Traité de Rome: 50 ans, et après?
Le temps est venu de relancer l'Europe.
Célébrant le cinquantenaire du Traité de Rome, les Européens nous ont rappelé dimanche les nombreux acquis de ces longues années passées en commun. Mais ils ont aussi fixé un rendez vous pour sortir le projet européen de l’ornière. L’objectif est simple : aboutir à un accord avant les élections européennes de 2009.
Cet anniversaire a une vertu. Il nous permet de mesurer le chemin parcouru. Berlin, où se sont retrouvés les 27 en est le plus beau des symboles.
Qui aurait pu croire en 1957 que Berlin serait la capitale d’une Allemagne réunifiée, qui non seulement ne fait plus peur à personne, mais qui surtout constitue un modèle de démocratie apaisée et pleinement engagée dans l’Europe ?
La paix, la capacité de vivre ensemble, les valeurs de démocratie partagées, les droits sociaux garantis, la croissance économique, l’emploi, l’euro, autant d’acquis que je voulais saluer en cet anniversaire.
Dans un monde troublé où montent les intolérances et les haines, il convenait de redire que l’Europe constitue un modèle, elle incarne le vivre ensemble, au-delà des différences. Cela n’est pas le fruit du hasard, mais bien de la volonté politique constante des peuples européens.
Nous avons pourtant que cela ne suffit plus à susciter l’adhésion des peuples au projet européen. Le référendum français de mai 2005 l’a démontré. Pour que l’anniversaire de Berlin soit autre chose qu’un anniversaire, pour qu il devienne le point de sortie de la crise et qu’il marque un nouveau départ, nous devons tous sans tarder nous remettre au travail. Car il nous reste peu de temps. La France devra y jouer un rôle central. Pas pour se faire pardonner son « non » de 2005. Mais parce qu’il est temps, à nouveau, que l’Europe redevienne notre perspective naturelle, notre ambition la plus évidente.
L’Europe doit cesser d’être un problème pour les Français. Elle doit être à nouveau, comme avec François Mitterrand, une solution. Un levier déterminant du retour de la confiance des Français en eux-mêmes, de leur envie de créer, d’échanger, d’accueillir, de connaître. Pour cela nous devons, nous Français, faire notre part du travail. L’élection présidentielle en est l’occasion. C’est pourquoi tous nos partenaires ont leurs yeux braqués sur nous et sur le résultat de notre vote du 6 mai prochain.
L’Europe doit redevenir le champ naturel d’expression de nos envies et de nos ambitions. De manière différente de ce qu elle fut, tant le nombre et la diversité de nos partenaires a grandi. Mais toujours en privilégiant l’entente avec l’Allemagne, désormais au coeur de l’Europe et avec laquelle il faut absolument et sans délai conjurer toute forme de divergence durable. Nous avons besoin d’un nouveau traité de l’Elysée, qui va plus loin dans l’intégration franco-allemande. Mais aussi avec nos voisins espagnols, italiens et belges, qui portent si haut le projet européen.
C'est du côté de ces partenaires là que nous devons à nouveau nous retrouver pour renouer avec le compagnonnage de ceux qui portent l'Europe politique. Nous mettrons alors devant leurs responsabilités les véritables eurosceptiques. Mais rien ne pourra se faire sans que ces partenaires ne prennent la mesure des attentes des Français et en fait de tous les Européens. Pour réussir d’ici à 2009, il ne suffira pas de procéder à un simple toilettage du projet de Constitution. Le mini traité proposé par Nicolas Sarkozy est une impasse, c’est une Europe a minima.
Il faut apporter des réponses concrètes aux doutes qui ont été exprimés. Les valeurs de l’Europe, l’approfondissement avant de nouveaux élargissements, la protection contre les dérives de la mondialisation et les excès du marché, l’Europe politique et sociale, le gouvernement économique européen, la capacité d’expression de l’Europe sur la scène internationale pour faire pièce à l’unilatéralisme américain.
C’est sur l’ensemble de ces sujets fondamentaux que la négociation devra s’engager dès le lendemain de l’élection de Ségolène Royal, le 6 mai prochain. Il nous faudra dire précisément ce que nous voulons dans tous ces domaines et être capables d’entraîner. Il reviendra à nos partenaires et amis de comprendre que ce n’est pas en se réunissant entre pays ayant ratifié le projet de traité constitutionnel que l’on fait avancer les choses. Tout d’ailleurs porte à croire que le gouvernement allemand, mais aussi nos amis et camarades espagnols et italiens l’ont bien compris.
La crise française et la crise européenne sont soeurs. Elles résultent d’une même difficulté à penser et à mettre en oeuvre le changement social dans une économie de marché globalisée. En sortant de cette ambiguïté en France à l’occasion de l’élection présidentielle et grâce à une négociation avec des partenaires conscients de ces enjeux, nous aurons fait de la déclaration de Berlin le début d’une nouvelle histoire française et européenne.
dsk

