L'Europe comme devoir
Saddam
Hussein a été exécuté hier, peu avant 6 heures du matin. Nous ne le
regretterons pas, mais certains commentaires sur sa mort me laissent
pantois. Tout d'abord, parce qu'on ne saurait faire de la mort d'un homme un
jour de joie, quel que fut son passé. Robert Badinter, citant Jaurès le jour de
l'abolition de la peine capitale en France, disait : « La peine de mort est
contraire à ce que l'humanité depuis deux mille ans a pensé de plus haut et
rêve de plus noble ». Le sang du tyran ne lavera pas celui de ses victimes.
Ensuite,
parce que sa mort ne résout rien. Je ne peux m'empêcher de sourire lorsque
Georges Bush déclare que c'est « une étape importante sur la route de l'Irak
vers une démocratie ». Sans évoquer le fameux rapport Baker, un autre rapport,
fourni par le Pentagone lui-même et daté du 18 décembre , évalue à 22% la
hausse du nombre d'attaques sur un an en Irak. La mort de Saddam Hussein ne
peut qu'entraîner ses partisans à plus de représailles et plus de violence,
faisant encore gonfler ce chiffre.
Qui
plus est, sa disparition ouvre la voie à d'autres dictatures en devenir, pour
la plupart liées à l'intégrisme religieux. Elles sauront mieux que personne se
nourrir de la haine anti-américains que Washington a été si efficace à attiser.
L'Irak
aurait depuis longtemps dû sonner le glas de la méthode unilatérale
d'intervention des Etats-Unis. Et pourtant, l'entêtement et l'aveuglement
semblent les seuls recours envisagés. Une question me taraude : Où est l'Europe ?
Je suis convaincu qu'il n'y a pas de fatalité au terrorisme. Mais on le
combattra plus efficacement par l'encouragement au développement économique que
par l'occupation militaire. L'Europe aurait pu, aurait dû, être le messager de
cette troisième voie. Son silence et ses déchirements n'en sont que plus
assourdissants. La relance de l'Europe n'est pas seulement indispensable
pour les européens dans la mondialisation. C'est aussi un devoir pour le Monde.
dsk
