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20 novembre 2004

La réforme Fillon

Bonjour à tous,

certains d’entre vous ont peut-être assisté à la présentation du projet de loi sur l’Ecole jeudi soir lors de l’émission « 100 minutes pour convaincre » qui recevait François Fillon. 100 minutes n’y suffirent pas en ce qui me concerne…

Difficile en effet d’approuver une loi qui ne contient aucune ligne directrice et des moyens inadaptés…

Je ne surprendrai pas non plus les lecteurs assidus de ce blog en réaffirmant qu’ il y a deux secteurs où la France va dans le mur et que nous devons largement repenser :
l'enseignement supérieur et, à l'autre bout de la chaîne, la petite enfance.
Dans le projet de François Fillon, les principaux points sont une réforme du bac, un socle commun de connaissances et un brevet des collèges rénové.

Pour mesurer la différence entre le projet Fillon et mes propositions pour rendre l’école plus juste, je vous invite à consulter mes textes précédents, ainsi que ceux qui furent publiés lors du colloque d’A gauche, en Europe consacré à l’éducation,

dsk

PS, les habitués de ce blog apprécieront également le Monde 2 de ce week-end.

NB, A lire également l'article d'Eric Zemmour sur la prestation de François Fillon.

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Voici les sites qui parlent de La réforme Fillon :

Commentaires

c'est très intéressant
Thierry

On se trouve surtout en face d'un gouvernement qui n'exploite pas les travaux des diverses commissions qu'ils ont mis en place. Par exemple, il y a un an, l'analyse globale et les propositions de la Commission Stasi ont malheureusement reçues qu'une médiocre traduction juridique (la "loi sur le voile"). Il s'agit bien pour le gouvernement de restreindre le travail mené en profondeur par des vrais penseurs de la société actuelle. En son temps, Ségolène Royal, dans sa démarche de réflexion sur les atteintes aux femmes, a nettement mieux exploité sa position de ministre.

Il y a un gros différentiel entre une réforme de gauche et une réforme de droite. La réforme de droite fait semblant de demander aux Français leur vision de la chose : regardons entre autres le "grand débat sur l'école", ou encore le débat sur l'agriculture actuellement. Cette démarche de consultation est de la publicité et de la pure communication. Quel déception vont avoir nos concitoyens en voyant que le ministre, sensé représenter sa population, reste au plus bas niveau de la politique, sans vision générale, sans vraie analyse...

L'intervention de François Fillon était vraiment très décevante. Il ne prouve pas une efficacité plus grande que son prédécesseur.

Les réformes annoncées, on connaît déjà. Ce qui rend M. FILLON cocasse, presque sympathique, c'est son ignorance visible des faits les plus simples de l'école ("la 1ère année d'école, c'est à dire le CE1", à propos de l'enseignement des langues, lapsus docilement repris depuis par moult journaliste) et même de la langue française: il n'a pas réagi lorsque l'animateur de France 2 lui a annoncé qu'ils allaient "DÉCLINER le verbe réformer". Le brave homme, comme disait un auteur qui, lui, savait le latin. À quand un bac pour les ministres de l'éducation? Il pourrait là aussi y avoir un contrôle continu...

Les réformes annoncées, on connaît déjà. Ce qui rend M. FILLON cocasse, presque sympathique, c'est son ignorance visible des faits les plus simples de l'école ("la 1ère année d'école, c'est à dire le CE1", à propos de l'enseignement des langues, lapsus docilement repris depuis par moult journaliste) et même de la langue française: il n'a pas réagi lorsque l'animateur de France 2 lui a annoncé qu'ils allaient "DÉCLINER le verbe réformer". Le brave homme, comme disait un auteur qui, lui, savait le latin. À quand un bac pour les ministres de l'éducation? Il pourrait là aussi y avoir un contrôle continu...

Effectivement F. Fillon maitrise très mal ses dossiers ! Lorsqu'il evoque la disparition des TPE en terminale, il se targue de les garder en seconde et première..le problème c'est que les tpe n'existent pas en seconde !

Même par rapport à ses véritables idées, il est décevant car il n'ose pas affronter les syndicats. On n'attendait de lui aucune Allégresse mais cette réforme n'apporte rien de bon.

2007, c'est dans dix jours
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Les jours à venir seront décisifs pour l'avenir des présidentiables de gauche comme de droite.

Par Renaud DELY
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lundi 22 novembre 2004 (Liberation - 06:00)
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objectif 2007. Le 2 décembre au matin, le paysage de la prochaine compétition présidentielle, mère de toutes les batailles électorales de la Ve République, apparaîtra sans doute plus dégagé. En moins de dix jours, une succession d'échéances va bouleverser l'ordonnancement de la scène politique, à droite comme à gauche. Trois événements vont dessiner le nouveau visage de la majorité. D'abord un sacre, celui de Nicolas Sarkozy à la présidence de l'UMP dimanche prochain ; ensuite un cadeau d'anniversaire que Jacques Chirac recevra le lendemain pour fêter son 72e printemps : la démission du gouvernement du même Sarkozy. Enfin, un jugement, celui que la cour d'appel de Versailles rendra le 1er décembre dans l'affaire des emplois fictifs du RPR, qui a valu à Alain Juppé en première instance une peine de dix-huit mois de prison avec sursis et, surtout, dix ans d'inéligibilité.

Le même jour, c'est la face du PS qui peut être bouleversée à l'issue du vote de ses 120 000 militants sur la Constitution européenne, une compétition qui oppose les tenants du oui, conduits par François Hollande, aux partisans du non, emmenés par Laurent Fabius. Moins déterminant, un ultime rendez-vous, le congrès des Verts, à Reims les 4 et 5 décembre, viendra clore cette semaine de «relookage» de la gauche. Et permettra peut-être de poser la première pierre d'une nouvelle alliance chargée de pallier la défunte gauche plurielle.

Ordre établi. Au total, ces rendez-vous permettront donc aux principales forces politiques de se mettre en ordre de marche dans la perspective de 2007. Dans chacun des deux camps, l'enjeu est somme toute assez similaire. Il consiste à savoir si ceux qui ont écrit les pages de l'histoire politique hexagonale depuis vingt ans parviendront à proroger leur règne pour s'assurer, encore une fois, les premiers rôles lors de la prochaine présidentielle. A des degrés divers, Chirac et Juppé à droite, Jospin et Fabius à gauche, composent ce casting de vieilles gloires refusant de céder la place (Chirac), tentées par un improbable come-back (Jospin) ou décidées à ne pas laisser passer ce qui leur apparaît comme étant leur dû (Juppé et Fabius). A l'inverse, une fournée d'ambitieux, pas forcément plus jeunes mais perçus comme moins usés, piaffe de renverser l'ordre établi. Sarkozy et Bayrou à droite, Hollande, Strauss-Kahn et sans doute quelques autres à gauche, appartiennent à cette catégorie. Si les deux premiers disposeront d'un parti pour alimenter leur appétit élyséen naissant (l'UMP pour le premier, l'UDF pour le second), les autres ne tarderont pas à s'affronter pour conquérir la casaque socialiste en 2007.

Car c'est bien pour l'avenir du Parti socialiste que les dix jours à venir sont les plus cruciaux. Que le oui l'emporte lors du référendum interne et c'est un camp homogène sur le fond («le réformisme de gauche» et la culture de la gestion), mais perclus de rivalités individuelles (Hollande, DSK, Lang, Aubry, ou encore... Jospin), qui gardera le manche. Que le non gagne et une seule ambition élyséenne, celle de Fabius, se retrouvera à la tête d'une coalition hétéroclite, allant du prudent «social-libéralisme» que l'ancien Premier ministre prônait jusqu'à sa récente conversion aux poussées de sève «gauchistes» du tandem Emmanuelli-Mélenchon. Tant le contenu du projet que la stratégie électorale socialiste pour 2007 devraient digérer ce «coup de barre à gauche» doublé d'un virage «eurosceptique».

Pole position. Bref, si avec l'accession de Sarkozy à la tête de l'UMP l'enjeu à droite réside d'abord dans la recherche d'un nouvel équilibre au sein d'une majorité en quête de projet, c'est la nature même du PS, et par-delà de toute la gauche, qui est en jeu. Avec, de part et d'autre, le même dessein : être en pole position, le 2 décembre, pour incarner l'après-Chirac

Bonjour,

Je suis d'accord sur un point, c'est que l'enseignement supérieur, enfin disons l'Université, est en voie de nullisation. Le mot est un peu fort. Je ne vois pas comment on peut retaper une institution où les enseignants s'emmerdent à instruire des étudiants qui eux aussi s'emmerdent et ne cherchent qu'à obtenir un papier au bout de trois ans, sans aucune considération pour la science diffusée, et où la bureaucratie s'emploie à détruire toute veilléité de changement, avec la bénédiction des syndicats.

Mon avis serait qu'on crée des instituts genre collège de France dans toutes les régions.

Si notre ami DSK est preneur, je mettrai en ligne ici quelques textes.

Fulcanelli,

Ton idée me surprend et je suis très curieux d’en lire des développements.

Je crois que sur le constat, nous sommes tous d’accord. Maintenant, je ne sais pas si l’éducation, en tant qu’institution, est réformable et s’il y a une réelle volonté politique d’aller dans le sens d’une réforme. Maintenant, rêvons un peu :

En matière d’enseignement supérieur, une réforme ne devrait-elle pas tendre vers :

a) la création de pôles d’excellence régionaux ?
b) l’introduction dans le système universitaire d’une sélection pleinement assumée ?
c) avec en contrepartie la suppression des Grandes Ecoles ?

Loïc

Loïc,

A mon avis et tous ceux qui sont à la fac le confirmeront, il n'est pas possible de réformer l'Université qui a pris un sillon dans le paysage social. D'aucun diront que c'est une garderie pour étudiants issus des classes moyennes.

Les grandes écoles dispensent moyennant un coût élevé des enseignements pointus et de qualité, en sélectionnant certes, mais je ne vois pas au nom de quoi on supprimerait ce qui reste d'excellence en matière d'enseignement supérieur.

Ce que je vois, ce sont des Instituts capables de faire vivre la science, la culture et la recherche, de diffuser tous ces éléments dans la société, ce qui suppose des Universités citoyennes qui s'adressent autant à des étudiants motivés (inventons des sortes de magistères transdisciplinaire) que des citoyens épris de haute culture, de tous âges et conditions

Sur mon blog science, à droite, les documents sont là, rédigés sous formes d'avant-projets.

Je mets le lien ici

J'ai oublié, il faut cliquer à droite sur article : centre d'ontologie ou alors sur le présent commentaire

Fulcanelli,

Merci, j'ai récupéré tes documents et je vais les lire.

Pour la question des Grandes Ecoles, je pars du principe suivant (nous évoluons en pleine fiction) : l'éducation supérieure est réformée dans le sens d'une plus grande sélection. L'université dispensant alors des formations d'excellence, les Grandes Ecoles n'ont plus vocation à exister...

Je partage pleinement ta position sur la question des Universités citoyennes. Sur ce point, c'est plus à un changement de mentalités que nous devons faire appel qu'à une réforme lourde.

Maintenant, à mon sens, l'Université citoyenne doit diriger ses missions (enseignement, recherche) non seulement vers des étudiants motivés ou des citoyens épris de culture, mais vers l'ensemble de la société, dans une perspective de service à la société (je n'ai pas écrit service social). On a longtemps défini l'institution scolaire comme un microcosme social, ceci lui confère une position centrale dans la société et, à mon sens, l'université citoyenne doit développer ses actions en direction des milieux dans lesquels, elle s'insère. En d'autres termes, il s'agit ici de reconnecter l'université au réel.

Les non-dits des propositions Fillon sur l’école.

Après le grand débat sur l’éducation et la remise du rapport Thélot, voici la présentation par le ministre de l’éducation nationale Fr. Fillon des propositions pour l’école. Celles-ci seront discutées, amendées, votées au cours de l’année 2005 avant, normalement, d’entrer en vigueur à la rentrée scolaire 2006. Pour connaître la littérature officielle, il convient de se rapporter au site consacré à la loi d’orientation sur l’éducation (www.loi.ecole.gouv.fr).

Formellement, ce projet de loi d’orientation vise deux objectifs (la réduction de l’échec scolaire et la hausse du niveau général des élèves) et s’appuie sur 14 propositions phares.

I) Les propositions 1, 2 et 3 de la loi participent de l’ambition apparente d’élever le niveau général des élèves. C’est pourquoi elles se proposent de garantir à tous les élèves la maîtrise d’un socle commun et de mettre en place un nouveau brevet (à la fin du collège) afin d’en valider l’acquisition. Il s’agit d’une ambition apparente car on ne sait pas si le véritable objectif est d’élever le niveau de tous les élèves à partir de la définition d’un socle commun revu à la hausse ou s’il s’agit réduire les différences de niveau entre les élèves en le revoyant à la baisse ?

Au-delà de l’ambition affichée, qu’est-ce qui ressort ?
En premier lieu, on retrouve l’illusion techniciste qui fait que l’on veut encore et toujours faciliter l’accès à l’ordinateur et à ses environnements numériques. Quand verra-t-on enfin qu’un écran fait écran ? Et que si la maîtrise d’un nouveau support, n’est pas en soi une mauvaise chose, on ne doit pas pour autant faire de cet apprentissage un des éléments du socle dit fondamental. De la même manière que l’on serait nombreux à sourire, si on faisait sérieusement de la maîtrise du papier ou de la machine écrire un objectif en soi, il ne faut jamais oublier que la maîtrise de l’outil informatique ne peut se faire qu’au service d’objectifs plus élevés : l’acquisition de nouvelles connaissances ou de nouvelles méthodes d’apprentissage.

En revanche, on ne peut qu’applaudir à l’objectif de mettre en place un plan ambitieux pour renforcer l’apprentissage des langues vivantes, comportant l’apprentissage d’une langue vivante 1 dès le CE1 et d’une langue vivante 2 dès la 5ème.
Cet objectif va dans le sens d’un renforcement de l’identité européenne et d’une ouverture à la diversité des cultures du monde. On ne se demandera pas pourquoi il a fallu attendre 50 ans après la signature du traité de Rome pour mettre en avant un tel objectif. Sans doute, retrouve-t-on la leçon de Jean Monnet, qui disait : « si j’avais su, j’aurai commencé par la culture ». Mais comme l’émergence d’une citoyenneté européenne ne peut se faire que progressivement, on s’assurera qu’il sera possible, dans toutes les écoles de France, d’avoir, au minimum, la possibilité d’apprendre une autre langue étrangère que l’anglais

Ensuite, si on peut toujours mettre en doute le bien-fondé de l’intention du Ministre de permettre au Parlement de décider des grandes lignes de ce socle, au motif que les parlementaires risquent de faire de la définition des programmes scolaires un enjeu politique. Ce qui ne peut être le cas, à moins d’entrer dans une vision rétrograde de l’école et de la politique. On relèvera, plutôt, la contradiction entre la volonté d’élever le niveau général des élèves en établissant un socle commun et la possibilité offerte aux élèves, en plus du Français et des Mathématiques, de choisir parmi l’une des matières suivantes (histoire/ géographie/ éducation civique ou physique/sciences de la vie et de la terre), celle qu’ils passeront à l’écrit du nouveau brevet.
En effet, introduire un élément de choix correspond-il à la prise en compte de l’aspiration des élèves à déterminer par eux-mêmes ce qui leur semble nécessaire d’apprendre ou ne s’agit-il que de la mise en œuvre d’une liberté illusoire ? Dans un cas, on prétend tenir compte du désir de liberté des esprits, dans l’autre, sous prétexte d’élever le niveau général de tous les élèves, on libéralise encore un peu plus, l’organisation interne du système scolaire. On abaisse l’âge où l'élève doit commencer à se spécialiser et à être performant dans les disciplines où il est le plus efficace.

II) Les propositions 4 et 5 véhiculent elles aussi leur lot d’ambiguïtés. En effet, alors qu’il s’agit apparemment de repenser les filières du lycée, de moderniser le baccalauréat et d’améliorer le fonctionnement de la classe, on s’aperçoit qu’il y a un écart entre les objectifs affichés et ceux qui sont poursuivis.
En 2nde, on escompte sérieusement élever le niveau général en allégeant - par une simplification des options (un enseignement de détermination obligatoire et deux options facultatives) - les horaires des élèves.
De même, la volonté de développer les filières sciences et techniques industrielles (STI), de les réviser (réduction du nombre de celle-ci) et d’assurer à ses bacheliers des perspectives d’études supérieures en BTS ou en licence professionnelle, affirme implicitement qu’il y aurait trop d’élèves dans les bacs généraux (L, S ES) et trop d’étudiants dans les filières longues.
Faut-il ironiser devant la propagande ministérielle qui, dans la même proposition (n°11), énonce tout à la fois l’idée d’éducation au choix et le fait que la loi fixe l’objectif de 100 000 élèves se déterminant pour l’option découverte professionnelle ? C’est dire que la liberté des élèves sera bien encadrée. Cet aveu traduit les véritables intentions de cette prétendue possibilité de choisir. Le but de l’école n’est plus celui de conduire les élèves à s’intéresser à ce qu’ils ne connaissent pas encore. Il est de les amener à choisir des métiers qui ne les attirent que peu. Sans sourciller le Ministre écrit : « l’éducation au choix, c’est aussi éclairer les élèves et les familles sur les perspectives de débouchés, en évitant que les préjugés ou les stéréotypes n’enferment les élèves dans des choix réducteurs voire pénalisants à terme. ».
A-t-on le droit de réfléchir et de demander ce qui, à long-terme, est le plus pénalisant ? Apprendre à un jeune un métier qui, 20 ans plus tard, risque de ne plus exister ou ne pas lui donner une solide formation générale débouchant sur la capacité à se renouveler et à se préparer aux incertitudes permanentes de la vie économique et sociale. Plus grotesque encore, l’analyse qui fait de la dévalorisation des métiers « professionnels » une conséquence des préjugés des parents ou des élèves. Est-ce uniquement pour des préjugés si certaines filières sont moins choisies que d’autres ? Ce qui au demeurant est faux, la moitié des bacheliers sortent des filières techniques. Toutefois, cette dévalorisation n’est-elle que la conséquence de mauvais préjugés qu’il faudrait rectifier ou a-t-elle un quelconque lien avec le niveau des rémunérations pratiquées par les entreprises et la prégnance des jugements de « dé-valeurs » existants au sein du corps social ?
Sur le fond, on s’étonnera que ce gouvernement qui prétend lutter contre les délocalisations, ne s’aperçoive pas que le seul rempart efficace contre celles-ci consiste à augmenter le niveau général de formation (initiale et continue) de la population !

Plus surprenant encore, la mise en place d’un conseil pédagogique élaborant le projet pédagogique de chaque établissement et gérant le travail pédagogique d’équipe (choix des manuels, suivi de la progression des élèves, accueil des professeurs stagiaires, soutien des élèves en difficulté, etc.). La possibilité d’élaborer au sein de chaque établissement un projet pédagogique particulier va apparemment dans le sens du renforcement de l’autonomie pédagogique des personnels, c’est pourquoi certains se laissent séduire mais cet objectif contribue aussi à nier, encore un peu plus, celui d’assurer un socle commun à chaque élève. Aujourd’hui déjà cette liberté conduit, par exemple, à ce que les élèves des séries S aient, dans certains établissements, 3 heures de cours de philosophie obligatoire par semaine alors que dans d’autres, ils en ont 4 pour préparer le même examen. Est-ce normal ? Doit-on continuer dans ce sens ? Pourquoi ne pas aller jusqu’au bout de cette logique et décréter la fin du diplôme national ?
C’est d’ailleurs ce qui va se faire. En effet, le sacro-saint baccalauréat est remis en question. Il est envisagé d’introduire, en plus de l’existence de six épreuves terminales, une dose de contrôle continu.

III) La proposition concernant le travail des enseignants, leur promet un hypothétique droit à la formation continue. « Tout enseignant bénéficiera de vingt heures de formation par an, capitalisables sur six ans, pouvant s’exercer pour partie hors périodes scolaires moyennant un complément de rémunération ». On sourira devant la faiblesse de l’horaire proposée. En tout, cela représente 3 jours par an, soit un peu plus de 3 minutes par jour. Heureusement que les enseignants, pour se former, continueront à apprendre par eux-mêmes.

En revanche, la possibilité de permettre à tout élève en difficulté de passer un " un contrat individuel de réussite éducative " semble prometteuse. Dans les disciplines et les compétences où des lacunes graves se feraient sentir l’élève bénéficiera d’un soutien de trois heures par semaine. On ne peut que se réjouir de l’existence de cette proposition. Il s’agit d’un vrai progrès. Mais gageons que celle-ci sera une des premières à être enterrée. Attendons cependant 2006 pour juger définitivement.

On terminera, ce rapide examen de la loi Fillon, en prêtant attention à la façon dont la proposition de relance des bourses au mérite est justifiée. Est écrit : « la justice scolaire suppose de soutenir les élèves doués de condition modeste ».
On ne se demandera pas pourquoi le Ministre n’a pas écrit : « la justice scolaire implique de soutenir tous les élèves de condition modeste qu’ils soient doués ou non », il n’est, en effet, ni de gauche ni socialiste. On se demandera, tout de même, comment une conception aussi rétrograde du mérite scolaire est encore possible ? Il est fort à parier que le Ministre ne sait toujours pas qu’il est beaucoup plus difficile pour les élèves issus d’un milieu modeste de réussir dans le système scolaire français

En résumé, cette réforme va dans le sens d’une américanisation du système scolaire français. Il s’agit avant tout d’apprendre aux élèves à choisir, de les préparer à consommer et à produire. Elle masque, au mieux, les inégalités croissantes ou, au pire, elle les renforce. Ne sait-on pas, d’ores et déjà, que certains élèves, mieux informés et mieux avertis que d’autres, sauront faire les « bons » choix ? Enfin le rôle dévolu à l’enseignement secondaire est revu à la baisse. C’est à l’enseignement supérieur que revient l’objectif de faire éclore les talents et de graver dans le marbre les différences entre des enfants et des adolescents qui, une fois devenue adulte, auraient pu les atténuer.
Si certaines de ces propositions doivent dès maintenant être combattues, n’oublions pas que l’essentiel consistera, pour nous socialistes, à élaborer dans le cadre du projet 2007 un ambitieux projet pour l’école.
Une piste. Et si on faisait le choix audacieux de construire une éducation nationale et européenne.

Pascal Heisserer
Site http://pheisserer.org

Les propositions de Fillon - le mot de "réforme" paraît en effet ou déplacé, ou présomptueux - présentent de fait un double problème. D'abord, le ministre ne dispose d'aucune marge de manoeuvre budgétaire, ce qui explique la faiblesse de son intervention - à mon sens le projet pour l'Education nationale le plus pâlot depuis Bayrou, c'est dire... Ensuite et par voie de fait, ces propositions n'ont ni cohérence ni ambition. En un sens, il ressemble au projet de loi de finance présenté par Nicolas Sarkozy il y a un mois : l'exploit consiste à justifier par le discours des mesures éparses et sans logique interne, essentiellement décidées de façon circonstancielle. Contrairement à Laurent, je ne crois pas toutefois qu'on puisse opposer de façon aussi caricaturale des réformes (véritables) de gauche et des réformes (cosmétiques) de droite. La nullité du projet de Fillon provient de l'atonie du gouvernement Raffarin, qui tente de faire le moins de vagues en attendant d'être remanié et pour éviter de chuter encore dans les sondages. Je suis en revanche persuadé que si, disons, Nicolas Sarkozy se présentait aux présidentielles de 2007, il proposerait immanquablement un véritable projet de réforme de l'Education nationale... de droite. Ce que nous pouvons donc craindre, ce n'est pas seulement l'absence de réforme (ce qui n'est jamais bon), mais aussi de mauvaises réformes menaçant le modèle égalitaire français, au sens de l'égalité réelle dont parlent DSK ou François Dubet.
A ce titre, les propositions du premier me paraissent autrement plus convaincantes, ne serait-ce que parce qu'elles sont motivées et structurées par une problématique : renouer avec le principe d'égalité des chances à partir de nouveaux mécanismes de compensation - voir également, sur cette question, le récent et remarquable livre d'Eric Maurin sur le "ghetto social" français, et la façon dont il redéfinit les politiques sociales et éducatives, tournées vers les individus plutôt que vers des secteurs géographiques (ZEP, zones franches) ou des classes sociales. Le passage de son livre sur les "jeunes adultes" complète assez bien, en outre, les propositions de DSK.
Concernant les universités, je ne crois qu'elles ne soient pas réformables, mais que cette réforme ne peut être que globale et comprendre une restructuration du cursus des études, qui combinerait une orientation plus efficace et réversible, une sélection plus claire et moins hypocrite et, sans doute, des systèmes de financement pour les plus pauvres. Dans ce cadre, la suppression des grandes écoles publiques et des classes préparatoires apparaîtrait judicieuse à condition des les transformer en centres universitaires, éventuellement spécialisés, et d'instaurer une sélection à l'entrée des universités, soit sur la base du bac, soit sur celle des résultats cumulées du lycée, qui serait plus légitime que la sélection universitaire qui existe aujourd'hui : une sélection par les moyens...
Le point faible de ces propositions reste toutefois celui des contenus. On ne peut, me semble-t-il, envisager une réorganisation des études sans s'interroger sur les disciplines et les compétences à acquérir. A mon sens, plusieurs directions doivent être explorées :
- une valorisation plus importante et plus précoce des langues vivantes, comme l'anglais. De ce point de vue, la proposition de Fillon me paraît si ce n'est qu'elle n'est pas financée et pose des problèmes d'application (recrutement, nombre d'heures hebdomadaires, etc.)
- une revalorisation des humanités (lettres, histoire, latin, grec, etc.) qui me paraissent représenter davantage le "socle" des connaissances primaires que celui proposé par la commission Thélot...
- une unification des programmes et une meilleure répartition des différents contenus : qui n'a pas, dans ma génération, étudier trois fois la Guerre de 14-18 et jamais l'histoire romaine ou l'histoire récente ?

Je pense qu'en tout état de cause ce projet de réforme constituera l'un des points clefs des prochaines élections, si tant est que les candidats décident de s'emparer de cette question...

Cette énième réforme de Fillon est pleine de tabou. Clairement Fillon n'ose pas défendre les idées de son camps,("l'atonie du gouvernement Raffarin dit Jan dans le post précédent") mais surtout on tourne tous autour d'un probleme qui a trait au secteur public,en général, sa saine gestion.
Exemple:la réduction du nombre de fonctionnaires à l'occasion des départs à la retraite s'il est avéré que cela est possible nous est interdite à gauche.
Avec une communication appropriée expliquant que la modernisation, etc...des départs à la retraite ne doivent pas nécessairement être remplacées et que les ressources ainsi dégagées pourraient être allouées à la recherche par exemple.
Moi je fais partie des déçus de la science économique qui trouvent qu'elle ne progresse pas beaucoup en tout significativement ces derniers temps.

Et puis mon utopie, c'est que les cours d'éducation civique soient enrichis de cours d'éduction familiale, qui sait cela fera peut-être baisser le nombre de divorce. Je ne suis pas boutiniste mais socialiste;
Nicols

l'école n'a pas pour but de lutter contre les inégalités.
Elle n'a pas à être evaluée par rapport à ce critère mais sur ce qu'elle
réussit à transmettre aux enfants.
Pour lutter contre les inégalités, ce serait mieux de créer un organisme qui aurait
ce but et qui pourrait intervenir aussi dans les écoles pour essayer de compenser
les inégalités sociales (Pas facile à l'école). Organisme qui serait lui evalué sur son efficacité.
Le livre de Dubet pour généreux et habile qu'il soit est très criticable.
D'abord il attribue à l'école un pouvoir qu'elle n'a pas celui d'attribuer les places dans la hiérarchie sociale toute entière. Les sociétés (surtout les complexes) ont tendances à être stables qu'il y ait des écoles ou pas.
La société francaise est inégalitaire l'école ne fait que refléter cet état.
(et n'en est aucunement l'origine)

Puis il en déduit que la compétition scolaire est un mythe.
Je suis bien d'accord que les enfants des différentes classes sociales ne concourent pas les uns contre les autres. Ce n'est pas pour ça que la compétition n'existe pas. Les enfants des classes moyennes concourent les uns contre les autres. Ce n'est pas la même chose pour un individu de gagner
2000, 3000 ou 5000 euros par mois même si pour un sociologue c'est du pareil au même.
De plus la société reconnait moyennement le classement établi par l'école
(à l'intérieur de la classe moyenne supérieure). Tout notre système de sélection
pousse les meilleurs élèves vers les classes préparatoires scientifiques ce qui socialement n'est pas une très bonne stratégie. Pour gagner de l'argent
mieux vaut faire une école de commerce, notaire, pharmacien que sais-je encore,
toutes ces filières n'ayant rien à voir avec les prépas scientifiques au niveau de la difficulté scolaire (je ne parle que des études, je ne porte aucun jugement
sur les qualités nécessaires pour exercer ces métiers). De même si on est intéressé par une position de pouvoir mieux vaut faire sciences-po et l'ENA.
Le décalage est si grand que les plus grandes écoles d'ingénieurs forment leurs
élèves au management et à la finance. Etat de fait que quelqu'un comme Claude Allègre ne manque jamais de reprocher aux élèves. On ne peut pas encore une fois
reprocher aux individus d'être rationnels et de ne pas sacrifier le bien-être futur de leur famille.
Par contre un ministre qui est un charge d 'écoles publiques nationales
aurait peut-être pu essayer de les réorienter vers leur mission qui est de
former des ingénieurs plutot que de laisser les industriels dicter leur loi.

Pour revenir à Dubet mais je pense que cette opinion est assez partagée en ces lieux, que penser d'hommes politiques et de citoyens qui qualifie de tricheurs,
même entre guillemet, les parents qui s'occupent des études de leurs enfants et qui adoptent des stratégies efficaces comme de contourner la carte scolaire ou de faire donner des cours particuliers à leurs enfants.

J'accorde ce point à Dubet il est contre la carte scolaire.

Mais il n'est pas encore contre le collège unique.
Tout comme nos hommes politiques nous proposent cure d'austérité sur cure d'austérité en nous expliquant que si ça ne va pas mieux c'est qu'on a pas encore été assez loin dans l'autérité depuis trente ans, les défenseurs du collège
unique nous expliquent que si l'ascenceur social est moins bon qu'il y a trente
ans c'est parce que le collège unique n'est pas encore assez unique.

Moins l'école sélectionne clairement (i.e. sur critère scolaire) plus ce sont les critères sociaux qui entrent en jeu.

J'en arrive au point qui pour moi est le noeud de mon opposition à vos solutions.
C'est l'opposition entre sélection et l'objectif de faire progresser
scolairement les plus faibles. Du constat de ce qu'à une certaine époque
sélection et relégation des plus faibles dans des classes poubelles sans véritables objectifs ont existées, il en serait ainsi pour toujours.
c'est confondre corrélation et causalité. L'effort de réflexion devrait porter
sur ce point pour moi. Comment pousser les enfants qui ne demandent qu'à apprendre
au maximum de leurs possibilités tout en fournissant le socle commun aux autres.
(Et la je suis d'accord avec Dubet en évitant l'humiliation et la perte d'estime de soi)

Pour finir aujourd'hui, je réponds aux autres posts.

Sur les débats initiés par le gouvernement, débattre est toujours bon qu'on organise des débats pour des gens de base comme moi, je trouve ça bien ça oblige à organiser ses arguments et à répondre à ceux des autres. Ce n'est pas pour ça que les gens changent d'opinions mais c'est une base de la vie citoyenne le débat rationnel. Le fait que les gouvernants n'en tiennent pas compte et n'en fassent
qu'à leur tête fait aussi partie de la démocratie représentative.

Sur les grandes écoles et l'université. Un certain nombre de rapport d'économistes montre bien que le fait que la France ait une histoire et soit organisée d'une certaine façon qqui n'est pas celle des états-unis ne leur facilite le métier et les comparaisons. Ce n'est pas une raison pour tout bouleverser. Il y a une organistion qui ne marche pas si mal il faut chercher
à l'améliorer graduellement.
Il est possible que sur le long terme, il soit bon pour notre économie de pousser sur l'innovation (à ne pas confondre avec la recherche fondamentale). Je rapelle que nos industriels et nos patrons n'ont pas le sentiments d'avoir besoin de techniciens ils veulent des managers et de financiers(par opposition avec des ingénieurs et des entrepreneurs). On pourrait assez facilement me semble-t-il
par opposition avec une réforme de l'université, réformer nos grandes écoles techniques. Bon je ne mésestime pas le fait qu'il faudrait augmenter les impôts, 2 points de TVA par exemple. On pourrait porter la durée des études
des écoles du groupe A à huit ans. Ca n'a rien de ridicule ce sont objectivement les meilleurs élèves du système scolaire. Les trois années supplémentaires
seraient consacrés pour les uns à un doctorat classique (une minorité), pour les autres à la réalisation d'un projet technologique innovant culminant par la réalisation d'un prototype concret(par là je veux dire pas forcément un mémoire théorique). ces trois années seraient payées (2000, 2500 euros net par mois).
L'état pourrait chaque année sélectionner quelques projets prometteurs et lancer des start-up qui appartiendraient pour moitié à l'état et pour l'autre aux ingénieurs. On pourrait ainsi créer une classe de millionnaires qui se seraient
enrichis grâce à la technologie. Ce serait pas mal pour un gouvernement socialiste.

Merci à ceux qui ont eu le courage de me lire jusqu'au bout.
antoine


Article trop rapide et mal écrit, plutôt que de nous renvoyer à des discours déjà écrits, vous pourriez de vous donner la peine de développer votre pensée. Cessez de voir vos lecteurs comme de potentiels électeurs.. donnant dans l'autopromotion facile.

Bonne chance pour les prochaines élections !

Je trouve les remarques d'Antoine intéressantes même si je ne les partage pas. Tout livre est critiquable et mérite d'être lu au moins pour cette raison, ce qui est le cas du Dubet.

Quelques remarques toutefois :
- ce que dit Antoine sur le fait que l'école ne devrait pas être un instrument chargé de lutter contre les inégalités sociales est une belle idée... mais c'est une idée. Cette déconnection de l'éducation et de l'instruction ne résiste pas à l'examen et pas davantage à la réalité. En l'occurrence, c'est éduquer, c'est transmettre aux savoirs, cela suppose que chaque "écolier" puisse bénéficier des mêmes conditions, ce qui suppose précisément un rattrapage des inégalités.
De plus, l'histoire de l'éducation est fondée depuis l'Antiquité sur l'idée qu'éduquer suppose non seulement de fournir des connaissances mais aussi de former des individus responsables et des citoyens (Quintilien, Cicéron, Erasme, jusqu'à l'école de Ferry qui institutionnalise ce point de vue ancien).

- lorsque Dubet dit que la compétition scolaire est un mythe, il n'en nie pas l'existence mais la légitimité et l'efficacité. Cette compétition - on parlait d'émulation autrefois - suppose en effet, pour être efficiente, que les "perdants" ne soient ni humiliés ni rejetés, mais trouvent leur propre voie. Or ce n'est pas le cas. La question n'est donc pas de supprimer la compétition mais, comme je l'ai souligné, d'en faire un outil de l'orientation plus qu'une traduction dans le champ scolaire du laisser-faire et de la concurrence dans le champ économique...

- concernant la carte scolaire, je ne crois pas que Dubet soit parfaitement contre son maintien. Il ne dit pas, en tout cas, qu'il faudrait, comme le proposent MM. Madelin et Sarkozy, laisser aux parents la parfaite liberté de placer leurs enfants dans les établissements qu'ils souhaitent. Dubet pense davantage à un assouplissement et une pondération en fonction des moyens et des conditions sociales des familles.

Merci en tout état de cause à DSK pour cette tribune et cette liberté sur ses propres propositions...

L'éducation devrait échapper à la directive sur la libéralisation des services proposée par la Commission (sur laquelle j'aimerais bien avoir l'avis de DSK et notamment sur le principe du pays d'origine !!!). Néanmoins de nombreuses enreprises privées proposent en France et ailleurs des services d'éducation contre rémunération du prestataire (aide scolaire, aide aux devoirs "en ligne", etc.) L'école est tellement investie (dans tous les sens du terme) par certaines familles qu'il y a un vrai climat de compétition scolaire alimenté par l'idée que le sytème scolaire français ne serait plus assez performant et nécessiterait de faire appel au marché pour augmenter les chances de nos chères têtes blondes... Des entrepreneurs l'ont bien compris et laissent accroire l'idée que l'éduction est un nouveau marché.. juteux.
Quel est votre avis, cher DSK ? Comment la gauche réformiste peut-elle empêcher que l'éducation ne devienne un marché ?

Guillaume, Strasbourg


J'ai bien aimé certaines des idées développées par Antoine. Je voudrais cependant y apporter quelques bémols.

Culturellement, nous sommes habitués a un fonctionnement aristocratique; notre volonté d'égalité vise d'avantage une égalité de vie (des chances, de revenus, de protection...) qu'une égalité de statut social. Indépendamment de ce qu'on y apprend, les grandes écoles sont destinées à former cette aristocratie, et c'est pourquoi elles connaissent un tel succès en France et moins ailleurs. Ceux qui en sont issus, par exemple, ne sont ingénieurs qu'accessoirement. Les mettre sur des travaux théoriques ou sur des processsus pratiques en fin d'étude est donc sans doute une erreur.

Pourtant, cette idée de réunération du travail des étudiants avancés et très intéressante. Dans beaucoup de filières, les contractions budgétaires et le développement tout azimuts des stages créent une "zone grise" dans laquelle ceux qui sont, en fait, de jeunes professionnels de 2-3 ans sont souvent moins bien payés qu'un étudiant au Canada ou aux USA.

Un tel statut "d'étudiant-producteur" rémunéré pourrait être intéressant à l'Université et dans les écoles moins importantes. La fac crève en France de famine budgétaire et d'une pratique consciencieuse de l'endogamie et du mandarinat, qui protège les esprits de toute innovation dangereuse et de tout contact avec la réalité des choses. Ce qui donne plus d'importance aux étudiants avancés, leur confère une certaine indépendance matérielle (et donc une indépendance d'esprit) et leur permet de produire des connaissances utilisables est sans doute a promouvoir.

je remercie jan de corriger mon orthographe.
je n'opposais pas instruction et éducation quand je disais que l'école était là pour transmettre.
En ce qui concerne Dubet et la carte scolaire, ce que je comprends de son analyse
est ceci : les classes privilégiés contournent la carte d'une manière ou d'une autre, les bons élèves des classes défavorisés sont les seuls à se trouver bloqués
dans les mauvais établissements où ils ne peuvent pas progresser donc autant abandonner la carte scolaire.
M. Maurin quant à lui nous explique dans le même paragraphe que la carte scolaire
n'a pas d'effet sur la stratification spatiale parce qu'en France on peut choisir
d'aller dans les établissements privés et que dans les pays où les parents peuvent choisir librement un établissement pour leurs enfants ceci induit une forte stratification spatiale.
Ma diatribe s'adressait aussi à Mme Duru-Bellat qui pose la question :
Qui a intérêt à des contenus accessible à tous, qui gagne à la mixité sociale ?
Les classes privilégiées se débrouilleront quelques soient ce qui se passe à l'école. voir le post ci-dessus sur la multiplication des officines. Les perdants par contre on les connaît ce seront les bons élèves des classes moyennes et inférieures qui n'auront pas les moyens de trouver à l'extérieur ce que l'école ne leur aura pas fourni. Tous ces arguments sont bien connus de toute façon.

Toute cette rhétorique sur l'école n'est qu'une reprise du discours classique
sur la démocratie formelle. Combien de femmes, combien de fils d'ouvrier parmi les députés et les instances dirigeantes du parti socialiste (un exemple parmi tant d'autre) on (pas moi) en déduisait à l'époque que notre démocratie n'était qu'une mascarade.

Pour revenir au papier de Maurin (je n'ai pas encore lu son livre), il faut lutter contre la pauvreté des femmes enceintes, des familles qui ont de jeunes
enfants non pas parce que cela va leur permettre d'avoir de meilleurs parcours scolaires mais parce que c'est une honte dans une société aussi riche que la
France que des gens aient faim et n'aient pas de logement.

J'ai fait ma proposition sur la prolongation des études des étudiants des grandes écoles parce qu'un certain nombre de rapports (Aghion-Cohen, Blanc) s'intéressent
à l'objectif de faire de l'Europe une économie de la connaissance ou pour reprendre la terminologie d'Aghion-Cohen à la frontière technologique. Je les ai lus à l'occasion du débat sur l'avenir de la recherche. C'est la première fois fois que j'avais l'occasion de lire ce type de document. Les parties analyses
sont assez intéressantes parfois même assez pertinentes quand on passe au propositions c'est plus faible le rapport de Blanc étant d'un meilleur niveau.
Le rapport de Aghion et Cohen est assez comique (je pense involontaire)
dans la première partie il y a une espèce de prétention à la scientificité parce qu'il y a quelques équations et quelques graphiques (dans un rapport adressé au premier ministre ou au président). Ils comparent la France à l'Irlande. Ils répètent plusieurs fois une phrase du genre >. Il sont pour l'innovation ce qui les rends sympathiques. Cependant pour des innovateurs ils n'ont qu'une idée
c'est imiter. Bon là c'est les USA, il y a quelques années ça aurait été les japonais et à une autre période l'Allemagne. La France a lancé autrefois de grands programmes industriels (airbus ariane etc). Maintenant ce n'est plus possible. (Ne me demandez pas pourquoi!!!). Il y a quand même des bonnes choses
la notion de cluster, de pôles d'excellence. Ce qui leur manque c'est juste le mode d'emploi pour la France. Si j'ai le courage je ferai un jour un catalogue
des perles contenues dans ces rapports.

Aujourd'hui un ingénieur agit contre son intérêt économique s'il choisi de faire un doctorat. ça ne changera rien à son salaire d'embauche, il ne rattrapera pas les années de carrière par rapport à un condisciple qui aura choisi de travailler
en entreprise dès la sortie de l'école, dans le pire des cas et si le marché du travail n'est pas bon on se méfiera d'un tel hurluberlu. Les docteurs universitaires savent bien qu'il est difficile de valoriser leur cursus auprès des industriels. Les ingénieurs des écoles du groupe A n'aurait pas ce problème
puisque ce sont eux que les industriels désirent embaucher comme cadre. Ce ne serait donc pas les maintenir dans une situation précaire sans débouchés clairs après.
D'autre part la France n'a pas le rayonnement qui lui permettrait d'attirer les meilleurs jeunes chercheurs du monde entier. Il nous font utiliser les éléments que nous formons chez nous.
Les ingénieurs des grandes écoles sont efficaces, rapides et travailleurs.
La contrepartie est qu'on leur reproche souvent d'être scolaires et conformistes donc inapte à la recherche, mon opinion est que comme dans chaque groupe humain
il y a une majorité de gens conformistes. Si on les mettait en concurrence sur des projets innovants en les motivants par des challenges genre X-prize ou ce
que fait l'armée américaine avec les vehicules autonomes et je crois aussi la DGA avec les drônes, on obtiendrait sûrement quelques résultats.(Moi aussi je sais prendre des idées aux américains)
Voilà pourquoi je pense que s'il fallait s'orienter vers cette voie il faudrait
commencer par les écoles du groupe A.
Loin de moi l'idée que l'on ne pourrait pas étendre la formule aux universités et aux autres écoles.
Pour moi ce n'est pas tant une extension du temps d'étude qu'un sorte de service national où ils rendraient à la société le prix de leur formation.

De toute façon la société dans son ensemble ne prends pas au sérieux le fait de faire de l'Europe une économie de la connaissance. De plus le problème n'est pas simple. On a la démographie contre nous. La mesure symbolique du gouvernement Jospin ça a été de fermer superphénix.

Je m'explique les écologistes font l'analyse que la croissance, la société de consommation sont des impasses et que la technologie n'est pas une solution.
Cette position est tout à fait respectable. Si on l'explique clairement aux français que les français la choisissent, personnellement ça ne me posera pas de
problème. Je ne crois pas que c'est ce que les français veulent. Il est exact
que la technologie n'est pas la solution il faut avec la volonté politique.

comme tout le monde les français gère la contradiction. On le voit bien sur l'école. Ma position sur l'école est superminoritaire et
j'en ai bien conscience. Pour moi il faudrait chercher à faire des jeunes français des créateurs, les mettre à pied d'oeuvre, leur permettre de dominer la science et les techniques, la musique, le dessin, les humanités. Mais pour ça il ne faut pas essayer de faire faire la même chose à tout
le monde en même temps. Et je le répète pour que les choses soient bien claires
ceci ne veut pas dire abandonner les moins doués à leur sort. ça ne veut pas dire non plus retourner à une école d'autrefois, l'école d'autrefois ne faisait pas ça.

Maintenant une petite parabole.
Imaginons Kennedy au moment d'annoncer le programme Apollo :

l'union soviétique a envoyé un homme dans l'espace, je vous annonce que nous allons faire mieux et que nous allons envoyer des hommes sur la lune

première version,
Et pour réaliser cet objectif nous allons adopter le communisme.
Deuxième version,
Nous allons promouvoir la place des femmes à la NASA
troisième version,
Nous allons mutualiser nos forces en promouvant la coopération entre le kentucky,
le Dakota et le Delaware.
quatrième version
Nous allons demander à la cour des comptes un rapport sur comment rationnaliser l'organisation de la NASA
cinquième version
Nous allons réduire le budget, réorganiser les niveaux hiérarchiques en une structure matricielle, externaliser ce qui n'est pas notre coeur de métier au meilleur coùt grâce au service commercial, nommer des chefs de projets sans responsabilités hiérarchiques, adopter les méthodes qui ont fait leur preuves dans le privé etc...
antoine

Je suis d'accord sur ta lecture de Dubet et sur la problématique de la carte scolaire. En revanche, je ne crois pas que Maurin le contredise véritablement. Si je l'ai bien compris, il explique qu'aujourd'hui, ce ne sont plus des ghettos au sens géographique qui se constituent, mais des ghetto sociaux, cad des communautés au sein des écoles, du travail, des fréquentations, et, accessoirement, des aires géographiques. Cela signifie qu'en réalité la carte scolaire favorise non pas la ségrégation par l'espace - la "stratification spatiale" - mais la ségrégation par les relations sociales. Les parents les plus riches pouvant seuls se permettre de payer pour la scolarité de leurs enfants, ils peuvent en effet contourner la carte scolaire, ce que ne peuvent faire les parents les plus pauvres, sauf à se saigner les quatre veines pour offrir à leurs enfants des conditions d'enseignement décentes ou proches de leurs convictions, ce qui arrive aussi, y compris dans les banlieues les plus défavorisées. La carte scolaire n'est donc pas une bonne solution, pas plus que la libéralisation totale des choix, comme le proposent MM. Madelin et Sarkozy : la "liberté" individuelle, dans ce domaine, doit être également bornée aux impératifs de mixité sociale et "régulée". La liberté individuelle absolue est un leurre ou la source d'une immense injustice.

Concernant les propositions de M. Dubet et de Mme Duru-Bellat, je ne pense pas avoir compris la même chose. Pour eux, me semble-t-il, le principe d'un "contenu accessible à tous" ou d'un enseignement commun de base - qui ne peut, bien évidemment, correspondre à ce que propose la commission Thélot, dont les options sont ridicules - serait justifié dans la mesure où l'organisation des études serait différemment orientée, vers une reconnaissance des parcours individuels de formation. Pour être plus clair, cela ne signifie que, dans cette optique, au collège, une scolarité réussie ne serait pas quatre années d'études sanctionnées par un examen (le brevet), mais l'acquisition d'un certain nombre de savoirs et de compétences, préalablement définis, et qui peut prendre ou quelques années pour les meilleurs élèves ou/et les plus favorisés, et davantage pour ceux qui en ont le plus besoin. Seule cette orientation à géométrie variable et individualisée des études permettrait de pallier le problème que tu soulignes très justement : l'instauration d'une nouvelle inégalité entre les élèves moyens mais favorisés et les bons élèves défavorisés.

Concernant tes autres remarques, je suis parfaitement d'accord avec toi, même si, personnellement, je serais, plus franchement, pour la suppression de toutes les grandes écoles publiques, leur transformation en pôles universitaires, l'introduction d'une sélection un peu plus stricte à l'entrée, en fonction des résultats mais aussi des choix d'orientation, et, par voie de fait, pour une rémunération des études, sous la forme d'une bourse ou d'une aide à la vie quotidienne (logement, etc.).

Réaction sur le vif d'un professeur et exposé de son vague à l'âme...

" P.P.D.A. ET MOI

Est-ce qu’il viendrait à qui que ce soit l’idée que P.P.D.A. ou David Pujadas ne travaillent que 30 minutes par jour ( la semaine à moins de 3 heures, le rêve !...), entre 20 h et 20 h30 ?...

Non ! Par contre, il est bien entré dans l’esprit de beaucoup que les profs ne « travaillent » que 18 h / semaine !

P.P.D.A., lui il se lève tôt le matin pour aller à son bureau (moi, je n’ai pas de bureau, là où je travaille …) et sélectionner les informations qui seront traitées le soir., avec toute son équipe. Parfois même, il va à Cuba interroger personnellement Fidel Castro …

Il ne viendrait à l’idée de personne qu’un journaliste se contente de balancer les dépêches que lui fournit A.F.P. : il faut trier, organiser, vérifier l’info et multiplier les sources.

Transmettre l’information est un travail sérieux, confié à des gens de métiers ….

Et transmettre le savoir ?...

En plus, PPDA, il s’adresse à des milliers, voire des millions de personnes … qui mettent la table, ou sont en train de manger, ou de téléphoner, ou de lire le programme télé pour choisir l’émission du soir, ou se préparent psychologiquement à aller au WC en prévision des publicités qui vont bientôt arriver …

Bref, PPDA est un gars tellement sympa qu’il peut vous parler pendant une demi-heure sans même chercher à savoir si vous l’écoutez ou non. Du moment que votre poste et allumé, ça lui suffit !

Moi, je suis beaucoup plus modeste : je n’ai que 34 personnes devant moi. Seulement voilà, moi je suis sévère : pendant 1 heure, pas le droit de manger (pop-corn interdit en cours ; peut-être à la prochaine réforme …), et même de se déplacer (les toilettes ? il fallait prévoir avant), si je parle, j’exige que l’on m’écoute et je vais même jusqu’à vérifier qu’on m’a bien compris ; si l’on parle, j’exige que ce soit pour participer activement. Je vais même jusqu’à demander de la concentration à de pauvres innocents (qui pourtant ne m’ont rien demandé …) gavé de bruits par la radio, de belles couleurs et d’images grâce à la télé, de discours simples et rapides avec la publicité, capable de tatcher de tout et de rien tout en faisant mille autres choses à la fois (dont leurs devoirs, parfois), grâce à l’ordinateur et au monde de fou dans lequel on les fait vivre. Je suis bien conscient que leur demander d’être calmes, concentrés et de chercher à réfléchir, relève de la torture mentale digne du goulag !...

Seulement voilà : si l’on vous interrogeait sur ce que vous retenez du journal de 20 h (comme ça, juste pour vérifier, même pas pour vous faire gagner des millions), et qu’on vous notait là-dessus, quelle moyenne obtiendrait-on, à votre avis ?.... Si elle était basse, en conclurait-on que PPDA et Pujadas sont de mauvais journalistes et que, la meilleure façon de remédier aux problèmes, c’est qu’ils assurent plus de présence devant le poste de télé ?...

Moi, si mes élèves obtenaient de mauvaises notes, ce serait parce que je suis allé trop vite, j’ai mal expliqué, ce que je dis n’est pas intéressant, pas utile, pas adapté … (quand on veut tuer son chien …).

Qu’est-ce qui a le plus de valeur, dans un journal télé ?... A en juger par les tarifs des plages publicitaires, je dirais que ce n’est pas vraiment ce qui se passe entre 20h et 20h30, mais plutôt ce qui se passe avant et après ! La preuve, c’est que depuis 20 ans, ce n’est pas la longueur du journal télé qu’on a rallongée pour que vous le compreniez mieux, mais bien ce qu’il y a autour …

Quel métier, tout de même, de rendre votre cerveau humain disponible …

Et moi, qu’est-ce que je cherche à faire du cerveau de mes élèves ? pour les rendre disponibles à quoi ?...

Est-ce que si je venais en cours avec un grand T-Shirt vantant les mérites du Coca-Cola, mes cours seraient plus intéressants ? OUI ! Parce que Coca-Cola donnerait de l’argent mon établissement pour cela, et qu’avec cet argent on pourrait acheter plus d’ordinateurs, payer plus de profs et avoir moins d’élèves dans chaque classe, bref, mieux réaliser les programmes ambitieux annoncés par notre Ministre !

Est-ce que je ferai encore grève ? NON ! parce que je ne dépendrai plus de votre argent (marre des impôts) mais de celui de Coca-Cola qui en a certainement beaucoup plus que vous.

PPDA et M. Le Lay ont compris cela depuis très longtemps : ce qui compte, ce n’est pas de donner aux jeunes les moyens et le savoir nécessaire pour réfléchir, mais l’envie d’acheter du Coca-Cola …

Nous profs, nous n’avons toujours pas compris. Sommes-nous bêtes !

Mais rassurez-vous, cela arrive : bientôt, Coca-Cola et tous les autres seront bien plus disposés à nous donner de l’argent que l’Etat, ou que vous … Ou bien nous ferons un Ecolethon … parrainé par PPDA …

Laurent URNAUER ( prof) "

Oui, Fillon je suis d'accord avec vous et vous soutient !

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Manifeste de Socialisme et Démocratie

août 2007

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