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08 avril 2004

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Voici les sites qui parlent de Europe! :

» Europe de LudoBlog
DSK vient de publier sur son blog un résumé de son premier discours de la compagne européenne. Après l'avoir lu j'en ai profité pour aller voir ce que l'UDF et l'UMP peuvent dire sur... [Lire la suite]

» Europe de LudoBlog
DSK vient de publier sur son blog un résumé de son premier discours de la compagne européenne. Après l'avoir lu j'en ai profité pour aller voir ce que l'UDF et l'UMP peuvent dire sur... [Lire la suite]

Commentaires

Greg

Hehe, j'ai un 56k, mais ça charge.
Bon le texte est assez long, certes, mais il aborde tous les sujets européens, en les expliquant un minimum, pour ne pas faire des propositions volant au delà de la réalité.
Je veux bien m'excuser cependant de sa longueur relative...

Maintenant, il ne s'agit que d'une contribution, dont les proposition sont à débattre, à accepter collectivement, à amender ou à rejeter.

Paco

certains devraient arreter la poire du coté de
NPS. l'europe a besoin d'explications, et je
tiens à féliciter grégory pour sa contribution
pirre amoretti n'a pas tout à fait tort. le haut
débit c'est bien,j'ai ramé pendant 6 mois avec
une vieille bécane.

 Bidibulle

Bonjour à tous

"Sociaux-démocates"? "Sociaux-libéraux"...Les socialistes ne peuvent pas faire l'impasse d'une réflexion sur leur identité. Les ouvrages de Monique Canto-Sperber sont plutôt intéressants, ceux de Zaki Laïdi également...
A lire absolument, les Notes de la Fondation Jean Jaurès de mars et avril 2004 sur le thème "Socialisme et Libéralisme". Au programme, René Passet, Laurent Baumel, Gillaume Duval, Michéa et Canto-Sperber.
Instructif

Guillaume, Strasbourg

Le projet de la social-démocratie européenne, s'il ne peut plus se limiter à un socialisme de la redistribution, d'autant plus réducteur que l'on proposerait par ailleurs une diminution des prélèvements obligatoires, doit en revanche réinvestir le système productif, là où les inégalités se créent, l'objectif étant de réduire celles-ci. In fine, le socialisme tendrait à l'émancipation des individus. Ce programme (le "réformisme radical"), maintes fois décrit par DSK (socialisme de la redistribution, de la production et de l'émancipation) entend renouer avec l'ambition originelle du socialisme et, d'une certaine manière, comme cela a déjà été dit, avec le libéralisme politique.
Toutefois, les questions ne manquent pas. S'il s'agit de réformer le capitalisme "de l'intérieur", certaines propositions mériteraient d'être éclaircies, à mes yeux.
Dans son livre "La flamme et la cendre", DSK constate, comme beaucoup, que les fonds de pension exercent une grande influence sur la vie économique, influence qui, par une très forte exigence de rentabilité, va dans le sens d'une financiarisation du capitalisme, phénomène qui n'est pas pour rien dans la manière dont on conçoit aujourd'hui l'emploi (les "ressources humaines") dans les grandes entreprises : simple variable d'ajustement, sacrifiée sur l'autel de ladite rentabilité.
Or DSK propose par ailleurs de développer l'épargne salariale. Mais comment cette dernière, même contrôlée par les partenaires sociaux, pourrait-elle ne pas avoir les mêmes effets négatifs sur l'économie que les fonds de pension ?

Guillaume, Strasbourg

La question de l'adhésion de la Turquie met au jour des questions essentielles concernant la nature du projet européen. Je me permets de citer les propos de Jean-Louis Bourlanges qui, dans un entretien au journal Le Monde (24/03/2004), évoqua les deux horizons possibles qui peuvent borner (ou non) le projet européen, en définissant la nature de celui-ci :
"Depuis l'origine, la construction européenne est tiraillée entre deux vocations distinctes : exprimer une identité commune ou pacifier une altérité hostile. Dans la première hypothèse, vous pensez que les peuples réunis dans l'Union doivent avoir une histoire commune, une culture partagée, des intérêts géopolitiques, économiques et sociaux identiques. Vous rassemblez des peuples en raison de leur proximité fondamentale, vous assignez à l'Union des ambitions fortes et vous la dotez de moyens institutionnels puissants et démocratiques. Il vous faut alors prendre en compte l'identité historique et géographique de l'Europe telle qu'elle s'est construite au cours des quinze derniers siècles : une civilisation bornée à l'ouest par une frontière géographique et au sud par une barrière culturelle, distinguant la chrétienté des mondes arabo-musulman et turco-musulman.
Dans la deuxième hypothèse, vous poursuivez un simple objectif de réconciliation entre des peuples qui se sont fait la guerre et qui sont trop différents pour ne pas rester spontanément hostiles : franco-allemand hier, Nord-Sud aujourd'hui. Il ne s'agit plus alors que de bâtir une superorganisation internationale capable de transformer la confrontation en coopération, les rapports de forces en rapport de droit, la méfiance en confiance. L'objectif n'est pas l'influence extérieure mais la paix intérieure et le système institutionnel est beaucoup plus léger puisqu'il vise à réduire des tensions internes et non pas à porter un dessein commun. Dans ce cas de figure, vous pouvez sélectionner des peuples culturellement différents. L'Union se contente d'être un cercle d'États démocratiques, un groupe pionnier de l'ONU. Elle doit alors accepter non seulement la Turquie, mais l'ensemble des États situés à l'est et au sud de l'Europe géographique, dès lors qu'ils se convertissent à la démocratie."
L'analyse de Jean-Louis Bourlanges a le mérite d'être claire et de poser les termes du débat. Le député centriste au Parlement européen, penche, on pouvait s'en douter, pour la première analyse. L'Europe, selon lui, doit se limiter à la "chrétienté occidentale", excluant les "mondes arabo-musulman et turco-musulman". Cette définition qui mêle l'histoire religieuse et la géographie, si elle est habile, puisqu'elle permet d'évacuer à la fois la question de la présence de l'Islam en Europe (on songe ici, notamment, à la Bosnie) et celle de la chrétienté orthodoxe (la géographie viendrait au secours de la Grèce et des Balkans mais exclurait la Russie), n'en est pas moins essentialiste et positiviste. L'identité de l'Europe est conçue comme une entité figée par "15 siècles d'histoire". Le Sud de la Méditerranée et la Turquie sont exclus d'office de l'espace européen, comme s'ils étaient totalement étrangers à cette histoire. Le motif de cette fermeture de l'Europe à un club chrétien est clairement énoncé : "La tradition judéo-chrétienne fonde l'autonomie entre chacune des aventures essentielles de l'humanité : l'aventure politique, qui va aboutir à la création de l'État laïque ; l'aventure scientifique, qui va engendrer le progrès ; l'aventure religieuse enfin, d'autant plus irréductible qu'elle va non sans mal s'interdire progressivement de régenter le pouvoir et la science. "Cela est d'un autre ordre" : rien ne dit mieux l'Europe que le mot de Pascal. Cette dialectique-là est étrangère au monde musulman traditionnel."
Comme j'ai déjà eu l'occasion de l'écrire ici, J.-L. Bourlanges méconnaît l'histoire du monde musulman, en affirmant que celui-ci ignore, par essence, la distinction entre le temporel et le spirituel, alors que cette distinction a bien été pratiquée (le sultan exerce le pouvoir politique, tandis que le calife exerce quant à lui le pouvoir religieux, même si les deux titres ont été réunis sur la même personne à la fin de la période ottomane.)
Cette vision qui essentialise l'islam est fallacieuse et dangereuse car elle suppose l'incapacité des mondes musulmans à devenir des États laïques, des démocraties libérales respectueuses des droits de l'Homme et condamne dès lors l'entrée de pays musulmans dans l'Europe, au seul motif que la religion de leurs habitants ne serait pas celle qui domine au sein des actuels États membres de l'Union. Ainsi, pour reprendre l'exemple de la Turquie, celle-ci, selon J.-L. Bourlanges, n'a pas pu développer une véritable culture politique de la laïcité, cette dernière n'étant instituée que grâce à l'autorité de l'armée. M. Bourlanges oublie-t-il que la laïcité fut (est ?) un combat en France ? Voudrait-il exclure la Turquie du Conseil de l'Europe ?
J'en viens maintenant à l'autre terme de l'analyse du projet européen, qui fait de l'Europe une organisation pacificatrice, universaliste, unissant des États fondés sur la démocratie, le respect des droits de l'Homme et l'économie sociale de marché. La gauche doit, à mon sens, s'inscrire dans cette perspective. Mais celle-ci peut-elle être bornée, dans la mesure où le projet européen se confondrait à l'universalisme démocratique et libéral ? L'Union européenne doit-elle s'arrêter aux frontières de l'actuel Conseil de l'Europe, doit-elle en bannir la Russie ?
N'est-ce pas à l'échelle du monde qui se dessine (L'Amérique ou les Amériques, l'Inde, la Chine, le Japon et sa possible zone d'influence, l'Afrique subsaharienne, l'Océanie) que les frontières de l'Europe trouveront leurs limites, compte tenu des équilibres politiques et démographiques que celui-ci doit trouver ? De ce point de vue, l'ouverture de l'union européenne au Sud de la Méditerranée (à moyen ou long terme) et à la Turquie (à plus court terme) est une perspective souhaitable. L'Union européenne doit, dans tous les cas et dès maintenant, contribuer fortement au développement de cette région du monde.
La gauche ne peut pas avoir un autre discours que celui qui accueille l'autre, quelque soit sa religion. Le projet de la gauche doit être celui de l'Europe : un espace politique pacifié, démocratique, prospère et solidaire. Le projet de l'Europe doit être celui de la gauche européenne : construire une société juste et ouverte.


Greg

Eh bien parce qu'au lieu d'avoir quelques fonds de pensions possédant la majorité du capital de toutes les grandes entreprises de toutes les bourses du monde, ce seraient les salariés qui contrôleraient leurs propres entreprises.

Tu vois bien qu'un fond de pension extérieur à l'entreprise à intérêt à faire pression le plus possible sur celle-ci pour qu'elle lui rapporte à court terme le meilleur rendement (contraire à toute logique d'amortissement d'investissement sur le long terme...).

Certes, les salariés qui possèdent des actions de leur entreprise ont intérêt à avoir le meilleur rendement.
Mais tout d'abord, ils n'exercent pas la même pression (sur eux-mêmes), et n'attendent pas du 15% de rentabilité.
Ensuite, ils n'ont pas forément (voire pas du tout) cette vision court termiste qui pose de gros problèmes puisque tout investissement doit attendre un certain temps avant d’être rentabilisé...

Or, un investissement long termiste, fondé sur un financement court termiste, c'est tout simplement la cause des crises financières de pays en développement, qui ont financé leurs plans d'infrastructures grâce notamment à leur ouverture rapide aux marchés financiers.

Lorsque les courtiers, banquiers, spéculateurs, se sont rendus compte que les pays en question avaient répercuté à « long terme » des investissements « court-termistes », ils ont perdu la confiance (toujours avec les phénomènes très rapides de suivisme boursiers) et ont revendu leur titres, faisant perdre de la valeur à tous ces investissements et plongeant pour quelques années ces pays dans une crise de liquidité et de financement. Ces choses là ne peuvent avoir lieu dans le cadre d'un capitaliste "mutualiste" où les entrprises snt possédées par leurs employés.

Les salariés sont à la fois propriétaires et salariés. Ils sont incités à être le plus "productif" dans la mesure où cela entre dans leurs intérêt (d'accroître le cours de "LEUR" action). C'est une façon de réduire le fossé d'intérêt qui sépare les actionnaires des salariés. Je trouve que c'est une excellente idée, car au-delà de tout cela, l'épargne salariale, c'est plus d'argent qui rentre lorsque l'entreprise va bien, et pas seulement lorsque le patron a décidé d'augmenter.

Seul (gros) problème : Comment contrôler l’usage de ce financement par les salariés ?
C'est en substance l'affaire Enron. Celui-ci a utilisé cet argent dans un tas de mauvais investissement, mettant les gens au chômage, en leur faisant perdre cette épargne, qu’ils avaientr mis au service du développement de leur entreprise. Un contrôle par les syndicats, certes. Mais cela doit se faire dans la négociation, et non pas dans le conflit…

Greg

je répondais au message antépénultième, un autre s'étant glissé entre celui-ci et ma réponse...

franck guilbert

Ayant accès au "tres haut débit" (renater)
Je viens une fois plus de constater que un fil de discussion c'est bien mais pour retrouver les propos interessants il faudrait un travail de tri.
Le texte de grégory est peut etre interessant mais qui aura le temps de le lire intégralement?
Qui saura en faire un résumé avec les "idées-force" qu'il exprime?
CErtes je l'imprime pour en faire l'objet d'une intervention en section de poitiers

Greg

Bon je voudrais faire quelques précisions sur ce texte.

Il est un peu long pour le contexte (site internet), mais il ne fait que 14 pages en version word, ce qui n'est pas si élevé quand on voit n'importe quel rapport européen consacré à une seule des différentes questions abordées ici.

Je ne veux pas donner un catalogue de propositions sans un minimum d'explications. On peut réduire un programme à une seule page ! Mais celui ci perdant de sa véracité avec sa précision, j'ai préferé écrire un programme pédagogique, qui soit un minimum justifié et explicité, ce qui lui donne en effet une forme un peu longue surtout sur un écran de PC. En imprimé, il se lit plus vite en effet.

N'hésitez pas ici à critiquer des passages !

Greg

ET A CONTRIBUER !! tudieu !

Qu'on se le dise, si tout le monde s'y met, la gauche ne va pas du tout tarder à avoir un programme !

nina

à Greg et à Guillaume : il me semble que vous faites un amalgame entre fonds de pension (qui ne sont ni plus ni moins des fonds de "retraite" comme par exemple le très connu Calpers pour les fonctionnaires californiens) qui investissent plutôt sur le moyen et long terme - et qui sont, en fait une forme d'épargne salariale différée dans les économies de type anglo-saxonnes - et les fonds d'investissement, de capital-investissement, les hedge funds ou fonds spéculatifs - dont certains sont plus vertueux que d'autres - etc... C'est une erreur courante, mais il faut appeler un "chat,un chat". Pour faire court : tous ces fonds ne sont pas à montrer du doigt car les entreprises ont besoin d'argent pour se développer : la croissance organique ne suffit pas généralement. Que des fonds de pension à la française ou l'épargne salariale puissent améliorer l'indépendance financière des entreprises françaises confrontées à des jugements de valeur pas toujours pertinents car éloignés (notamment), c'est sûrement vrai. Insuffisant cependant au regard des besoins des multinationales françaises. Et à moins de réguler sévèrement le libre achat en Bourse, impossible d'empêcher les étrangers d'acheter. Au moins aussi importante est donc la problématique de la présence des salariés au sein des instances de contrôle et de décision de l'entreprise. C'est un point sur lequel DSK a fort justement déjà attiré l'attention. Il y a là un champ d'analyse et de propositions en France sinon en Europe.

romain blachier

tout à fait ok avec nina.
Je rajouteraos aussi que maintenant il va falloir gagner en structuration pour bosser sur le nouveau projet de la gauche du 21 eme siécle

Guillaume, Strasbourg

Je faisais bien référence aux fonds de pension, c'est-à-dire à des fonds de retraite. C'est bien à eux également que DSK faisait référence dans son ouvrage, "La flamme et la cendre".
Il est vrai que la proposition de DSK relative à l'épargne salariale s'insère dans un projet de "démocratie économique", où les salariés seraient présents dans les organes de surveillances des entreprises. Il y a une logique d'ensemble (démocratie économique, mutualisation des risques) qui ne m'a pas échappé mais les détails m'apparaissent encore flous.
Pour nuancer ce que dit Greg, il me semble que l'épargne salariale ne vise pas à faire spécifiquement des salariés des "actionnaires" de "leur" entreprise. Les flux d'épargne (venant soit de l'entreprise, soit des salariés) seraient en effet placés dans de nombreuses entreprises, pour éviter notamment qu'en cas de faillite, les salariés ne perdent et leur emploi, et leur épargne... ...

Guillaume, Strasbourg

Dans le texte de l'intervention de DSK à la Mutualité, une phrase m'a particulièrement frappé :
"Le projet européen subit une dérive libérale. Cela tient sans doute à sa
construction fondée essentiellement sur l'économie, qui la met en décalage avec les modèles nationaux imprégnés par la social-démocratie et l'importance de la protection sociale. L'exemple le plus frappant, c'est celui des services publics, contestés au nom de la concurrence par la machine européenne, contre toutes les traditions nationales."
J'ai déjà dénoncé l'idée selon laquelle l'Europe serait par essence une entité libérale, à raison du fait qu'elle se serait exclusivement construite autour du marché et de la monnaie et que, par conséquent, dans le mesure même où c'est d'économie qu'il s'agissait, seuls des concepts libéraux pouvaient inspirer l'intégration européenne. Dans le récit de cette histoire, tout se passe comme si la gauche n'avait pas sa(ses) conception(s) de l'économie. Maintenant que la construction européenne serait amenée à prendre un tournant plus social et plus politique, les sociaux-démocrates auraient leur mot à dire... C'est une bien curieuse façon de voir les choses.
Il est tout aussi curieux de voir développer l'idée que nous subirions une "dérive" libérale due au principe de libre concurrence imposé par la "machine européenne", dérive qui se ferait sentir notamment dans le domaine des services publics, "contre toutes les traditions nationales". Si la Commission a un pouvoir d'initiative et de proposition, il n'est pas inutile de rappeler que c'est le Conseil qui a le pouvoir de décision. Les hommes politiques français, lorsqu'ils exercent des fonctions gouvernementales, ont trop souvent l'habitude de dénoncer quand cela les arrange la "machine européenne" ou "Bruxelles" et oublient de dire aux citoyens que c'est eux, ministres, qui décident (à l'unanimité ou à la majorité qualifiée) des politiques mises en oeuvre. Les Européens auraient pu décider, par exemple, notamment lorsque la gauche sociale-démocrate était majoritaire dans les Etats membres de l'Union (la fameuse vague rose de la fin des années 1990) de ne pas libéraliser les télécommunications ou l'énergie. Il est assez croustillant de voir DSK évoquer l'indifférence de l'Europe vis-à-vis des traditions nationales, alors que certains de ses partisans n'ont de cesse de critiquer les esprits chagrins qui entendent simplement sauvegarder les services publics au nom des principes et des valeurs de... la République française.

Entendons-nous bien, je ne suis pas un "souverainiste", au sens où je refuserais le partage de la souveraineté entre européens. Bien au contraire. La construction européenne, il faut en être conscient, nous impose de faire des compromis entre nations. Mais rien n'interdit d'exprimer les idées et les valeurs de la gauche. Ainsi, l'idée que les missions exercées par les services publics continuent d'être assurées, sous ou une forme ou sous une autre, doit être défendue par la gauche. La proposition de DSK d'une directive sur les missions des services publics va dans ce sens et je m'en réjouis. Pour ma part, je pense que c'est aux collectivités publiques (UE, Etat et collectivités territiorales) d'assurer principalement ces missions ou d'assurer le contrôle de leur exercice par des "délégataires" (je n'emploie pas seulement ce mot dans le sens étroit des DSP). La question est bien entendu de savoir si ces collectivités publiques ont les moyens d'agir, soit pour assurer directement l'exercice de ces missions, soit pour en contrôler l'exercice, et ce dans l'intérêt des usagers, en termes d'accès, de qualité de service et de coût.

La "Constitution" est un bon exemple de ces compromis que nous ne pouvons pas ne pas faire. Mais, en fait de constitution, il ne s'agit que d'un traité. Le terme de "constitution" est impropre, je l'ai déjà dit ici. Ce traité est un bon traité mais c'est une mauvaise constitution. La revendication des courants minoritaires du PS de faire du prochain Parlement européen une Assemblée constituante ne doit pas être balayée d'un revers de main. Une constitution a besoin d'un pouvoir constituant originaire et d'un pouvoir constituant dérivé. Les procédures d'élaboration et de révision qui ont été choisies font davantage penser à celles du droit international qu'à celles du droit constitutionnel. On me dira que la construction européenne ne connaît pas les catégories du droit interne. On me dira aussi que je joue sur les mots. Mais, justement, comme le disait Camus, "mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde".

samuel

salut DSK...

j'apprécie le ton convivial de ton site (on se tutoie comme chez Karl, cela ne te dérange pas ?)
J'aurais aimé savoir, préfère tu être le libéral du PS ou le "gauchiste" d'un parti de droite ? j'avoue que tes interventions tout azimut,dans le but de te faire remarquer avant la présidentielle de 2007 (dont on parle depuis le 05 mai 2002 !!!), ne me permette pas vraiment de juger ton engagement politique. Il est dommage de constater qu'à l'instar de nombreux hommes politiques (pour ne pas dire tous) tes prises de position dépendent essentiellement de sondages ou de résultats électoraux tantôt positifs (2004) tantôt désastreux (2002). N'y a t-il plus de convictions comme aux temps de Blum ou de Jaurés... Est on obligé d'être gouvernés en sous mains pour les as de la pub... Attention a Séguéla...

Guillaume, Strasbourg

Sans vouloir préjuger des convictions de DSK, que je crois sincère même si on peut critiquer ses positions, la question de l'influence de la publicité et de son discours sur la politique doit être posée. Dans un article paru dans Libération le 12 décembre 2003, il était relaté la volonté de publicitaires de se réunir dans un collectif «Démocratie et communication». Ce collectif regroupe notamment Thierry Saussez, proche de l'UMP, ainsi que Jacques Séguéla et Stéphane Fouks, qui ont piloté la campagne présidentielle de Lionel Jospin. Au cours d'une conférence de presse, ces derniers se sont présentés comme des "«professionnels citoyens» ... désireux de lutter contre l'abstention". L'un des publicitaires cités dans l'article de Libé y affirma que «l'homme politique doit être considéré comme une marque comme une autre, avec ses valeurs et sa stratégie de communication pour recréer du relationnel». Ce collectif, toujours aussi "citoyen", revendiqua la réduction des spots de campagne à la TV à... 30 ou 45 secondes ! Et Jacques Séguéla de conclure : «Qu'on nous redonne de la télévision, qu'on nous donne de l'affiche, pour réenchanter la politique !».
...
AU SECOURS !!!
...
Quand on a vu, par ailleurs, le très bon documentaire diffusé sur France5 et qui relatait la campagne de Lionel Jospin, au cours duquel on a pu voir Séguéla trôner dans les réunions, asséner son discours de vendeur de lessive et dicter à L. Jospin ce qu'il devait dire au JT de 20 heures, on peut légitimement s'inquiéter de l'avenir de la gauche et de celui de la politique !

Guillaume, Strasbourg

IMPOT PROGRESIF, SOLIDARITE COLLECTIVE ET ACTION PUBLIQUE
Bernard Spitz, membre du Conseil d'Etat et co-auteur de la somme intitulée "Notre Etat", a récemment évoqué la réforme de l'enseignement supérieur qu'envisage de mettre en oeuvre Tony Blair au Royaume-Uni, en présentant celle-ci comme un modèle à imiter. Le postulat est le suivant : les Universités sont fréquentées très majoritairement par les enfants de la bourgeoisie. Ce n'est donc pas à la collectivité de financer l'enseignement supérieur mais aux classes aisées, par l'intermédiaire de frais d'inscription dont le montant serait calculé par rapport aux revenus. Un système de bourses, délivrées par les établissemments, permettrait aux familles défavorisées d'accèder à l'Université. C'est d'ailleurs, si mes informations sont exactes, le système que souhaite appliquer l'Institut d'études politiques de Paris.
Or, ce raisonnement en apparence épris de justice ne reflète-t-il pas une vision fondamentalement conservatrice ? En effet, la différence entre la droite et la gauche réside dans leurs conceptions de l'égalité (cf. les travaux de Norberto Bobbio). Si la droite considère que les inégalités sont naturelles et qu'elles sont même bénéfiques à la société (si toutefois elle croit au concept de société - ce qui n'était pas le cas par exemple de Mme Thatcher), la gauche estime, en revanche, qu'elles doivent être combattues par l'action publique, fondée sur l'équité et la solidarité collective. Si l'on affirme que seuls les enfants issus des groupes sociaux les plus favorisés suivent un enseignement supérieur et que, pour cette raison, c'est à leurs parents de financer les établissements qui les accueillent, on "naturalise" un fait social, alors qu'il s'agit précisément d'une construction sociale, qui s'inscrit dans le temps et dans l'espace. De ce point de vue, la Grande-Bretagne est partitulièrement en retard en matière de démocratisation de l'enseignement supérieur et la France, quant à elle, a accompli quelques progrès dans ce domaine, grâce à la gauche, notamment (même si on peut critiquer certains aspects des politiques qui ont été menées).
Si on suivait le raisonnement de T. Blair - repris par B. Spitz - en l'appliquant au domaine des politiques culturelles, la collectivité ne financerait plus ni les opéras, ni les théâtres, ni les musées, ni ARTE, etc. dont on sait que les publics se trouvent en grande partie parmi les individus que la société (et non la nature) a déjà favorisé en les dotant d'un capital social et culturel important, quand ce n'est pas d'un capital économique.
La gauche, qui croit dans les vertus de la solidarité collective et de l'action publique, doit mener un combat contre les inégalités, en faisant porter équitablement l'effort de financement des politiques publiques sur l'ensemble de la collectivité, grâce, notamment, à l'impôt progressif, dont le caractère progressif doit justement être renforcé.
L'idée lancée par Michel Rocard et Pierre Larrouturou d'instaurer un impôt européen va dans le sens du renforcement de la solidarité collective à l'échelle de l'Europe et permettra de mettre en oeuvre des politiques publiques européennes, là où les Etats n'ont peut-être plus les moyens d'agir. Il est de construire une société européenne, juste et solidaire.

Tlon

Guillaume, juste quelques précisions

"par l'intermédiaire de frais d'inscription dont le montant serait calculé par rapport aux revenus"
Non, il s'agit d'augmenter uniformément les droits d'inscriptions permettant ainsi aux universités de disposer de resources supplementaires. Un systeme de prêt étant mis en place pour les plus demunis. L'idée est de faire payer les utilisateurs du service or il se trouve qu'en l'état les utilisateurs sont les classes moyennes...Ne pas barrer l'entrée des plus démunis , tout en préservant un enseignement de qualité me semble un objectif socialement bon

rosalie

Samuel à lire ton commentaire on constate que
la communication a fait pas mal de degat.
Le coup de tonnerre de 2002 a de toute évidence
fait réfléchir certains de nos leaders. D'autres
continuent à privilègier la com.
DSK se démarque en privilégiant les idées: il a
été un des premiers à s'engager pour l'Europe
avec conviction. Et ça c'est très bien.
Si j'avais à le définir:
DSK socialiste un jour, socialiste toujours.

Guillaume, Strasbourg

Merci de ces précisions. Toutefois, la présentation par M. Spitz de la philosophie générale et des modalités pratiques de la réforme de T. Blair, ne correspondent pas à ce que tu décris. Mais je veux bien revoir ma copie, s'il le faut. Mes informations étaient sans doute erronées.
Es-tu sûr qu'il s'agisse de "prêt" et non de bourse pour ce qui concerne les plus démunis ? Si c'est bien cela, cela ne me paraît un solution socialement acceptable. Entre offrir une bourse et proposer un prêt, les conséquences pour l'intéressé, ne sont évidemment pas les mêmes. L'investissement dans des études longues ne sera pas "amorti" de la manière manière, si l'on me permet l'expression, selon que l'on étudie dans une fac de gestion, au sortir desquelles les salaires proposés permettent de rembourser les prêts assez facilement, ou dans une fac de lettres, auquel cas les espoirs de remboursement ne sont pas identiques... L'inégalité devant les choix d'études supérieures, courtes ou longues, littéraires, scientifiques ou commerciales, n'est donc pas combattue par cette mesure. Bien au contraire.

J'ajoute que le système, tel que je le décris, est bien celui que souhaite mettre en oeuvre la direction de Sciences Po Paris.
L'idée que les transferts soient assurés principalement par l'établissement et non grâce à l'impôt ne me semble pas "socialement bonne", le contexte de cette mesure, en France, étant, il ne faut pas l'oublier, la volonté de baisser les prélèvements obligatoires (en tout cas l'IRPP).
L'objectif "socialement bon", dans une perspective sociale-démocrate, devrait être de "faire société", non de la défaire en cassant la solidarité collective.

Ceci étant dit, je suis conscient que les universités manquent cruellement de ressources. Mais il faut avant tout privilégier l'impôt. Et pourquoi pas l'impôt européen.

Tlon

le pr^t est remboursé selon des modalités conditionnés par le montant des revenus professionels à venir..

Greg

L'impôt européen, certes, mais est-il normal qu'une famille aisée paye autant qu'une famille défavorisée pour les études de ses enfants ? C'est bien l'inverse de la progressivité que tu appelle de tes voeux.

Au fond, prendre une contribution progressive directement auprès des usagers revient au même que prendre un impôt, mais cela n'apparaît pas dans la déclaration, mais c'est directement prélevé par les facs. Une sorte "d'impôt déconcentré". François Hollande s'était prononcé un jour favorable à ces contributions. Un 100 minutes pour convaincre je crois.

Finalement, ce qui semble te poser problème, c'est l'autonomie accrûe que cela donne aux universités. Or force est de constater que le jacobinisme en ce domaine n'est pas forcément, voire pas du tout, à l'heure européenne, la meilleure façon d'envisager les choses.

La voie de l'autonomie universitaire est prise depuis déjà plusieurs années, tout simplement pour permettre à toutes les universités d'être les plus compétitives, en proposant chacune des parcours diplomant compétitifs. Eviter que les meilleurs parcours se concentrent dans les mêmes universités. Permettre de concurrencer les universités étrangères d'envergure internationale. Permettre de nouer des partenariats inter-universitaires de coopération scientifique, etc...

Pour un long exposé de la réforme britannique, aller au fil "sommet trilatéral à Londres".

Tlon

Dans l'un des derniers n° de The economist, il y avait un trés bon article sur le sujet!!!

Rasputin

En visite sur ce blog, j'y suis extrémement surpris par la grande technicité de beaucoups d'intervenants.
La précision, necessaire à tout débat, ne devient elle pas une sorte de figure narcissique lorsqu'elle transforme le débat en succession d'effet de manches ?
La simplicité dans l'expression de ses idées n'est elle pas un des moyens d'éviter le simplisme ?
Il me semble que les français ont maintenant suffisamment fréquemment démontré qu'ils n'étaient pas prêt à suivre ceux, de droite de gauche ou d'ailleurs, qui se retranchent derriére un latin de messe pour mieux leur administrer l'extréme onction...
De plus, nous ne sommes pas ici entre réthoriciens ou sophistes, mais entre internautes qui cherchons la voie....

nina

je reviens s/la com (Samuel et Rosalie) bien que le débat sur les universités soit bien plus intéressant. Et pas réthorique ni technique, n'en déplaise à Raspoutin.
Ce n'est pas la communication en tant que telle qui a fait du dégât, mais la communication sur la communication - et surtout les communiquants -tendant à valoriser ces derniers en les présentant comme des Deus ex machina, de subtils manipulateurs d'hommes politiques n'ayant pas plus de poids, ni d'idées, que des poupées de son.C'est aussi l'erreur d'utiliser des principes de communication des années 80 axés sur l'emballage plutôt que sur le message. La communication ce n'est pas ça. Il faut désormais prendre en compte la mutation de la société, l'élévation du niveau d'éducation, de compréhension, de raisonnement etc... Se souvenir aussi que la règle première en com c'est de toujours respecter la vérité du "produit", à fortiori de "l'homme". Qu'ensuite c'est permettre une transmission claire, large et compréhensible d'une idée ou d'un message. Pour cela il ne faut pas suivre les sondages, mais il faut les lire car ils sont un des moyens - en amont - permettant de comprendre ce qui préoccupe et de forger les idées qui permettent d'agir.

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Manifeste de Socialisme et Démocratie

août 2007

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