au niveau individuel, sortir les enfants de l'ignorance, était la mission assignée à l'Ecole et à sa figure mythique du "hussard de la République". La liberté individuelle passait par cet effort d'élévation et d'extraction des vieilles valeurs traditionelles : défense de la laïcité. L'accès "gratuit", l'attachement au cadrage national des programmes et des diplômes, l'implantation sur l'ensemble du territoire de l'offre de formation traduisent une aspiration à l'égalité.

L’association du modèle démocratique et de l’aspiration sociale sous-tendant ces dispositifs ont fait du monde enseignant l’aile marchante de la gauche démocratique. Pourtant, le projet social démocrate contemporain ne peut faire l’économie d’une réflexion renouvelée sur l’Education.


1) Le rapport au savoir est profondément bouleversé.

Les avancées scientifiques ne se heurtent plus seulement au débat moral et à ses formes de conservatisme mais aussi à une interrogation profonde sur la notion de progrès des sciences et des techniques qui génèrent de plus en plus de craintes. La figure de l’enseignant comme détenteur d’un savoir à transmettre est quant à elle remise en cause dans un contexte d’accès possible à des bases de données quasi illimitées. De même, la figure du savant laisse la place à celle du chercheur.

Dès lors, l’enjeu démocratique n’est plus simplement de permettre l’accès au « stock de connaissances » mais de donner à chacun la possibilité d’en analyser une fraction en fonction de ses objectifs propres. L’autre enjeu est de faire sortir l’analyse critique du champ des seuls spécialistes pour son transfert dans la sphère collective.


2) L’émancipation individuelle ne peut plus se contenter d’être l’objectif d’un temps de la vie.

Georges Lap, dans son commentaire sur ce blog, nous invite à réfléchir en intégrant la formation tout au long de la vie. Il a raison. Accepter que tout soit joué à 16 ou 20 ans est démocratiquement inacceptable, dans un monde où le niveau de diplôme détermine de plus en plus les trajectoires professionnelles et donc sociales. Cette situation est par ailleurs totalement inadaptée à la réalité contemporaine marquée par une évolution de plus en plus rapide des connaissances et des techniques.

Il s’agit certes de mettre au point des outils nouveaux (gouvernance collective de la formation continue, V.A.E. par exemple) mais plus globalement d’intégrer les conséquences de cette révolution de l’approche. Il ne s’agit plus de préparer au mieux de futurs salariés et de futurs citoyens avant de les « lâcher » dans le monde des adultes ou du travail. Il s’agit de permettre à chaque individu de réaliser un parcours de vie professionnelle et citoyenne source d’épanouissement.

C’est donc bien toute l’offre de formation et ses modalités d’accès qu’il faut revisiter. La formation initiale n’a plus tout à fait la même fonction dans ce contexte. De même, le rapport jusque là extrêmement difficile à la question de la professionnalisation des formations doit être complètement revue : le monde du travail, de l’entreprise, n’est plus l’autre monde ou le « monde d’en face ». Une révolution pour tous, enseignants mais aussi entreprises !


3) La question de l’égalité doit être enrichie.

Nous le savons, et l’avons précédemment analysé dans notre colloque sur l’égalité réel, un simple égalitarisme formel n’empêche pas la formation de nouvelles inégalités. La massification de l’enseignement n’a pas permis de faire disparaître tous les déterminismes sociaux. Il s’agit de travailler à une égalité des chances (justice au sens de RAWLS), mais aussi à un élargissement du champ des possibles (intérêt de la démarche d’A. SEN). L’objectif se croise avec l’enjeu précédent : c’est bien au niveau des parcours de vie que doit s’analyser l’égalité réelle.

Sur toutes ces questions, nous avons à mettre en place une nouvelle ingénierie sociale (qui croise le débat sur la sécurisation des parcours professionnels), mais aussi à en ordonner le contenu autour d’une nouvelle ambition pour une société de l’Education, société d’émancipation individuelle et collective.


L'objectif est ambitieux et se heurte, nous en avons conscience, à une difficulté de méthode évoquée par Maxime des Gayets dans son commentaire : comment faire en sorte que la formation et la recherche, unanimement reconnues comme des priorités à moyen et long terme, puissent se traduire par des engagements de court terme sans espoir de "retour sur investissement" à l'horizon d'une législature ? Ce débat court terme / long terme nous invite à sortir d'une logique de marché (réponse immédiate à la demande spontanée d'une clientèle électorale) pour passer à une démarche politique impliquant un véritable débat citoyen transgénérationnel.



Synthétisé par Alain Bussière

20 février 2007

"Mondialisation et Questions internationales" : Contribution de R. Kauffmann

Nous pourrions souhaiter que la politique internationale et européenne soit au coeur de l'élection présidentielle, mais pour l'instant, force est de constater qu'il n'en est rien.


Tout cela découle incontestablement d’un isolement accru de la France en Europe et dans le monde. Notre voix est moins intelligible, notre politique est moins suivie et nos concitoyens s’éloignent des enjeux internationaux pour n’attendre que des réponses nationales, là où l’on doit être enclin à trouver des solutions mutualisées à l ‘échelle de l’Europe et du monde.

Cet étiolement renvoie aux politiques menées par le gouvernement et le chef de l’Etat actuel, mais aussi à l’incapacité de la gauche à proposer une alternative en termes de méthode et d’orientations à la mondialisation libérale et singulièrement à imposer une autre voie (une autre voix ?) pour la France dans le monde.

Puisque la social-démocratie doit être l’avenir du socialisme et non son renoncement, puisque le chantier majeur qui nous occupe est de répondre au nouveau partage de la richesse au niveau mondial, il nous faut inventer un modèle de développement solidaire s’imposant face à la pente déviante du libéralisme économique.

Ce paradigme nécessite que nous envisagions la question des inégalités à l’échelle mondiale, que nous soyons capable de dépasser les grilles de lecture tiers-mondistes pour définir un nouveau corpus doctrinal face à la financiarisation du monde, que nous repensions le commerce mondial, que nous réformions les institutions internationales, que nous assumions une visions géostratégique qui nous fasse passer de la logique de domination à la logique d’influence et qu’enfin nous « européanisions » l’ensemble de notre politique internationale.

Nous devons décrire un périmètre du possible diamétralement opposé à celui défendu par notre adversaire Nicolas Sarkozy en matière de politique européenne et de politique étrangère.

Nous ne voulons pas banaliser notre pays dans un sens qui est en réalité celui de l’acceptation pure et simple des rapports de forces mondiaux engendrés par la prééminence américaine et la mondialisation libérale. La politique que nous devons prôner, au contraire, doit parler aux peuples (et donc ne pas se réfugier dans l’illusoire préférence communautaire) pour construire un autre monde.

L’objectif de notre travail commun sur les questions de mondialisation et sur les relations internationales est d’imaginer une nouvelle politique étrangère pour la gauche à l’aune de la méthode social-démocrate. Cette politique devra être tout aussi ambitieuse qu’hier, mais moins inutilement arrogante, plus éthique, plus solidaire avec les expériences démocratiques des pays du Sud et résolument tournée vers l’Europe politique.

Contribution de Rodolphe Kauffmann


02 février 2007

1ère contribution de A. Bergounioux et L. Baumel

Bonjour à toutes et à tous,

Vous trouverez en cliquant ci-dessous la première contribution rédigée par Alain Bergounioux et Laurent Baumel.

Téléchargez la contribution!

Téléchargement manifeste_contribLBAB.doc

Téléchargement manifeste_contribLBAB.pdf

Rapports Nord-Sud / Développement

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Nous vous invitons à publier dans cette catégorie vos notes, contributions et propositions se rapportant aux rapports entre le Nord et le Sud et concernant le développement.

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Equipe dsk

Services publics / Santé / Retraites

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Questions de société / Famille / Sécurité

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Parti Socialiste / Gauche / Stratégie

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Mondialisation / Questions internationales

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Laïcité / Modèle républicain

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Inégalités / Discriminations

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Fiscalité / Redistribution

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Europe

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Education / Formation

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Economie / Emploi

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Developpement durable / Ecologie

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Acteurs Sociaux / Démocratie / Institutions

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Nous vous invitons à publier dans cette catégorie vos notes, contributions et réflexions se rapportant au fonctionnement de notre démocratie et de nos institutions, ainsi qu'au rôle des acteurs sociaux.

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Equipe dsk

Lancement du Manifeste de Socialisme et Démocratie

Bienvenue à toutes et à tous sur ce nouveau blog,

Lors de la réunion nationale de ses réseaux, le 17 décembre 2006, Dominique Strauss-Kahn a proposé la mise en chantier d’un « manifeste social-démocrate ».

L’idée n’est pas de « figer » une fois pour toute une identité mais de mieux définir un socle d’analyses, de valeurs, d’orientations politiques communes à un certain nombre de militants et d’acteurs, dans et hors du parti socialiste.

La rédaction de ce manifeste bénéficiera évidemment de l’important travail idéologique et programmatique qui a déjà été mené depuis 2002 par DSK et l’ensemble des réseaux de Socialisme et Démocratie et d’A Gauche, en Europe. Mais elle doit aussi permettre à tous ceux qui le souhaitent de contribuer à la réflexion collective autour de cette nouvelle identité sociale démocrate qui a été assumée par Dominique Strauss-Kahn à l’occasion de la primaire : que recouvre exactement cette notion en terme de valeurs, d’objectifs politiques et de méthode ? Comment se positionne-t-elle par rapport aux diverses traditions politiques de la gauche et de la société française ? Comment intègre-t-elle, au-delà des grandes questions économiques et sociales traditionnelles du socialisme, les nouveaux grands enjeux : l’enjeu écologique, l’enjeu démocratique, la prise en compte de l’individualisme contemporain,… ? A quel projet historique peut-elle correspondre à court et moyen terme ? A quel idéal de société et de civilisation renvoie-t-elle à long terme ? Sur quels acteurs et rapports de force peut-elle effectivement s’appuyer ?

Nous sommes pleinement engagés aujourd’hui dans la campagne présidentielle de notre candidate, Ségolène Royal. Mais il n’est pas inutile de poursuivre parallèlement une réflexion collective sur ces questions. Car les réponses à celles-ci seront aussi les chantiers de la victoire. La gauche française aura besoin demain de ce peuvent lui apporter Dominique Strauss Kahn et tous ceux qui veulent faire vivre en France un espace social démocrate.

Géré par un groupe de pilotage représentatif de la sensibilité sociale-démocrate sur les territoires, ce blog est destiné à accueillir toutes les contributions visant à nourrir la rédaction de ce manifeste. Un bilan d’étape sera effectué à la fin du mois de février. Puis un texte de synthèse sera mis en discussion.

Comment déposer vos contributions ? Deux options s'offrent à vous.

Soit en laissant votre contribution en commentaire sur le blog du manifeste de Socialisme et Démocratie.

Soit en envoyant vos textes à l'adresse suivante: dsk@gauche-en-europe.org .

A vos plumes !

Culture

Bonjour à toutes et à tous,

Nous vous invitons à publier dans cette catégorie vos notes, contributions et propositions se rapportant au domaine de la culture.

A vos claviers !

Equipe dsk

01 février 2007

Lancement du manifeste !

Bienvenue à toutes et à tous sur ce nouveau blog,

Lors de la réunion nationale de ses réseaux, le 17 décembre 2006, Dominique Strauss-Kahn a proposé la mise en chantier d’un « manifeste social-démocrate ».

L’idée n’est pas de « figer » une fois pour toute une identité mais de mieux définir un socle d’analyses, de valeurs, d’orientations politiques communes à un certain nombre de militants et d’acteurs, dans et hors du parti socialiste.

La rédaction de ce manifeste bénéficiera évidemment de l’important travail idéologique et programmatique qui a déjà été mené depuis 2002 par DSK et l’ensemble des réseaux de Socialisme et Démocratie et d’A Gauche, en Europe. Mais elle doit aussi permettre à tous ceux qui le souhaitent de contribuer à la réflexion collective autour de cette nouvelle identité sociale démocrate qui a été assumée par Dominique Strauss-Kahn à l’occasion de la primaire : que recouvre exactement cette notion en terme de valeurs, d’objectifs politiques et de méthode ? Comment se positionne-t-elle par rapport aux diverses traditions politiques de la gauche et de la société française ? Comment intègre-t-elle, au-delà des grandes questions économiques et sociales traditionnelles du socialisme, les nouveaux grands enjeux : l’enjeu écologique, l’enjeu démocratique, la prise en compte de l’individualisme contemporain,… ? A quel projet historique peut-elle correspondre à court et moyen terme ? A quel idéal de société et de civilisation renvoie-t-elle à long terme ? Sur quels acteurs et rapports de force peut-elle effectivement s’appuyer ?

Nous sommes pleinement engagés aujourd’hui dans la campagne présidentielle de notre candidate, Ségolène Royal. Mais il n’est pas inutile de poursuivre parallèlement une réflexion collective sur ces questions. Car les réponses à celles-ci seront aussi les chantiers de la victoire. La gauche française aura besoin demain de ce peuvent lui apporter Dominique Strauss Kahn et tous ceux qui veulent faire vivre en France un espace social démocrate.

Géré par un groupe de pilotage représentatif de la sensibilité sociale-démocrate sur les territoires, ce blog est destiné à accueillir toutes les contributions visant à nourrir la rédaction de ce manifeste. Un bilan d’étape sera effectué à la fin du mois de février. Puis un texte de synthèse sera mis en discussion.

A vos plumes !

Equipe DSK

PS: pour déposer vos contributions ou nous les faire parvenir, deux moyens s'offrent à vous. Vous pouvez le faire en mettant en ligne votre contribution sur ce blog dans la rubrique "commentaires". Vous pouvez également nous faire parvenir vos travaux à cette adresse: dsk@gauche-en-europe.org.

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